• Celui qui nous a fait rêver est parti . Très bel hommage à Julien Jalal Eddine Weiss Paix à son âme de la part de son fidèle ami le professeur Saadane Benbabaali

    Un jour après...

    Khayyo Julien Bernard Jalaleddin Weiss, aujourd’hui la vie sur terre continue sans ta présence. Des milliers de nouveaux-nés sont venus au monde depuis que tu es parti. C’est ainsi que l’humanité se renouvelle et re-produit ses génies, ses hommes de bonne volonté, ses saints et ses enfants perdus. Il y aura sans doute parmi les nouveaux venus sur cette terre des musiciens de talent, des passionnés de la musique arabe, des épicuriens plein de joie de vivre, mais il n’y aura parmi eux aucun Julien/ Jalaleddine. Tu es « unique et irremplaçable » et c’est pour cela que je suis triste. Triste de ne plus écouter tes histoires sur les hommes, sur les femmes, sur les charlatans, sur les fous de vie comme toi...Plus de rêves sur le monde tel qu’il devrait être, plus de discussions sur le sort de notre pauvre Syrie exsangue, plus de confidences sur nos histoires d’amour, et surtout plus de sons magiques de ton qanoun, fidèle compagnon qui t’a accompagné jusqu’à l’hôpital Bretonneau à Paris. Là, adossé à un coin de ta dernière chambre, il a assisté, témoin impuissant à tes derniers instants. Rassure-toi, mon frère, je me suis occupé de lui. J’ai emporté avec nous , hors de l’hôpital, ton compagnon de scène et de vie musicale, lorsque nous t’avons fait nos derniers adieux, Hind, Mirna, Isabelle et une autre amie. Nous avons quitté la chambre où de nombreux ami(e)s et parents s’étaient relayés pour que ne restes jamais seul. Cette chambre où, comme tu le souhaitais, tu n’es pas resté trop longtemps à souffrir et te voir dépérir. Cette chambre où, paisiblement, tu as rendu l’âme au Seigneur qui t’en a fait cadeau durant 61 ans et quelques semaines. .
    Et le hasard a fait que je me suis retrouvé, auparavant, à te veiller seul pendant plus de trois heures. J’ai assisté à des veillées funèbres, mais jamais comme à la tienne. Je suis resté assis sur ma chaise en face de toi sans sentir le temps passer. Tu étais si beau, avec ton visage lumineux et sans ride. Tu respirais la sérénité, la paix totale. Aucune marque de souffrance, presque un bonheur de ne plus sentir les douleurs qui te tenaillaient ces derniers temps. Il ne te manquait que la parole parce que tu ne répondais pas à mes questions :
    – Dis-moi Julien, tu sais tout maintenant ! Comment est-ce là-bas ?
    – Dis-moi es-tu proche ou très loin ?
    Puis je t’ai lu les versets du Coran que je connaissais par coeur, et me rappelant les miracles de la technologie, j’ai retrouvé sur « YouTube » des enregistrements de psalmodies du Coran par Abdelbassat Abdessamad : Yassine, al-Rahman, al-Mulk, etc.. etc…Je suis resté à écouter, en ta présence, ces paroles venues du coeur d’un homme inspiré par le divin et elles prirent pour moi un sens nouveau. J’étais convaincu que tu partageais mon émotion car souvent lorsqu’on se rencontrait je te donnais mon interprétation de certains versets et tu m’écoutais avec intérêt avant que nos histoires épicuriennes et notre amour de la beauté éphémère ne nous ramènent sur terre…
    Dans la chambre, nous étions trois : toi, le très bel homme dont tant de femmes sont tombées amoureuses, ton qanoun que tu avais confectionné spécialement pour toi et qui te rendait l’amour que tu avais pour lui en générant des sons qui enchantaient tous les mélomanes. Et il y avait moi, ton ami, perdu dans un univers devenu tout à coup silencieux et vide sans ta parole…
    Au cours de ces heures passées à ton chevet, j’ai appris sur la vie, la mort, l’amour, la vanité, le bonheur, la souffrance plus ce qu’aucun livre n’aurait pu m’enseigner. Même après ta mort tu as continué à m’apprendre le secret de la vie. À chacune de nos rencontres avant, je te disais à quel point ton courage, ta dignité et ta noblesse devant ce méchant cancer qui t’a emporté faisaient de toi « un maître de vie ». Tu ne voulais pas le croire, prétextant que tu prenais la vie à la légère que tu n’avais pas suivi comme moi de maître soufi et que c’était à moi de répondre à tes questions sur le sens de la vie. Quoi que tu aies pensé, tu fus un sacré gourou pour moi, mon frère adoré ("khayyo", comme on aimait s’appeler).
    un jour, quand mon coeur sera moins triste, je raconterai toutes les blagues qui nous ont fait rire, des blagues pour ne pas se prendre au sérieux. Tu ne te prenais pas au sérieux, mais tu prenais ta musique au sérieux, depuis tes dix-sept ans…Mais cela est une autre histoire, c’est l’histoire du chemin que tu as emprunté jusqu’à ce jour qui fut ton dernier jour sur terre…
    Un jour après, je continue à te parler comme si tu étais encore vivant, parce que TU ES VIVANT, khayyo et rien au monde, jusqu’à mon dernier souffle, ne me fera oublier celui qui m’a entraîné dans son sillage depuis plus de 20 ans. Dors bien, Jalaleddine, dors paisiblement ; ton qanoun, tes femmes, tes musiciens, tes amis, tes fans et tous ceux qui t’écouteront égrener tes notes magiques se souviendront longtemps de toi et remercieront le Ciel de leur avoir fait cadeau de ta présence durant 61 ans sur cette terre.
    À bientôt, frère, pour d’autres concerts parmi un public de séraphins et de...séraphines surtout même s’il paraît qu’elle ont trois ailes…

    Toute mon admiration pour Hind, Sabine, Mirna pour leur présence permanente et à tous les amis Mimoun, Marc, Gilles, Jean-Louis, Isabelle etc.. etc…Mon salut à ceux et celles qui de loin souffraient de sa souffrance et demandaient de ses nouvelles : Tamara, Rila, Leila, les musiciens de son groupe Al-Kindi et tous les autres avec lesquels il avait réalisé des merveilles etc..etc..Ma gratitude à Fairouz qui a retrouvé mon numéro de téléphone et m’a appelé de loin pour apprendre que c’était trop tard et qui a versé tant de larmes au téléphone. Merci aux très nombreux ami(e)s qui ont prié sur son âme sur Facebook et dans le silence de leurs demeures.
    Ton khayyo, Saadane

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