• Du racisme aux politiques de #racialisation
    http://blogs.mediapart.fr/blog/eric-fassin/181114/du-racisme-aux-politiques-de-racialisation

    Force est de reconnaître que des #politiques de racialisation sont à l’œuvre. On ne peut plus lutter contre le racisme idéologique et les discriminations raciales sans mettre en cause, non pas seulement l’inaction des pouvoirs publics, mais aussi leur action, ce qu’ils font au moins autant que ce qu’ils ne font pas.

    La « question #rom » est actuellement le révélateur le plus brutal de cette racialisation politique. Les responsables nationaux, mais aussi locaux, prétendent certes répondre à une demande populaire, comme si le racisme d’État pouvait s’autoriser de celui qui est censé définir les « riverains ». En réalité, le second se nourrit du premier. De Nicolas Sarkozy à Manuel Valls, et jusqu’aux élus locaux, émanant d’une majorité ou de l’autre, des pompiers pyromanes prétendent éteindre l’incendie qu’ils allument d’abord et attisent ensuite par leurs paroles et leurs actes. Car l’altérité radicale imputée aux Roms venus de Roumanie ou de Bulgarie est avant tout l’effet du traitement radicalement autre qu’on leur fait subir.

    Sous couvert de mesures transitoires, on les a exclus du marché du travail, quitte à les accuser ensuite de mendier ou de voler ; on continue même de les priver des conditions d’hygiène les plus élémentaires, en refusant le ramassage des ordures dans les bidonvilles, pour mieux leur reprocher ensuite… leur manque d’hygiène ; au mépris du droit, on continue de faire obstacle à l’inscription sur les listes électorales de ces citoyens européens ; on bannit trop souvent leurs enfants de l’école au prétexte de leur prétendu nomadisme, qui ne devient une réalité qu’à force d’expulsions répétées qui reviennent à les chasser sans cesse un peu plus loin.

    C’est ainsi qu’on produit une différence, supposément « culturelle », qui justifie en retour de traiter les populations roms comme si elles étaient de nature différente. Bien entendu, c’est sans rapport avec la biologie, mais cela a tout à voir avec la politique qui produit cette différence. Bref, il s’agit proprement d’une politique de la race.

    Mais il ne s’agit pas seulement des Roms. En fait, cet exemple radical fait ressortir clairement le rôle des responsables politiques de tous bords dans la montée en puissance de la « question raciale » au sens le plus large.