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  • Emplois foireux
    http://www.lagrottedubarbu.com/2013/08/20/emplois-foirreux-bullshit-jobs-par-david-graeber

    Dans les années 30, John Maynard Keynes avait prédit que, à la fin du siècle, les technologies seront suffisamment avancées pour que des pays comme le Royaume Uni ou les Etats Unis envisagent des temps de travail de 15 heures par semaine. Et pourtant cela n’est pas arrivé. Au lieu de cela, la technologie a été manipulée pour trouver des moyens de nous faire travailler plus. Source : via La Grotte Du (...)

    • C’est comme si quelqu’un inventait des emplois sans intérêt, juste pour nous tenir tous occupés. Et c’est ici que réside tout le mystère. Dans un système capitaliste, c’est précisément ce qui n’est pas censé arriver. Dans les inefficaces anciens états socialistes, comme l’URSS, où l’emploi était considéré comme un droit et un devoir sacré, le système fabriquait autant d’emploi qu’il était nécessaire (une des raisons pour lesquelles il fallait trois personnes pour vous servir dans les supermarchés un morceau de viande). Mais, bien sûr, c’est le genre de problème que le marché compétitif est censé régler. Selon les théories économiques, en tout cas, la dernière chose qu’une entreprise qui recherche le profit va faire est de balancer de l’argent à des employés qu’ils ne devraient pas payer. Pourtant, cela arrive en quelque sorte.

      Alors que les entreprises s’engagent dans des campagnes de licenciement, celles ci touchent principalement la classe des gens qui font, bougent, réparent ou maintiennent les choses, alors que à travers une alchimie bizarre que personne ne peut expliquer, le nombre de salariés “pousse-papier” semble gonfler, et de plus en plus d’employés se retrouvent, au contraire des travailleurs de l’ex URSS, travaillant 40 ou 50 heures par semaine, mais travaillant de façon réellement efficace 15 heures, comme Keynes l’avait prédit, passant le reste de leur temps à organiser ou aller à des séminaires de motivation, mettre à jour leur profile facebook ou télécharger des séries télévisées.

    • Le fonctionnement concurrentiel ayant intégralement envahi l’entreprise, il n’est pas surprenant de constater ce phénomène. Le pouvoir, dans le monde capitaliste, c’est ce qui permet de vivre aux dépens des autres, d’être nourri par les autres. On se comporte à l’intérieur comme à l’extérieur de l’entreprise : en prédateurs, même si ça va à l’encontre de l’intérêt de l’entreprise, les actionnaires ferment les yeux tant que eux mêmes sont confortables.

      A chaque strate de l’entreprise, le pouvoir que l’on a va pouvoir être exploité pour vampiriser le travail de ses subordonnés. Je serais d’autant mieux payé que j’ai réussi à optimiser le rapport valeur ajoutée / masse salariale de l’équipe que je chapeaute.
      Je vis aux dépens des gens que je pressurise au niveau inférieur, sans dépense d’énergie, pas besoin de m’agiter, c’est mon poids hiérarchique, mon pouvoir, qui suffit à me nourrir...

    • Yves Smith, http://www.nakedcapitalism.com/2013/08/the-rise-of-bullshit-jobs.html

      I disagree with almost all of this discussion.

      First, if you look back historically, the idea that the lower classes needed to be kept busy for their own sake was presented in moralistic terms but was in fact ruthlessly economic. The whole point of making the peasants work instead of faff around and drink was to enable them to be exploited by the newly-emerging entrepreneurial class.

      (...)

      In other words, a big part of the capitalist exercise is to find or create workers to exploit. Graeber has the story backwards. The moral fable (idleness is bad for the perp and putting him to work is thus a moral undertaking) was not, as Graeber suggests, because lazy people are proto-insurrectionists. It is that people who are self-sufficient and have time on their hands on top of that drove the early capitalists nuts. They were exploitable resources lying fallow, no different to them than a gold vein in the next hill that the numbnick farmer/owner was unwilling to mine because he liked the view and was perfectly content grazing sheep.

      A second problem with Graeber’s discussion is (...)

      ...

    • One thing that the historical record makes obviously clear is that Adam Smith and his laissez-faire buddies were a bunch of closet-case statists, who needed brutal government policies to whip the English peasantry into a good capitalistic workforce willing to accept wage slavery…

      Yep, despite what you might have learned, the transition to a capitalistic society did not happen naturally or smoothly. (...)…

      Faced with a peasantry that didn’t feel like playing the role of slave, philosophers, economists, politicians, moralists and leading business figures began advocating for government action . Over time, they enacted a series of laws and measures designed to push peasants out of the old and into the new by destroying their traditional means of self-support.

    • Le texte de David Graeber est agréable à lire, son auteur sait présenter un sujet sérieux sur un ton provocateur avec des chutes marrantes, mais le contenu de son article reste sur le niveau du "common sens" et ne nous apprend rien de nouveau par rapport aux drôleries de Douglas Adams dans Hitchhiker’s Guide to Galaxy

      http://www.ebooktrove.com/top_ten/DouglasAdams_TheHitchhikerTrilogy_5Books1ShortStory.pdf

      The first officer was just standing there holding the drinks tray and smiling benignly.
      “Bodies?” said the Captain again. Ford licked his lips. “Yes,” he said, “All those dead telephone sanitizers and account executives, you know, down in the hold.”
      The Captain stared at him. Suddenly he threw back his head and laughed. “Oh they’re not dead,” he said, “Good Lord no, no they’re frozen. They’re going to be revived.”
      Ford did something he very rarely did. He blinked. Arthur seemed to come out of a trance. “You mean you’ve got a hold full of frozen hairdressers?” he said.
      “Oh yes,” said the Captain, “Millions of them. Hairdressers, tired TV producers, insurance salesmen, personnel officers, security guards, public relations executives, management consultants, you name them. We’re going to colonize another planet.”
      Ford wobbled very slightly.
      “Exciting isn’t it?” said the Captain.
      ...
      “Well,” said the Captain, picking his way through the words carefully, “I think as far as I can remember we were programmed to crash on it.”
      "Crash?" shouted Ford and Arthur.
      “Er, yes,” said the Captain, “yes, it’s all part of the plan I think. There was a terribl y good reason for it which I can’t quite remember at the moment. It was something to with ... er ...”
      Ford exploded. “You’re a load of useless bloody loonies!” he shouted.
      “Ah yes, that was it,” beamed the Captain, “that was the reason.”

      Pas grave, mais le Professeur Graeber se trompe sur un point essentiel :

      It’s as if someone were out there making up pointless jobs just for the sake of keeping us all working. And here, precisely, lies the mystery. In capitalism, this is precisely what is not supposed to happen.

      Mais si, « élémentaire, mon cher Watson », c’est précisément ce qui est nécessaire pour sauver le capitalisme de sa crise de surproduction actuelle. On n’explique pas des "bullshit jobs" avec des "bullshit theories". Depuis le début le capitalisme n’est pas trés rationaliste tout comme les théories qui justifient son existence. Rien de nouveau ici non plus. L’idéologie cachée derrière ces théories a été démasquée il y a 150 ans déjà.

      http://www.rote-ruhr-uni.com/texte/elbe_charaktermaske.pdf

      Charaktermasken sind so als Ausprägung von Individualitätsformen auf dem Boden der Verdinglichung und Versachlichung gesellschaftlicher Verhältnisse zu begreifen. Die Individuen repräsentieren und personifizieren hier gesellschaftliche Dinge: Waren, Geld, Kapital usw. In den unterschiedlichen Formen sozialer Praxis nehmen sie verschiedene Charaktermasken an: Im Zirkulationsprozess handeln sie als Käufer/Verkäufer oder Gläubiger/ Schuldner, im Produktionsprozess treten sie sich als Arbeiter und Kapitalist gegenüber, legen plötzlich völlig andere Verhaltensweisen an den Tag.

      La définition du Charaktermaske explique trés bien pourquoi tous ces bullshit jobs sont essentiels pour le fonctionnement du capitalisme avancé. Outre la nécessité de gérer le système d’exploitation planétaire chacun de ses fonctionnaires est une incarnation de son idéologie. Karl Marx le dit beaucoup plus simplement que la majorité de ceux qui on essayé de l’interpréter :

      Karl Marx - Friedrich Engels - Werke, Band 23, "Das Kapital", Bd. I, Siebenter Abschnitt, Der Akkumulationsprozeß des Kapitals, S. 589 - 604, Dietz Verlag, Berlin/DDR 1968 http://www.mlwerke.de/me/me23/me23_589.htm

      Die ökonomische Charaktermaske des Kapitalisten hängt nur dadurch an einem Menschen fest, daß sein Geld fortwährend als Kapital funktioniert.

      Pour Karl Marx et Friedrich Engels les acteurs du capitalisme ne sont qu’un "Charaktermaske", l’homme de paille du système qui est quotidiennement trempé dans le bain idéologique de son exercice professionnelle. N’empêche en situation de crise même l’élite souffre de son travail déshumanisé et commence à mettre en question quelques éléments de sa situation. Tout d’un coup la réalité du "entfremdete Arbeit", du travail aliéné s’étend visiblement au delà du monde prolétaire et touche les intellectuels et les petits bourgeois jusqu’ici épargnés. C’est à ce moment précis qu’ils commencent à se poser des questions, exactement comme Karl Marx l’a déjà observé à son époque.

      La popularité de l’Article sur les "bullshit jobs" est le résultat de ce malaise, mais il n’en explique pas les mécanismes. Donner cette explication n’est vraisemblablement pas le rôle d’un professeur d’université payé par ceux qui se trouvent plus haut que lui sur la chaîne alimentaire capitaliste.

      #capitalisme #crise #ideologie