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  • Le « Cauchemar de Don Quichotte », une discussion symptomatique de la régression historique

    https://collectiflieuxcommuns.fr/spip/spip.php?article177

    Le livre intitulé « Le cauchemar de Don Quichotte » n’étonne pas par les thèmes qu’il aborde, ceux-ci étant largement connus, même si ce n’est que de milieux très restreints en France. C’est l’identité de ses auteurs qui surprend quelque peu : leur relative jeunesse aurait dû les tenir à distance des nombreuses références qu’ils s’efforcent de revisiter, occultées comme elles le sont dans le flux de l’intoxication médiatique généralisée.

    Leur insatisfaction devant les diverses vulgates « critiques » à la mode aujourd’hui constitue le fil conducteur de l’ouvrage. Le lecteur retient surtout leur dissidence vis-à-vis des thématiques « antimondialistes », ou « altermondialistes » comme leurs partisans préfèrent les baptiser , bien que le souci de critique œcuménique habite encore Matthieu Amiech et Julien Mattern.

    Ceux-ci pressentent, sans le présenter de cette façon, que derrière les poses frondeuses de cette mouvance si difficile à qualifier et à définir , se profilent les vieux schémas qui ont détruit le mouvement ouvrier. Mais leur propos n’étant pas de faire œuvre historienne, il ne s’agit pas d’un livre de bilan. Ils ne tentent pas non plus de présenter la moindre découverte « théorique » : on chercherait en vain le nouveau système explicatif prétendant résumer l’histoire ou le monde. Leur objectif, plutôt modeste et, partant, d’un réalisme inattendu en ces temps de mégalomanies dérisoires, vise à « savoir plus précisément contre quoi on se bat » (p. 7).

    • @kamo, le fait est que, malgré l’intérêt d’une partie des travaux du dernier Castoriadis (bien après S ou B, je dirais presque 3e période, mais suis pas assez versé dans la question), lorsqu’il retourne à la philosophie (et à la Grèce antique) et s’adjoint pour ses textes une certaine psychanalyse, il exprime un tout autre point de vue de classe, celui d’un conseiller de l’OCDE, résidant dans le XVIe et disposant à demeure d’un majordome (jusqu’où peut conduire la nécessité de diminuer le travail nécessaire et l’amour du travail bien fait ?), prétend stupidement à une défense de l’occident face à la menace soviétique (Devant la guerre), prônant une notion d’autonomie tout autre que celle autrefois antée sur une centralité du #conflit dans la société. Des distinctions qu’il pose alors, non seulement depuis la Grèce mais depuis la révolution (la plus fameuse sans doute, l’instituant et l’institué) restent à mon sens éclairantes. Mais la question de l’émancipation est désormais pour lui principalement référée à un dynamisme autonome de « la technique » (je dis ça rapido, sans avoir lu ou relu un texte de Casto depuis des années). On aurait à nouveau une #autonomie contre une autre, et pour ma part je n’embraye pas du tout sur ce schéma. Il n’est pas besoin d’être un progressiste béat

      L’émerveillement pour la puissance de l’imaginaire s’accompagne d’un abandon de toute attention aux pratiques réelles. On a une théorie de l’aliénation de plus, avec un prétendant au dévoilement. Fin de course.

      Sur la technique, je préfère nettement le filon opéraïste, qui lui ne ramène pas les problème à ce « depuis la plus haute antiquité » qui devrait toujours inquiéter, voir par exemple http://multitudes.samizdat.net/-Tronti-Ouvriers-et-Capital-

      #technocentrisme #morale

      Bon, trop pressé par des bricoles pour argumenter sérieusement, on y reviendra j’imagine.

    • Deux exemples du « jargon » des critique de ce livre

      Le Cauchemar de Don Quichotte est très parcimonieux en faits précis concernant des problèmes particuliers, et singulièrement en faits précis se rapportant aux problèmes particuliers posés par la lutte qui lui donna son impulsion  : la lutte de 2003 contre la loi Fillon. Il est vrai qu’Amiech et Mattern n’ont aucune raison d’utiliser l’arme que Roy tient pour la plus efficace dans la lutte, puisqu’ils ne s’inscrivent plus dans cette lutte  : ils adoptent au contraire une posture de juges, extérieurs et supérieurs à elle et à ses acteurs et actrices, en posant non pas la question de comment la poursuivre minoritairement alors qu’elle est en reflux, mais celle des raisons de son échec présumé définitif. Pour eux, d’ailleurs, les problèmes ne sont pas posés par la lutte, mais à l’occasion de la lutte  ; on ne saurait s’étonner alors que celle-ci soit présentée comme la rencontre par une subjectivité encline aux vastes questions existentielles d’un événement qui la porte à réactiver l’interrogation socratique sur la valeur des différents genres de vie  : « Pour tous ceux qui (…) n’entendent pas se résoudre à une soumission complète, ce conflit était à nouveau l’occasion de poser un certain nombre de problèmes fondamentaux, au premier rang desquels celui de savoir quelle sorte de vie nous voulons mener  » (p.14).

      Dans le cas de l’école anarchiste, sa manière particulière de concevoir est que nul n’est mieux en situation de définir ses «  devoirs  » que le peuple insurgé lui-même. Ce n’est donc un programme qu’au sens où c’est ce pour quoi les anarchistes agiront, ce qu’ils soutiendront dans les «  clubs  improvisés discutant des affaires publiques ». Ce ne l’est pas au sens où ce serait ce pour quoi ils intrigueraient dans les instances substitutives du pouvoir déchu. Mais d’autres écoles pourraient écrire d’autres livres dans le même esprit  : je n’ai pris qu’un exemple. Roy est d’une autre école, elle écrit cependant dans un esprit semblable  : poser des questions et diffuser un savoir qui ont été produits _par un mouveme nt_ . La Conquête du pain est bien autre chose que le programme d’action qu’une élite éclairée définit selon sa philosophie du «  devoir de la révolution  ». Elle est l’un des produits actuels d’un mouvement – en l’occurrence  : le mouvement ouvrier – au sein d’une certaine école qui en fait partie. Elle est avant tout l’un des moyens par lesquels cette école met en circulation le savoir et l’intelligence du mouvement qui sont les siens. Savoir et intelligence du mouvement  : au sens où ce sont une intelligence et un savoir que le mouvement produit, chez Roy comme chez Kropotkine, mais aussi, chez ce dernier, au sens où ils ont ce même mouvement comme objet. Cela en prévision des questions qu’il se posera. Ces questions, l’école anarchiste suppose qu’elles seront – dans une certaine conjoncture prévisible justement grâce à l’expérience et à l’intelligence des luttes antérieures – des questions relatives à la conquête du pain  : d’où la nécessité pour elle d’écrire La Conquête du pain.

      http://rougemecanique.noblogs.org/post/2013/01/11/a-quoi-ce-cauchemar-pourrait-il-bien-servir