• Demander leur avis aux prostituĂ©es, oui, mais lesquelles ?
    ▻http://www.gqmagazine.fr/sexactu/articles/demander-leur-avis-aux-prostituees-oui-mais-lesquelles/21075

    Alors pourquoi n’entend-on pas les autres prostituĂ©es ?

    Parce qu’elles ont la trouille. Parce qu’elles ne parlent pas le français, ou mal. Parce qu’elles se planquent. Parce qu’elles ont dĂ©jĂ  assez honte, elles ne vont pas en plus devenir porte-paroles d’une situation dans laquelle, euphĂ©misme, elles ne se reconnaissent pas. Parce que ce n’est pas joli de montrer une fille Ă  la tĂ©lĂ© qui a des marques de griffures sur le visage (anecdote personnelle vĂ©cue). Parce qu’elles fuient devant les journalistes. Parce que le temps que tu passes Ă  parler tu ne le passes pas Ă  ramener de l’argent. Et si tu n’en ramĂšnes pas, ça va mal se passer.

    Donc on ne risque pas de les entendre, non.

    Et c’est justement ce silence qui en dit le plus long. Elles ne PEUVENT pas parler. C’est ça, l’#esclavage : quand ton corps, ta voix, ne t’appartiennent pas.

    #prostitution

    • Oui c’est ce que j’ai rĂ©guliĂšrement dit ici, celles qui se disent porte-paroles de prostituĂ©es ne reprĂ©sentent Ă  mon avis qu’une infime minoritĂ© d’entre elles. Et donc ne peuvent parler que pour le demi-pourcent qui est dans une situation de choix. Sauf que la quantitĂ© de paroles publiques qu’on entend venant de ce groupe est disproportionnĂ©e par rapport Ă  la reprĂ©sentation. Et donc ensuite, quand on Ă©coute ça de loin, on croit que c’est ça la rĂ©alitĂ© la plus courante.

    • VoilĂ , c’est exactement ça, like like like. :D

      Non mais pour dire que oui, ce que je disais, ce n’est pas contre le fait que des femmes arrivent Ă  s’organiser entre elles pour aller mieux (Strass ou autre). Mais contre le principe mĂȘme de la prostitution.

      C’est pas ĂȘtre abolitionniste des prostituĂ©es, c’est ĂȘtre abolitionniste de la prostitution. Je n’ai pas de solution miracle et je ne suis pas particuliĂšrement pour interdire physiquement de vendre son corps (que ce soit en pĂ©nalisant cĂŽtĂ© pute ou cĂŽtĂ© client), mais c’est le but Ă  atteindre, qu’il n’y ait plus de prostitution.

      Et quand j’entends les discours du Strass, ça ne va clairement pas dans ce sens, et c’est sur ce point-lĂ  que je m’y oppose. Car au-delĂ  des opinions et propositions qui vont effectivement dans le sens d’aider les personnes prostituĂ©es (plus de droits, de protections, de prĂ©ventions, etc), il y a dans le mĂȘme temps un discours construit, conscient, de banalisation-lĂ©gitimation de l’acte, dĂ©crit comme une action sociale ou psycho. Uniquement pour les hommes Ă©videmment. Et qui a ensuite des consĂ©quences sur l’ensemble des femmes.

      Au delĂ  de tout ça, il y a un sous-dĂ©bat qui me taraude, c’est qu’il y a certains groupes politiques, parfois eux-mĂȘmes reprĂ©sentant de minoritĂ©s (comme ici pour le Strass je pense), mais parfois pas, qui fondent quasiment entiĂšrement leur argumentation sur les exceptions.

      Qu’on les aborde, ok, mais dans Ă  peu prĂšs toute chose il y a des exceptions. Je ne vois pas comment on peut fonder sur la base d’exceptions des argumentations qui vont avoir des consĂ©quences sur la vie de vraiment tou⋅te⋅s.
      Quand on parle de la prostitution on s’entend alors rĂ©pondre :
      – oui mais il y en a pour qui c’est un choix => exception
      – oui mais il y a aussi des hommes qui se prostituent alors la liaison avec la condition des femmes hein => exception
      – oui mais il y a aussi des femmes qui achùtent => exception

      Jveux dire, on sait que l’immense majoritĂ© des putes sont des femmes, qu’elles n’ont pas fait ça par choix, et que ce sont des hommes qui utilisent leur corps contre de l’argent. Et que tout ça a une consĂ©quence bien rĂ©elle sur la vie de toutes les autres femmes.

      Alors aprĂšs ça devient des choix philosophiques du coup (on en revient au libĂ©ralisme, MichĂ©a, etc) : est-ce que parce qu’une minoritĂ© fait effectivement ça par choix, on doit de fait l’accepter lĂ©galement pour l’ensemble de la sociĂ©tĂ©, comme si ce n’était qu’un choix personnel, individuel, qui n’influait pas sur la vie sociale globale ? Ou est-ce qu’on doit se dire et dĂ©cider communautairement que ce n’est pas un acte correct, qu’en faisant la balance, ça apporte trop de mauvaises choses Ă  trop de gens Ă  la fois, et qu’on doit donc trouver des moyens (les moins violents possibles) pour que ça n’apparaisse plus (ou, plus modestement, moins) ?

      Évidemment un libĂ©ral choisira de ne surtout pas faire de « choix philosophique » qui vaudrait pour l’ensemble d’un groupe : c’est ce qu’il dit, mais c’en est un ! Ha !

    • Oui, c’est exactement ça, @aude_v. Une exploitation uniquement au service des hommes avec assez de fric pour se le payer. Parce que les frustrations des chĂŽmeurs ou des SDF, tout le monde s’en tamponne. Et plus encore que tout le reste, les frustrations des femmes.

      Dans les justifications Ă  la con, il y a aussi les hommes trop moches ou trop handicapĂ©s ou trop vieux... Il y a aussi des femmes moches, vieilles ou handicapĂ©es. Il y a mĂȘme plein de femmes plus ou moins seules qui seraient tout Ă  fait disposĂ©es Ă  partager du sexe gratos. Pourquoi n’en parle-t-on jamais ?

      Parce que le principe c’est de pouvoir se payer quelqu’un qu’on n’aurait pas autrement. Des femmes trĂšs jeunes, limite presque pas femmes, par exemple. Des femmes avec lesquelles on ne discute pas, on ne nĂ©gocie pas, on impose. Des femmes qu’on ne sĂ©duit pas.

      Je pense que pour avoir recours aux putes, quelque part, il faut avoir une bien piĂštre opinion de soi-mĂȘme. Il y a tellement de gens pas spĂ©cialement beaux, pas spĂ©cialement intelligents, drĂŽles, charmants, etc qui arrivent parfaitement Ă  trouver des partenaires, voire Ă  se reproduire. Donc... le problĂšme n’est absolument pas la misĂšre sexuelle, le problĂšme est bien la domination, la possession.

    • @Rastapopoulos : « C’est pas ĂȘtre abolitionniste des prostituĂ©es, c’est ĂȘtre abolitionniste de la prostitution. »

      Et tu fait comment concrĂštement pour abolir la prostitution sans abolir les prostituĂ©-e-s ?

      C’est comme les gens qui disent « on tape pas sur les prostituĂ©-e-s on tape sur les clients »

      Sauf que concrĂštement un-e prostituĂ©-e qui n’a plus de client, n’a plus de source de revenues, et plus rien a bouffer...

      Voici donc un argument qui vaut pour la majoritĂ© des prostituĂ©es (celleux que je croise rĂ©guliĂšrement en action pour une association) : si une personne n’as pas d’autres
      choix que de se prostituer, lui retirer son client ne l’aidera pas à trouver une autre source de revenus.

    • Pourquoi suis-je devenue abo plutĂŽt que lĂ©galiste comme je l’étais au dĂ©but ?

      Au dĂ©but, pour moi, une pute, c’est une femme concrĂštement exploitĂ©e jusqu’à l’os et qui vit sous une double contrainte dĂ©gueulasse dont la plus forte est sa marginalisation dans la sociĂ©tĂ©. Dans un de mes papiers, je demande pourquoi tout le monde fait comme si les putes n’étaient pas des personnes comme les autres, comme si elles n’avaient pas les mĂȘmes besoins humains que les autres : â–șhttp://blog.monolecte.fr/post/2006/03/08/184-les-putains.

      Donc, mĂȘmes les proputes, on ne les entend pas des masses sur les questions essentielles de l’inclusion sociale des femmes : retraite, santĂ©, enfants, droits, vie sentimentale, maritale, familiale. On va me dire : si on lĂ©galise, elles auront enfin accĂšs Ă  des droits sociaux. Certes. Et Ă  ĂȘtre bien intĂ©grĂ©es dans le tissu social, aussi ? J’ai de gros doutes sur toute la ligne. On devrait amĂ©liorer l’existence des quelques pour cent de putes « volontaires », mais pour toutes celles qui sont clandĂ©es, dans des rĂ©seaux, exploitĂ©es par des types et tout, j’ai comme des gros doutes quant Ă  la volontĂ© de leur exploiteur de remplir les liasses URSSAF ou de cocher les cases SĂ©cu. Par contre, ils pourront continuer leur sale job d’esclavagistes en toute quiĂ©tude, mĂȘme si on maintient la pĂ©nalisation du proxĂ©nĂ©tisme : je suis convaincue que mĂȘme les putes analphabĂštes auront rempli des dĂ©clarations sur l’honneur qu’elles sont volontaires et sans mac.

      En admettant qu’on lĂ©galise totalement la prostitution, qu’on rentre les proxos dans le droit du travail (dĂ©jĂ  qu’on a du mal avec les patrons d’activitĂ©s lĂ©gales, mais admettons, hein !), la prostitution devient une affaire totalement lĂ©gale et normalisĂ©e, mĂȘme qu’on l’appelle assistance sexuelle et qu’il y a des statuts spĂ©ciaux et une convention collective qui va bien. Oui ce serait un immense progrĂšs pour la vie des putes... mĂȘme si je pense que la grosse majoritĂ© Ă©tant liĂ©e aux trafics d’humain n’en verrait pas la couleur.

      Mais il y aurait un corolaire qu’on fait semblant de ne pas voir, tant on a bien intĂ©riorisĂ© que les putes, c’est les autres : il devrait y avoir des filiĂšres de formation et des offres d’emploi de putes... et donc, trĂšs logiquement, on devrait pouvoir proposer Ă  TA fille qui est un peu paresseuse Ă  l’école, mais avec un beau capital fessier une orientation qui serait plus dans ses compĂ©tences... Et encore plus logiquement, pute devient une offre d’emploi acceptable pour PĂŽle Emploi, une voie royale d’insertion, surtout pour toutes ces jeunes femmes qui peinent tant Ă  trouver un premier boulot... Et par un effet de non-discrimination, les offres de pute devraient ĂȘtre ouvertes Ă  toutes les candidatures, que ce soit les hommes, les vieilles, les moches...

      Bon, allez, soyons clairs, vous sentez bien qu’il y a une couille dans le potage de la lĂ©galisation, non ? Parce que, prĂ©cisĂ©ment, pute n’est pas du tout un mĂ©tier, c’est un acte de violence pure... mais on va y revenir.

      En dehors du fait que j’ai dĂ©jĂ  rĂ©flĂ©chi aux consĂ©quences concrĂštes de la lĂ©galisation de la prostitution, Ă  moment donnĂ©, je me suis posĂ© la question du client en ces termes plutĂŽt froids :
      Pourquoi payer pour avoir ce que l’on peut tout Ă  fait obtenir gratuitement ?

      Quelle est la motivation du client ?

      Je connais le discours habituel - et j’en ai parlĂ© plus haut - sur les motivations des clients, de pauvres petites choses incomprises, seules et malheureuses dans un monde de brutes. Sauf que si on veut s’en donner un tout petit peu (mais vraiment un tout petit peu...) la peine, on peut toujours trouver une femme disposĂ©e Ă  partager un peu de sexe ou mĂȘme quelques verres, ou mĂȘme une oreille compatissante. J’ai plein de copines cĂ©libataires qui ne cherchent pas du tout le prince charmant et qui ont l’esprit trĂšs large...

      La réalité du terrain semble assez éloignée du clichton pour mauvais roman bourgeois, avec des putes qui, surtout, sont en butte à la violence de leurs clients (en plus celle de la société).

      Pourquoi acheter l’accĂšs au sexe d’une femme ? Pour pouvoir la dominer et non pas partager, pour pouvoir l’utiliser et la contraindre, ce que l’on ne peut pas faire dans un Ă©change vraiment consentant (si un partenaire consent Ă  la domination, oĂč est le plaisir de la coercition, je vous le demande ?).
      C’est donc bien une relation de type esclavagiste exercĂ©e quasi uniquement par des hommes.

      À la question du sexe des putes (oui, il y a des hommes putes), on rappelle que les hommes putes sont aussi Ă  l’usage quasi exclusif des hommes et qu’ils sont gĂ©nĂ©ralement considĂ©rĂ©s comme des gonzesses.

      La prostitution est extrĂȘmement genrĂ©e parce qu’elle consiste pratiquement uniquement en la domination des hommes. Pour s’en convaincre, il suffit d’inverser la proposition du sexe acheteur et tout de suite, on se rend compte que ça ne marche pas du tout : â–șhttp://blog.monolecte.fr/post/2010/04/22/Des-putains-et-des-hommes

    • Une bien bonne participation de @klaus au dĂ©bat ▻http://seenthis.net/messages/191593

      Cela dit, l’exploitation des femmes, que ce soit sous la forme de putes ou d’épouses est largement antĂ©rieure au capitalisme. De lĂ  Ă  penser que l’essence du #capitalisme, c’est la #domination et l’#exploitation des femmes, en tant qu’outils de re-production... Hum, hum, voilĂ  qui change la perspective du #fĂ©minisme !

    • Si je peux me permettre d’intervenir, je trouve que vous mĂ©langez tous et toutes pleins de choses et que ça rend le dĂ©bat totalement confus.

      Prostitution et fĂ©minisme :

      A partir du moment oĂč l’on admet/reconnait/constate que la prostitution ne concerne pas seulement des femmes prostituĂ©es, mais aussi des hommes prostituĂ©s, ça rend Ă  mon avis le discours gĂ©nĂ©ralisateur sur LA prostitution comme expression de la domination masculine sur les femmes un tantinet... dĂ©calĂ©.
      Bien sĂ»r, ces hommes prostituĂ©s, c’est - le plus souvent - une histoire de pĂ©dĂ©s entre eux, c’est minoritaire, c’est marginal, etc. Pas besoin d’en tenir compte. Evacuons !

      Prostitution et contrainte :

      A partir du moment oĂč l’on admet/reconnait/constate que la prostitution ne concerne pas seulement des femmes contraintes, soumises Ă  des rĂ©seaux mafieux, mais aussi des femmes qui s’estiment libres de le faire (et aussi quelques hommes, mais on a dĂ©jĂ  Ă©vacuĂ© cette question !), ça rend Ă  mon avis le discours gĂ©nĂ©ralisateur sur LA prostitution comme pure aliĂ©nation un tantinet... excessif.
      Bien sĂ»r, ces femmes et hommes prostituĂ©s libres, c’est minoritaire, c’est marginal, etc. Pas besoin d’en tenir compte. Evacuons !

      Une fois le terrain bien dĂ©blayĂ© aprĂšs ce double coup de karcher, on peut reprendre tranquillement son discours sur LA prostitution, et proposer toutes sortes de mesures plus coercitives les unes que les autres, en toute bonne conscience de participer Ă  la grande et juste cause du rĂ©tablissement de l’Ordre moral.

      On Ă©vitera de considĂ©rer toutefois que toutes ces mesures proposĂ©es pour « protĂ©ger » les prostituĂ©es (fermeture des maisons closes, rĂ©pression du racolage passif, et maintenant rĂ©pression des clients), se sont toujours traduites dans les faits, invariablement, par une dĂ©gradation accrue de la situation concrĂšte des prostituĂ©es les plus vulnĂ©rables...

    • Les clients sont Ă  99% (voire mĂȘme plus) des hommes : tu ne peux pas Ă©vacuer la dimension extrĂȘmement genrĂ©e.
      Quant Ă  la prostitution « volontaire », je la mets toujours entre guillemets, parce qu’en dehors du fait qu’elle est extrĂȘmement minoritaire (mais tout de mĂȘme significative), je suis assez circonspecte sur ce que l’on met derriĂšre le vocable de « volontaire ». Un peu comme les salariĂ©s « volontaires » pour bosser le dimanche, tu vois ce que je veux dire ?

      AprĂšs, l’ordre moral, pour moi, il commence avec cette merde de monogamie maritale qui emmerde si peut de monde mais qui me sort par les trous de nez, tant il s’agit de s’assurer une sorte de lien de propriĂ©tĂ© sur le corps de la femme, sur ce qui en sort et sur une domesticitĂ© Ă  prix dĂ©fiant toute concurrence !

    • Moi, je voudrais seulement qu’on Ă©vacue personne, justement. Notamment les minoritaires, et les minoritaires parmi les minoritaires...

      RĂ©intĂ©grer dans le dĂ©bat sur la prostitution en gĂ©nĂ©ral la question de la prostitution masculine conduit, Ă  mon avis, Ă  revoir la question de la possibilitĂ© d’une prostitution fĂ©minine volontaire (mĂȘme si elle est minoritaire).

      Ça permet, Ă  mon avis, d’éviter de jeter le bĂ©bĂ© avec l’eau du bain. Et le bĂ©bĂ© en question, c’est la question de la libertĂ© des minoritaires, quand elle ne cadre pas avec la vision majoritaire.

      Mais bon, les minoritaires sont assez bien habitués à se voir évacuer de cette maniÚre...

    • @narvic : le dĂ©bat semble ĂȘtre « comment Ă©viter la traite humaine ». S’il te semble convenable de tolĂ©rer la traite des humains (noir, blanc, vert, jaune, homme, femme, martien) au prĂ©texte que certains parmi ces humains y trouvent un intĂ©rĂȘt philosophique... leur libertĂ© d’utiliser leur corps pour... pour un intĂ©rĂȘt financier, car c’est bien parce que c’est financier qu’on en parle, lĂ , maintenant... bref, si la libertĂ© de quelques uns doit justifier l’exploitation de tous, est-ce bien raisonnable, est-ce vraiment une façon pertinente de « taper dans la fourmiliĂšre » de ce dĂ©bat... pas si complexe ?
      De plus, je crois qu’on cause de ce sujet parce qu’il y a une volontĂ© de pĂ©naliser les clients... et non les travailleurs/ses, qui actuellement sont les seul(e)s Ă  ĂȘtre... prĂ©carisĂ©(e)s... et maintenu(e)s, donc, du fait de la situation lĂ©gale actuelle dans la misĂšre et l’insĂ©curitĂ©.

    • @narvic Mais ça veut peu dire grand chose « Ă©vacuer personne », dans le contexte dans lequel tu le dis, puisqu’au au final tu Ă©vacues encore plus de gens car tu fais passer les besoins d’une minoritĂ© ("moi j’ai choisis en toute connaissance de cause de vendre mon sexe") sur les consĂ©quences que ça induit pour toutes les autres femmes : en premier lieu les prostituĂ©es forcĂ©es, qui sont la majoritĂ©, mais aussi toutes les autres femmes de la sociĂ©tĂ©. Ce qui fait quand mĂȘme vraiment beaucoup de monde Ă©vacuĂ© pour quelqu’un qui ne veut Ă©vacuer personne.

      J’ai dĂ©jĂ  Ă©voquĂ© les deux exceptions que tu Ă©voques dans ton message prĂ©cĂ©dent, donc non je n’ai rien mĂ©langĂ©, j’ai bien dit que ça existait. Mais qu’ensuite c’est justement un choix philosophique de baser ou pas son argumentation sur cela.
      => OUI cela existe (des putes hommes et des putes par choix) MAIS rendre l’acte acceptable pour tou⋅te⋅s induit des consĂ©quences nĂ©fastes pour vraiment trop de monde, et donc ce n’est pas bien d’aller dans ce sens. Car ce n’est PAS uniquement une question de petit choix Ă©goĂŻste dans son coin, chacun son idĂ©e, chacun sa maniĂšre de vivre personnelle. Ça a des consĂ©quences globales.
      (Et ceci sans mĂȘme parler du fait que les putes par choix sont quasiment exclusivement des femmes pour vendre un service Ă  des hommes, oh comme par hasard. Et que comme dĂ©jĂ  dit plus haut, les putes hommes vendent Ă  peu prĂšs toujours leur cul et leur bouche Ă  des hommes encore une fois, oh comme par hasard. Mais bien sĂ»r ce n’est pas du tout une histoire d’exploitation genrĂ©e hein
)

      Par ailleurs, c’est toi qui mĂ©lange tout, car aussi bien @aude_v que @monolecte ou moi, absolument aucun⋅e n’a dit qu’on Ă©tait absolument pour la criminalisation ou la pĂ©nalisation des prostituĂ©es ou des clients. Seulement il semblerait bien que l’on diffĂ©rencie la dĂ©fense des droits, de la vie dĂ©cente, avec la dĂ©fense de l’acte de prostitution. Ce n’est pas pareil, et pas forcĂ©ment liĂ©.

      Et pour @intempestive qui dit :

      On ne peut pas dire aux putes : vous avez raison de dĂ©fendre vos droits si vous le pouvez, mais mettez-la en sourdine parce que ça opprime les autres femmes si vous obtenez satisfaction.

      J’ai pourtant bien fait la distinction entre le fait de se battre pour des droits, pour une vie plus dĂ©cente, et le fait de rendre lĂ©gitime l’acte prostitutionnel lui-mĂȘme.

      J’ai bien dit que dans les discours du Strass que j’ai lu pour l’instant, il y a les deux. Mais que c’est diffĂ©rent. Et que donc on peut trĂšs bien imaginer l’un sans l’autre : il y a des gens qui peuvent se battre pour que les putes aient plus de droits mais sans lĂ©gitimer la prostitution ; et inversement, il est possible (et c’est ce que font les salauds !) de lĂ©gitimer la prostitution sans vouloir aider la vie des prostituĂ©es. Et il peut y avoir les deux Ă  la fois : c’est ce que fait le Strass apparemment. C’est sur ce point que je ne suis pas d’accord.

      d’abord les droits des opprimĂ©-e-s, ensuite la fin de l’oppression

      Je pense que cela dĂ©pend des sujets. Pour certaines choses, il y a parfois des choix philosophique globaux Ă  dĂ©finir pour la sociĂ©tĂ© entiĂšre. Quand on a finalement dĂ©cidĂ© que l’esclavage n’était pas acceptable, on a pas dit qu’on allait « juste » donner plus de d’avantages aux esclaves en attendant plus tard. À un moment il y a une rupture oĂč on dit « non l’esclavage n’est pas acceptable, jamais, et personne ne doit et ne peut vendre une autre personne ». Ça ne fait pas disparaĂźtre l’esclavage d’un coup (ça existe toujours), mais au niveau lĂ©gal le concept est aboli. Et ce n’est pas un droit donnĂ© Ă  une catĂ©gorie de personnes, mais un choix plus gĂ©nĂ©ral.

      Je ne donne pas cet exemple pour comparer les deux actes entre eux, mais uniquement pour montrer qu’il y a certains choix qui valent pour la sociĂ©tĂ© entiĂšre et qui sont plus gĂ©nĂ©raux que donner des droits Ă  certaines personnes.

      Ceci Ă©tant dit, je n’ai pas la solution magique, et je ne crois pas que ce soit l’interdiction physique de faire ci ou ça qui va aider (je l’ai dĂ©jĂ  dit plus haut, je me rĂ©pĂšte). Mais lĂ  oĂč je suis (pour l’instant) sĂ»r de moi, c’est dans le fait de ne pas rendre normal le geste de se prostituer.

    • BigGrizzly et Rastapopoulos, vous pourriez essayer de ne pas me prĂȘter des positions que je n’ai Ă©crites nulle part, SVP ?

      Alors, je prĂ©cise : oui, l’argument selon lequel on peut s’autoriser Ă  sacrifier - un peu - une minoritĂ©, pour sauver - beaucoup - une majoritĂ© est Ă  mes yeux, dans son principe mĂȘme, moralement immonde. Il suffit de s’essayer un peu Ă  appliquer ce mĂȘme principe Ă  quelques autres situations comme celle des juifs ou des homosexuels vis Ă  vis de la majoritĂ©, pour prendre toute la mesure du problĂšme.

      PrĂ©cision deux : prĂ©tendre qu’on va aider les prostituĂ©es aliĂ©nĂ©es par des mesures telles que la fermeture des maisons closes, la rĂ©pression du racolage passif et la rĂ©pression des clients, est d’une odieuse hypocrisie, car la simple observations des faits prouve que ces mesures aggravent profondĂ©ment leur situation, mĂȘme si ça soulage la bonne conscience des bien pensants.

      Alors, qu’est-ce que je propose ? Il serait temps que j’en parle mĂȘme si BigGrizzly et Rastapopoulos semblent dĂ©jĂ  convaincu de savoir ce que je prĂŽne...

      Alors, pour moi le problĂšme n’est pas la prostitution, mais uniquement la prostitution qui s’exerce sous le rĂ©gime du proxĂ©nĂ©tisme. Toute mesure qui ne s’attaque pas directement au proxĂ©nĂšte lui-mĂȘme (et ses complices : banquiers, hĂŽteliers, trafiquants, hommes de mains, etc., bref le « systĂšme du proxĂ©nĂ©tisme ») renforce ce dernier au dĂ©triment des prostituĂ©es contraintes.

      Hors de ça, la relation qui s’établit directement entre deux adultes consentants ne me regarde pas, et je ne la juge pas avec mes propres repĂšres moraux qui me conduisent pourtant, en ce qui me concerne, Ă  ne m’ĂȘtre jamais prostituĂ© et n’avoir jamais fait appel Ă  une ou un prostituĂ©(e).

    • Et hop, une argumentation #lĂ©galiste de Daria Marx :

      Je crois que les femmes ont le droit de se prostituer. Qu’elles ont aussi le droit de le faire en Ă©tant protĂ©gĂ©es par le droit du travail. Qu’elles devraient avoir le droit Ă  une sĂ©curitĂ© sociale, Ă  une retraite, Ă  une protection juridique, qu’elles devraient avoir le devoir de cotiser, de payer des impĂŽts, de dĂ©clarer leur activitĂ© comme on le fait pour n’importe quel mĂ©tier. Je ne crois pas aux maisons de passes, aux visites mĂ©dicales imposĂ©es, aux vellĂ©itĂ©s hygiĂ©nistes de certains lĂ©galistes. Je crois que les putes sont des femmes et des hommes comme les autres, responsables de leur santĂ© et de leur bien ĂȘtre. Je ne les pense pas plus sales, plus Ă  risque, moins informĂ©es, au contraire. Je crois au droit des putes Ă  ĂȘtre amoureux(ses), Ă  vivre avec leurs partenaires sans que ce(tte) dernier(Ăšre) soit accusĂ©(e) de proxĂ©nĂ©tisme. Je crois aussi qu’on ne tombe pas dans la prostitution comme on tombe en amour, qu’on puisse choisir dĂšs l’enfance d’ĂȘtre travailleur du sexe, comme on ne rĂȘve pas d’ĂȘtre tourneur-fraiseur ou caissier chez BricomarchĂ©. Je crois que nous sommes contraints Ă  des choix professionnels qui correspondent souvent peu Ă  nos espoirs d’étudiants, Ă  nos soupirs d’enfants. Mais que nous faisons du mieux que nous pouvons pour nous sortir de la prĂ©caritĂ© et de la pauvretĂ©. Et que la prostitution n’est pas un mĂ©tier indigne, et qu’il mĂ©rite les mĂȘmes Ă©gards et les mĂȘmes rĂšgles qu’un autre.

      ▻http://dariamarx.com/2013/11/04/penalisation-des-clients-prostitution-en-vrac

      Elle fait un peu l’impasse sur la motivation des clients et de ce qui en dĂ©coule en terme de comportement. Elle limite l’apport de la violence aux rĂ©seaux mafieux. Elle exclut totalement le client de sa rĂ©flexion et je pense que c’est lĂ  que le bas blesse souvent dans le dĂ©bat.

    • J’entends absolument tous les argumentaires, mais je reste dans l’expectative sur la direction Ă  prendre.

      Le parallĂšle de l’esclavage est intĂ©ressant (et je ne dis pas cela parce que je relis la sĂ©rie « Les passagers du vent », derniĂšre page du tome 2, Le Ponton) en ce que le processus de « progrĂšs » n’a pas Ă©tĂ© instantanĂ©, et qu’il ne pouvait semble-t-il pas l’ĂȘtre... (enjeux de civilisation ?)
      Et que donc, il semble totalement lĂ©gitime de rendre la vie de ces travailleurs plus normale que ce qu’elle est actuellement, entre condamnations lĂ©gale et morale.

      Et c’est vrai... Comment permettre Ă  ces gens de travailler si on dĂ©cide que les clients doivent ĂȘtre pĂ©nalisĂ©s ? Et si c’étaient les clients qui Ă©taient soumis Ă  des visites mĂ©dicales et Ă  des questionnaires de santĂ© (physique et morale) ? Avec obligation de tenir un registre des clients et tout et tout :-D

      Bon, je pars en roue libre lĂ ... Je voulais juste exprimer que j’ai la sensation de ne pas encore avoir lu de rĂ©flexion sur l’Alternative.

    • @aude_v La situation juridique en Allemagne est simple : En tant que prostituĂ©/e tu peux dĂ©clarer tes revenus et accĂ©der au statut d’entrepreneur indĂ©pendant. Actuellement chacun, qu’il travaille ou non, est obligĂ© de prendre une assurance maladie, chacun peut cotiser pour la retraite. L’avantage du statut d’entrepreneur fait que tu as la droit de cotiser pour l’assurance chĂŽmage. Tout le monde y paye le mĂȘme tarif, mais l’allocation que tu touches au cas oĂč dĂ©pend de ton niveau de formation. Alors il vaut mieux ĂȘtre pute avec doctorat que spĂ©cialiste rĂ©seau sans diplĂŽme officiel.

      L’intention qui a poussĂ© le Bundestag Ă  accorder un statut lĂ©gal aux prostituĂ©e consistait dans une amĂ©lioration de leur situation : avant cette dĂ©cision un client pouvait simplement ne pas payer parce l’acte de se prostituer Ă©tait sittenwidrig (contre les bonnes mƓurs) d’oĂč l’impossibilitĂ© de conclure un contrat lĂ©gal. Bien sĂ»r la discrimination de principe et dans la rĂ©alitĂ© Ă©tait visĂ©e aussi.

      Actuellement la discussion tourne autour de la question si la « lĂ©galisation » a amĂ©liorĂ© le sort des prostituĂ©es.

      – La position conservatrice dit que la prostitution forcĂ©e et le proxĂ©nĂ©tisme existent toujours, alors la loi n’aurait pas eu le rĂ©sultat souhaitĂ©.

      – La position plus moderne, qui est partagĂ©e par beaucoup de policiers qui travaillent « sur le terrain », dit qu’il n’y pa pas de rapport, mais que ce seraient d’autres lois qui permettraient au criminels de continuer Ă  contrĂŽler une partie du marchĂ© de la prostitution. Il serait par exemple nĂ©cessaire de changer le statut d’un bordel privĂ© en entreprise gastronomique ou hĂŽteliĂšre pour autoriser la police et les douaniers Ă  contrĂŽler les locaux. Actuellement ils ne peuvent intervenir dans les appartements privĂ©s transformĂ©s en bordel.

      Pour ĂȘtre clair : Par les choses que j’ai vu je suis arrivĂ© ĂĄ considĂ©rer la prostitution comme un sale mĂ©tier avec des tarifs systĂ©matiquement en dessous du niveau nĂ©cessaire pour justifier l’effort fourni par les prostituĂ©es. Il y a pourtant quelques rares exceptions Ă  cette rĂšgle.

      C’est une occupation qui use toute la personnalitĂ© d’une « fille qui n’a rien que sa jeunesse », au point de pousser beaucoup d’entre elles vers des comportements auto-destructifs. Il faudrait abolir la prostitution, mais c’est impossible dans le contexte actuel, alors il faut protĂ©ger ces hommes et femmes contre toute agression extĂ©rieure si dĂ©jĂ  il n’est pas possible de les protĂ©ger contre la force destructrice de l’argent et du dĂ©dain allant avec cette occupation professionnelle.

    • Moi si je dois rĂ©sumer la problĂ©matique, dĂ©jĂ  je mettrais juste les prostituteurs face Ă  leur responsabilitĂ©s, de façon Ă  ce qu’ils se positionnent publiquement et assument socialement leurs comportements. Pour cela, je retiens la proposition de Nancy Huston : le service prostitutionnel obligatoire pour les femmes, incluant (surtout) les mĂšres et les soeurs des prostituteurs.
      ▻http://seenthis.net/messages/171960
      Pour les mal-comprenants (je parle des mĂąles clients-rois pour qui l’argent est la solution Ă  tout), rien ne vaut une bonne dĂ©monstration par l’absurde. Cela ne peut pas laisser indiffĂ©rent je crois.

      Et si le rĂ©fĂ©rendum de ces mecs confirme qu’ils restent malgrĂ© tout favorable Ă  la prostitution dans ces conditions, alors je serais pour que les « transactions » sexuelles puissent apparaĂźtre sur un registre public, accessible Ă  tous, et rĂ©glementĂ© (une accrĂ©ditation de prostitueur responsable ?) puisqu’on serait sur un domaine d’activitĂ© commerciale sur un sujet socialement sensible, un peu comme on rĂ©glemente le commerce des armes Ă  feux..