• Les dotations sont des usines à gaz qui présupposent que quelques-uns décident pour tous les autres de qui leur est nécessaire.
      Or, pour avoir assez observé mes congénères, j’ai compris que nous n’avons pas les mêmes besoins, priorités ou mode de vie.

      Exemple d’une dotation simple : les logements sociaux. Ils sont attribués en fonction de la taille de la famille à l’instant t. Il s’agit d’une formule qui attribue des m² par personne. Il s’agit d’un modèle nucléaire où il est considéré comme normal qu’un couple dorme dans la même pièce. C’est aussi un modèle où les télétravailleurs n’existent pas. Et où on ne reçoit pas d’amis. Et la dotation ne fonctionne pas tout au long de la vie : les gens divorcent, les enfants naissent et partent, ça ne prévoit pas de pièce en plus si on désire soigner un parent... Bref, c’est un cadre contraignant et normatif.

      Pour la nourriture, autre exemple vital, on ne prend, là non plus, guère en compte les nombreuses variations culturelles et familiales : dans mon coin du Gers, par exemple, les gens considèrent souvent que la viande, ça donne des forces et c’est surtout du bœuf et du porc. Le canard et le poulet ne sont pas vraiment considérés comme de la viande. Les restaurants exotiques ne durent pas longtemps, car les gens sont conservateurs dans leurs habitudes alimentaires. Du coup, il est difficile de trouver des ingrédients seulement même d’autres régions de France dans les points de vente. Dans un système de dotation alimentaire décidé collectivement, la tendance serait à l’uniformisation. Je pense qu’obtenir du simple beurre salé serait une aventure...

      Et ça fait un peu soviétique, tout ça : la contrainte extérieure et non l’adhésion, le libre choix réel.

      Je crois plus à des structures simples et lisibles qui autorisent l’autonomie comportementale. Dans tout système complexe, comme une société humaine, par exemple, la modification des conditions du choix permet l’émergence de nouveaux comportements, de nouvelles tendances par les acteurs eux-mêmes, très loin du dirigisme.

      Dans notre structure actuelle, les comportements égoïstes, prédateurs et compétitifs sont valorisés et récompensés : on obtient donc des structures sociales où émergent les comportements individualistes, tout simplement.

      C’est cela, pour moi, le grand avantage d’un Revenu universel garanti : chacun sait qu’il pourra subvenir à ses besoins, indépendamment de tous ses autres choix. Un seul levier. Mais d’infinies possibilités émergentes : les choix que chacun fera en étant libéré de la nécessité vont créer de nouvelles tendances, dont la plupart sont à peu près imprévisibles aujourd’hui.

      Je parlais avec un gars qui trouvait l’idée irréaliste vue de Paris, où la vie est tellement chère qu’il lui faut 3000 €/mois, pour vivre correctement.
      Là, je lui demande si, ayant sa subsistance assurée de toute manière, il aurait choisi le même métier, déjà, et si ensuite, il aurait été obligé de l’exercer à Paris.
      Et bien sûr, la réponse est non.
      Donc sa contrainte principale saute parce qu’elle n’a plus lieu d’exister en dehors de la contrainte économique du marché de l’emploi et des talents.

      Maintenant, on recule d’un pas... si cet homme n’a plus besoin de vivre à Paris où tout est si cher, combien n’ont plus besoin non plus d’aller à Paris où il y a les bons salaires et où tout est si cher parce que tout le monde doit y aller ?
      Du coup, est-ce que Paris reste un endroit désirable où tout le monde doit aller parce que tout le monde y est ?
      Et alors, est-ce que Paris continue à avoir vocation à être aussi cher, si ce n’est plus le passage obligé de la concentration économique ?

      Et ainsi de suite...

    • Parallèle avec #Marinaleda : chacun y est pourvu en matos pour faire sa maison, s’engage à participer à sa construction, et y vit quasi gratos (15 euros par mois).
      En même temps, comme il faut bouffer, tout le monde bosse à la coopérative agricole (6h30/jour aux champs ou 8h/jour à la conserverie de légumes).
      Il y a donc à la fois une dotation en ressources (dont logement) et un revenu assurés, mais pas entièrement inconditonnels car obligation de participer au maintien des ressources (et je vois mal comment ça serait possible autrement tout en restant autonomes).
      ça reste ce faisant un modèle municipal (non étatique) et non industriel (si on fait exception de la stérilisation à la chaîne des bocaux de légumes).

    • Je suis trop anar pour la démocratie qui n’est jamais que la dictature de la majorité et l’écrasement des minorités. C’est pour cela que je crois à des règles générales très simples et peu nombreuses, qui créent donc facilement le consensus et l’intériorisation (rouge, tu t’arrêtes, vert, tu passes, ça marche, ça marche pas, tout est OK, attention danger) et à des applications locales. Des structures et des rapports de force émergent forcément à partir du substrat réglementaire de départ, mais elles seront diverses et foisonnantes selon les communautés humaines où elles se développeront. Dans un phénomène d’ émergence , l’autonomie locale permet le foisonnement de solutions... tout l’inverse de la mondialisation au forceps où des milliards de gens sont invités (fermement) à tous adopter le même mode de vie.

      Le foisonnement revient à ce que j’appelais : la démocratie avec ses pieds. Sur l’ensemble des configurations sociales émergentes, il y en aura forcément quelques-unes qui vont mieux te convenir... pas forcément chez toi.
      En fait, chez toi devient moins le bout de terre sur lequel tu es vissé comme une bernacle que l’endroit où tu peux vivre d’une manière qui te convient... ce qui est fort pratique pour diluer ce fâcheux esprit de propriété, en passant.

    • L’échelle était la commune, dans un sens assez large. Mais le bled s’est dilué sous l’effet de l’individualisme de masse, magma anonyme qui sécrète étonnemment une grande conformité de comportements.
      Le problème du bled, c’est que c’est aussi la dimension parfaite du ressentiment, des guerres de clans et des règlements de compte.

      En gros, sur ma commune de 200 péquins, c’est plutôt le côté poissonnier du village d’Astérix qui ressort alors qu’à l’échelle du bassin d’habitation, environ 5000 habitants, on a une assez bonne masse critique pour avoir une diversité de public et de points de vue, avec des groupes émergents mais fluides qui se créent et se défont au gré des projets communs.
      Finalement, les cantons, les communautés de commune avaient la bonne dimension, mais c’est déjà en train d’être noyé dans une obligation de fusion pour arriver à une masse critique de plus de 10 000 habitants où le vivre-ensemble disparait.

      Je vois que dans mon bled, les élections ont ravivé des guerres de clans qui se creusent avec les mois au lieu de s’apaiser, et que la nouvelle majorité profite de son pouvoir pour écraser et nier la minorité.
      Je vois aussi qu’il est bien chiant d’être proprio dans cette configuration, parce que tu te retrouves piégé comme un connard dans un environnement hostile, au lieu d’être libre de rejoindre une communauté plus conforme à ton mode de vie et ta pensée.

      Il y a moins de passions à vif quand tu sais que tu as toujours une porte de sortie.

    • Déjà, le bled de 2000 habitants, ce n’est pas trop mal : tout le monde se connait au moins de vue et on peut toujours changer de trottoir pour ne pas croiser les cons. Disons que tu as facilement accès aux gens intéressants sans devoir forcément te cogner les boulets... bon équilibre.

      Après, les désirs sont très formatés actuellement par la TV et la pub. Lesquelles nous vendent en permanence la petite maison avec le ligne qui sèche au soleil. Mais dans les pratiques et les vécus, nous n’aimons pas tous la même chose. À l’usage, je ne supporte pas du tout l’habitat dense, mais la maison à la cambrousse n’a pas d’intérêt pour moi (pas très potagère, malgré mes efforts). Une maison de village assez insonorisée avec une terrasse serait plus adaptée, au final, à mon mode de vie.

    • @aude_v Je pense qu’on devrait combiner ça avec un droit à cultiver le lopin de ceux qui n’utilisent pas le leur, à équilibrer avec d’autres types de #bricole pour que personne ne se sente lésé.
      Pour a part j’ai tendance à penser que tout terrain proche d’une habitation et non cultivé est « gâché », si on le met en perspective avec la tension mondiale sur le foncier agricole et l’#accaparement.