• « Crise d’Agone... ou crise du mythe autogestionnaire ? »
    http://www.mondialisme.org/spip.php?article1966

    (Ce texte est une inter­ven­tion dans une dis­cus­sion que l’on trouve sur le site mille babords : "Agone, firme capi­ta­liste ou col­lec­tif édi­torial et mili­tant en crise ?")
    http://www.millebabords.org/spip.php?article24186#forum

    Ayant tra­duit deux bou­quins pour Agone (un sous mon nom et l’autre sous pseu­do­nyme vu mon dés­accord avec les modi­fi­ca­tions pro­posées à ma tra­duc­tion) et éditant moi-même une revue (Ni patrie ni fron­tières) et des bou­quins à petit prix et gros déficit, je vou­drais faire part de quel­ques idées sur la crise d’Agone, sans entrer dans des atta­ques per­son­nel­les ou le copi­nage avec X ou Y ( je connais un tout petit peu Thierry D. et Philippe O., mais je suis pres­que sûr que les « dis­si­dents » que je ne connais pas ne sont pas de mau­vaise foi, car pour moi, fon­da­men­ta­le­ment, un patron, un direc­teur ou un « ani­ma­teur » d’une maison d’édition, a tou­jours tort contre les autres sala­riés...)

    * L’#autogestion est un mythe et c’est une très bonne chose s’il se dég­onfle un peu avec Agone, même si c’est dou­lou­reux pour ceux qui per­dront leurs illu­sions. L’auto­ges­tion peut-être une tac­ti­que DEFENSIVE pour des tra­vailleurs qui per­dent leur boulot (comme ce fut le cas des tra­vailleurs por­tu­gais de quel­que 400 entre­pri­ses qui tournèrent en auto­ges­tion face au départ de leurs patrons en 1974/75). En aucun cas, un projet éga­lit­aire SUR LE LONG TERME. Les pro­jets auto­ges­tion­nai­res doi­vent crever, soit dans la joie, parce que l’on passe à une autre aven­ture, soit dans la dou­leur parce qu’on se rend compte qu’une entre­prise qui dis­tri­bue des salai­res reste une entre­prise capi­ta­liste, point barre. L’égalité des salai­res est une fumis­te­rie sym­pa­thi­que mais une fumis­te­rie tout de même.

    Pour faire suite à
    http://seenthis.net/messages/164889

    #édition

    • Ah ben zut, @Aude V, c’est reparti. Ça veut dire quoi « mendier à la CAF » ? Je veux bien que l’on cherche un effet de contraste avec « acheter des baraques » (eh oui, dans la joie des projets et activités communes, on ne supprime pas nécessairement des rapports sociaux structurellement inégalitaires), mais d’une part il y a même des gens qui, pour partie, achètent des baraques avec une alloc’ logement qui paie des traites bancaires (un quasi détournement qui montre que, pour l’essentiel, l’alloc logement n’est pas une aide au locataire mais une « aide à la pierre », c’est-à dire, dans presque tout les cas, aux propriétaires qui se font du fric avec les loyers, et dans le cas des « accédants à la propriété », une façon non seulement d’habiter quelque part mais aussi de se brancher sur la rente foncière), et d’autre part, et là j’aime pas du tout, une telle manière de caractériser qui dépend peu ou prou de la CAF contribue à définir l’indignité sociale des allocataires. Ça empeste le travaillisme.

    • @aude_v : je suis loin de partager toutes les affirmations du texte, à commencer par celle de l’autogestion comme « tactique défensive » exclusivement (il me semble que, même si c’est un mythe, il est toujours à tenter) et de renvoyer l’édition de bouquins à un modèle fatalement inégalitaire (il y a effectivement bien des moyens de lire sans acheter, également des moyens de publier des livres en inventant d’autres manières de s’organiser, et un bouquin et un pdf ne sont pas comparables)

      après, je n’y vois pas de « dénigrement » des choix d’Agone (edit : mais, donc, divergence sur les priorités et les stratégies), d’une part parce que ce sont des choix qui sont je pense assumés et rationnalisés (on choisit de faire vivre des gens d’un métier qu’ils aiment, et on veut toucher un public plus large, donc on se plie aux circuits traditionnels), d’autre part, ce qui va avec, parce que c’est plutôt un questionnement de ce qu’est - ou ce que serait - une autre forme d’édition : court-circuiter le statut d’auteur, le capital symbolique, le modèle de diffusion de masse, etc.

      l’analyse me paraît très intéressante pour ces raisons : elle permet de remettre à plat la réalité de l’organisation par rapport au discours qu’elle tient sur elle-même (il y a un fossé très large dans bien des structures à cet égard), et de poser des questions plus larges que la crise initiale, qui sont effectivement au coeur du problème : comment choisit-on de diffuser des idées ? comment s’organise-t-on ? quel rapport choisit-on entre nos pratiques et notre visibilité (que d’aucuns nommeront efficacité) ? il me semble que ces questions-là dépassent amplement le seul cas d’Agone et se posent à pas mal de collectifs, associations ou autres structures aujourd’hui...

    • @aude_v :

      Et pour revenir au texte en question, je serais étonnée que l’auteur eût refusé une rémunération de ses traductions au motif qu’il a un revenu à côté et que c’est plus sain.

      mais je crois que c’est là le cœur du « problème » : l’auteur (que j’ai par ailleurs déjà rencontré) vit de ses traductions et corrections (c’est son boulot quoi), je pense qu’il dissocie bien militantisme et travail (preuve en est l’utilisation d’un pseudo suite à désaccords avec Agone, pas sûr que le choix aurait été le même dans un cadre strictement militant). Soit on veut publier des textes dans un cadre « pro », donc avec création d’entreprises (ou associations fonctionnant comme telles) et tout le lot de soucis évoqués dans l’article, soit il s’agit de « militantisme » ou du moins d’une réelle volonté de diffuser des textes dans un but politique. L’auteur souligne juste qu’on ne peut pas vraiment faire les deux en même temps, y compris dans le cadre d’une entreprise « autogérée ». Je suis d’ailleurs en grande partie d’accord avec lui.
      Ta critique des assos qui s’appuient sur des précaires est peut-être juste mais c’est à mon avis un autre débat.
      (et un gros +1, comme on dit, sur le prix des bouquins Agone, je préférerais qu’ils soient plus moches et moins chers, mais la quête de respectabilité aux yeux des puissants est un mal qui ronge bien trop de monde...)

    • @aude_v

      créer des mondes autour de ça, ce qui passe par la création d’économies autour de nos activités

      mais on n’aurait pas le droit de faire autre chose, de faire de beaux bouquins qui se retrouvent (en accès libre et gratuit) en bibli municipale ou universitaire

      Ok, joli programme, mais dans quel système économique vit-on ? Que faut-il faire pour qu’une entreprise survive ? On est bien obligé de s’adapter aux lois du marché (par exemple dégager un minimum de profits), sous peine de couler immédiatement, à moins d’être sous perfusion de subventions. Les sommes qui sont en jeu pour créer une entreprise/asso avec salariés sont impressionnantes et supposent un modèle économique solide qui laisse peu de place aux prises de décisions plus lentes ( ie collectives), à l’expérimentation et à l’investissement de chacun dans la production de textes. Vendre un « beau livre » de façon industrielle (comme le dit l’auteur, 3000 exemplaires est un minimum si on veut vivre de l’édition) suppose des moyens autres que l’artisanat fait main. Qui plus est, il faut réussir à le vendre, et donc on va choisir ce qui est « vendable » évidemment en choisissant éventuellement une niche économique. Bref on en arrive inévitablement à un résultat proche d’Agone (qui n’est cependant pas que négatif, loin s’en faut).
      Tiens, tout cela me rappelle le « débat » entre Ruffin/Cyran à propos de Mermet : http://seenthis.net/messages/154106

      Et après la petite entreprise se retourne contre son donneur d’ordres à lui reprocher justement de s’être donné les moyens de la rémunérer ?

      Là je ne comprends pas, tu reprocherais à un salarié de se plaindre de son patron, qui dans sa grande bonté lui aurait « donné » du travail ?

    • Je ne reviens pas au texte mais à des post que je trouve pathétiques et dangereux... @Aude V tu dis : "

      je mendie à la CAF, et que je trouve ça indigne... de faire partie de collectifs qui profitent de la disponibilité de personnes qui doivent tout ou grande partie de leur revenu à la CAF. L’indignité n’est pas du côté des personnes qui vivent ça par contrainte, choix ou choix un peu contraint, mais de celles qui, tout en en profitant, trouvent que c’est sympa politiquement de ne pas chercher une autre organisation sociale.

      Toi qui considères qu’avoir des droits c’est mendier, tu n’es en tout cas pas dispo pour politiser cette question qui pourtant te touche (fuyons tous dans l’auto entreprise, « alternative », ça c’est noble, pas indigne, comme si les deux, allocs et insertion dans l’éco n’allait pas de pair, étaient antinomiques, absurde). Cettte dépolitisation moralisatrice, c’est une attitude fondamentalement droitière, ce que tu confirmes en ne te contentant pas de stigmatiser des allocataires « mendiants », de discréditer les formes existantes de revenu social au lieu de chercher à les rendre adèquats à des (tes) besoins et aspirations, puisque tu vas jusqu’à dénoncer aussi les allocataires qui ne restent tpas silencieux et isolés, revendiquent, en les qualifiant pour ainsi dire de maquereaux (tu oses écrire « qui profitent » de la disponibilité des mendiants). Lamentable. Monte ta boite, vas y il faut que tu t’en sorte de la « mendicité », mais ne nous fait pas la morale. Tu peux bien cracher sur les pauvres et sur qui militent depuis cette position, tu trouveras toujours un plus proprio et donc, tout compte fait, n’est-ce pas, plus « digne » que toi. A moins que tu soigne ta honte, « mendiante ».

    • Je ne vois pas ce qu’il y a de droite à ne trouver bien ni de dépendre de l’État, ni de dépendre d’un travail capitalo-méchant, pour arriver tant bien que mal à militer à côté.

      Que ce soit un pis-aller en essayant de construire autre chose ok, mais en faire une règle de vie…

      C’est quand même mieux quand on arrive à faire d’une de ses activités militantes/politiques (diffuser des livres, produire des légumes pas dégueux, construire des maisons bien-conçues-pas-chères-consommant-peu, etc) un élément permettant de subvenir à (au moins une partie de) ses besoins.

      Exemple : travailler chez Gallimard, et sur son temps « libre », comme un sacerdoce, diffuser des brochures anti-capitaliste, ça va cinq minutes, mais faut espérer que ce ne soit pas le but d’une vie quoi. Et encore, je suis gentil, j’aurais pu dire que c’est totalement incohérent. Ce qui pourrait être méchant car on a évidemment pas toujours le choix du travail ou du non-travail, sauf que là on parle des personnes qui choisissent ce mode de fonctionnement.

      D’autant plus que ça double le nombre de choses à faire dans une journée/semaine, ce qui fabrique alors des individus passant leur temps libre à faire du militantisme (à côté de leur travail pas militant pas très gentil). Pas super pour la vie sociale, qu’elle soit familiale (pour ceux qui ont une famille), amicale, sportive, artistique… Je ne parle pas ici de boites de nuit ou de vacances à l’étranger, mais bien de la vie quotidienne. À moins d’avoir pour seules relations que des gens militants pareil !… Franchement, on sait combien nombre de militants super-gauchistes-humanistes-etc, peuvent être d’odieux voisins-conjoints-amis au quotidien.

      Évidemment, ce serait mieux si on arrivait à avoir nos besoins les plus importants (nourriture correcte, toit, habits) sans échanger d’argent (d’où qu’il vienne). Mais on en est pas encore là.

      Bon après je dis ça… à l’inverse je ne suis pas un partisan fanatique de la coopérative capitaliste autogérée hein. Mais « en attendant » (quoi ?) je trouve cette organisation un peu mieux que travailler chez des groméchant et militer uniquement « à côté ».

      Inventer d’autres rapports sociaux dans nos activités militantes non-marchandes, c’est vraiment super, c’est même une obligation. Mais si c’est pour continuer toute sa vie d’aller bosser pour un patron le lendemain matin (ou être auto-entrepreneur), ça ne sert pas à grand chose. D’où le fait d’essayer d’avoir d’autres rapports sociaux, d’autre manière de travailler ensemble, dans les activités qui nous permettent de vivre (de manger, d’avoir chaud, etc).

      M’enfin ya pas de solutions uniques dans tout ça évidemment. C’est compliqué.

    • Je posais la question de savoir comment en pratique on peut avoir une entreprise sans hiérarchie (ce qui va au delà de la simple autogestion qui suppose juste absence de propriétaire, par exemple Agone est autogérée mais semble avoir une hiérarchie) dans un cadre capitaliste, et comment tu choisis ceux ou celles qui ont le droit d’entrer dans ce paradis ? Il va bien falloir sélectionner, voire parfois virer des gens, appeler à plus d’efficacité ou de productivité etc.
      En gros si je comprends bien il y aurait un capitalisme de gauche et un de droite ? Pour avoir bosser pour une SCOP bien connue (qui fait toujours plein de pub dans Politis), je peux dire que je n’ai pas vu beaucoup de différences... Maintenant on peut toujours glorifier le système D comme programme politique, mais pour ma part je n’y vois qu’un certain individualisme (et pas dans le bon sens du terme).
      Militer sur son « temps libre », pourquoi pas aussi (je le fais à l’occasion), le problème c’est que les gens ont oublié qu’ils peuvent aussi militer et s’organiser sur leur lieu de travail. C’est d’ailleurs assez aberrant cette réaction des salariés d’Agone : au lieu de se battre et changer la direction ou le fonctionnement de leur boîte (soit disant autogérée), ils abandonnent le terrain pour aller causer de leurs soucis sur internet. Vous imaginez vous, dans une usine, les ouvriers qui démissionnent en bloc parce que le patron est pas sympa ? Les Conti ont heureusement eu des réactions plus saines que cela dans un contexte sûrement plus difficile, mais la différence c’est que eux ne se racontaient pas d’histoires sur leur entreprise.

    • @ RastaPopoulos, j’ai pas proposé de règle de vie mais dis que se considérer comme « mendiant » lorsque l’on dépend de droits collectifs c’est de la ventriloquie avec la normalité normalisante ambiante, spécialement lorsque l’on se propose pas du tout de « retourner le stigmate » et que lon nous explique qu’il faut « vivre de son activité ».

      Par ailleurs, je crois guère au « militer à côté », au milieu, de l’emploi, du RSA, des études ou du chômage, etc., ça me parait plus intéressant.
      Enfin, si il est inévitable de s’affairer à la survie (éventuellement enjolivée d’alternative), rien de sérieux en matière de transformation ne se fera sans conflit contre la société du capital.

      #idéologie_du_travail