• « Aux fossoyeurs de tous bords »
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    (...) Mors aux dents, le monde s’emballe. Il faudrait rallier l’Union sacrée sans plus attendre. Sans réfléchir. « Avec nous ou contre nous ! », crient les petits soldats. « Tu es Charlie ou tu es djihadiste ! », ajoutent-ils. Il n’y a pas d’alternative, c’est l’étendard du capitalisme. Il faudrait abdiquer toute analyse nuancée au nom de l’intérêt supérieur de la nation, de l’occident, de la « civilisation ». Le plan Vigipirate appliqué à la pensée. Des bruits de bottes dans les cerveaux.

    Voilà pourquoi nous prendrons le temps. Il ne naît rien de bon de l’urgence de l’émotion, fût-elle gouvernée par les meilleures intentions. Elle n’apporte qu’exacerbation des passions, mort de la réflexion et récupérations stupides. Et parmi ces dernières, il en est une qui vient d’éclore et nous oblige à réagir, même si elle apparaît bien futile au regard du sang, des larmes et de la bêtise assassine.

    Donc, pour que les choses soient claires : hier comme aujourd’hui, nous assumons pleinement l’article que nous a confié Olivier Cyran en décembre 2013,« Charlie Hebdo, pas raciste ? Si vous le dîtes... ». Il fallait que ces choses soient dites, et qu’elles le soient ainsi – avec méthode, rigueur et intelligence, tout le contraire d’un procès facile.

    Et pour que les choses soient tout aussi claires : du même élan, nous crachons à la gueule de tous ceux qui, ces derniers jours, ont donné une nouvelle popularité à cet article, en faisant tourner largement le lien avec ce sous-entendu plus ou moins explicite : les morts de Charlie-Hebdo l’auraient bien cherché. Ce sont là gens qui nous dégoûtent – et ce n’est pas une image.

    Quant aux penseurs de bas-étage et autres bêtes pisse-copie qui proclament ici ou là que la gauche radicale aurait fait le lit du djihadisme sanguinaire en pointant la réalité de l’islamophobie, ils ne méritent même pas une réponse. Le mépris et le silence suffiront.

    Nous ne sommes pas Charlie. Nous sommes libertaires, et amoureux de la vie, et résolus à ne pas accepter les tristes et macabres passions (de tous bords) et l’enfermement de l’individu dans la forteresse de sa haine. Cela suffit bien, nul besoin d’en rajouter. Nous sommes aussi conscients que les tristes temps qui viennent imposent, plus que jamais, rigueur et réflexion. C’est bien de cela qu’il sera question dans les mois et années à venir : revendiquer la ligne de crête, être radicalement émus et radicalement critiques. L’intelligence va être un combat.

    #Charlie_Hebdo #unité_nationale

    • Pour mémoire, la tribune de Christophe Ramaux dans Le Monde

      La gauche radicale a eu tort d’attaquer la prétendue islamophobie de « Charlie »

      LE MONDE | 09.01.2015 à 16h22 • Mis à jour le 09.01.2015 à 19h34

      Christophe Ramaux, membre du collectif d’animation des Economistes atterrés, Université Paris-I

      C’était finalement un testament. Dans un article de l’ensemble de sa rédaction publié le 20 novembre 2013 (dans Le Monde), Charlie s’élevait contre le procès en islamophobie intenté depuis longtemps par certains, en particulier à la gauche de la gauche. Un islamophobe, et il y en a, est un raciste. Un bouffeur de religions, et Charlie en était, n’est pas raciste. Il maudit toutes les religions et c’est bien son droit. Cibler uniquement l’islam, c’est cibler derrière eux certaines populations, les Arabes au premier chef. La rédaction de Charlie avait raison : en les accusant d’islamophobie, c’est un procès en racisme que d’aucuns s’autorisaient à leur encontre. Une salissure ignoble pour ces dessinateurs et écrivains qui ont toujours eu l’antiracisme chevillé à la plume.

      Comment en est-on arrivé là ? Comment expliquer que des dirigeants d’Attac, du NPA, des journalistes de Politis et d’autres – les uns et autres ont organisé avec les Indigènes de la République et Mediapart une Journée contre l’islamophobie le 13 décembre 2014 – aient pu alimenter cette infamie ? Comment expliquer que certains animateurs des Economistes atterrés aient rejeté la collaboration de Charb au prétexte qu’il était islamophobe ? Les Economistes atterrés – dont le spectre va bien au-delà de la gauche radicale – ont heureusement remis les pendules à l’heure et rendu ainsi hommage à Bernard Maris, leur oncle à tous. Leur collectif d’animation a décidé, après débats et contre l’avis de certains irréductibles, de publier un communiqué où il est fait explicitement mention de la laïcité.

      Attac a décidé l’inverse. Son communiqué se refuse sciemment à mentionner la laïcité. On en est là : certains ont commis un précédent en accusant Charlie d’islamophobie. Après le massacre de la rédaction, ce précédent de trop appelait un sursaut. Nombreux dans la gauche de la gauche en sont conscients. D’autres s’acharnent dans l’aveuglement, en refusant de nommer la laïcité, ce pourquoi ceux de Charlie sont tombés. Ils proclament qu’ils sont « tous Charlie ». Au ciel, les principaux intéressés, fidèles à eux-mêmes, doivent en rire, mais en jaune amer. Comment expliquer cette dérive ?
      Les musulmans peuvent-ils être réactionnaires ?

      La réponse est dans le testament de Charlie. Sa rédaction s’interrogeait : au nom de quoi « la religion musulmane […] devrait, elle, être épargnée. Pourquoi diable ? Quel est le rapport, autre qu’idéologique, essentialiste au fond, entre le fait d’être arabe par exemple et l’appartenance à l’islam ? » C’est bien là le cœur du problème. Sans craindre le racisme pervers qui se niche ici, certains ne conçoivent pas que des musulmans, des immigrés ou enfants d’immigrés puissent être totalement réactionnaires, et même fascistes, au même titre que certains catholiques, protestants, juifs ou agnostiques. Plus de mille départs en Syrie, cela devrait alerter ceux qui n’ont pu envoyer que quelques dizaines de guérilleros en Amérique latine ou ailleurs.

      Ceux-là continuent néanmoins à nier qu’une frange extrêmement minoritaire, mais signifiante, de la jeunesse trouve sa cause dans le fascisme djihadiste. Nommer la chose serait favoriser « l’islamophobie ». Comme si la masse des musulmans n’avait pas besoin d’être soutenue dans la lutte sans merci de « tous ensemble » contre le fascisme vert. Selon Edwy Plenel, grand contempteur de l’islamophobie, la question qu’il convient de poser est « pourquoi notre société produit-elle ces enfants-là » ? Juste question de prime abord. Oui le capitalisme néolibéral, l’austérité, engendre comme toujours, chômage, précarité et désespérance sociale. Mais cela ne suffit pas. La politique ne peut être rabattue sur l’économie et la sociologie. Elle a son autonomie, sa consistance propre. Les mêmes conditions sociales ne produisent pas les mêmes trajectoires. Les êtres humains ont d’abord une tête, vivent de représentation. Ils ont leur autonomie, leur responsabilité.

      Dénier la responsabilité de ceux qui adhèrent à l’intégrisme radical, n’est-ce pas les nier un peu plus ? Et n’est-ce pas un narcissisme lui aussi pervers que de laisser entendre que « nous » sommes « aussi » responsables de cela ? La dite « société » n’est-elle qu’à accabler ? Aussi perfectible soit-elle, et elle l’est grandement, ne doit-elle pas aussi être défendue dans ses fondements mêmes – les valeurs républicaines dont la laïcité justement – face à ceux qui la violentent ? Au rassemblement de mercredi soir à Paris seuls « Charlie, Charlie » et « liberté d’expression » ont percé le silence de l’effroi. Quels seront les mots d’ordre des prochaines manifestations ? « Non à tous les fascismes dont celui des djihadistes » : c’est la seule trame susceptible de rendre véritablement hommage à la profondeur du combat de Charlie.

      Contre le fascisme brun donc, mais aussi – et explicitement – contre le fascisme vert, car le déni de ce dernier nourri le premier. La gauche radicale reprendra-t-elle cette trame ? Espérons-le. Il y aura bien d’autres chantiers à défricher pour elle ensuite : celui du rapport à l’Etat, à la nation, à la démocratie y compris représentative, au pouvoir justement, à l’intérêt général, à la société même.

      Il est minuit moins le quart pour la « génération » libérale-libertaire de 1968. Charlie a été l’étendard le plus échevelé de cette génération. Qui l’eut cru ? Qui eut cru que ce soit par Charlie que cette « génération » fasse enfin le deuil de ses impasses ? Qui eut cru que Charlie soit élevé au rang de cause nationale, de deuil national, que résonnent par lui la rose et le réséda ? L’histoire prochaine de notre pays sera-t-elle aussi facétieuse que Charlie l’était ? Nous sommes peut-être « minoritaires » indiquait tragiquement le testament de Charlie. Pas sûr…

    • je ne sais pas si j’ai lu trop vite. Toujours est-il que cet attentat contre la liberté d’expression va avoir des répercussions. Et peut-être pas forcément les bonnes, à savoir celles de rentrer dans le « tout sécuritaire ». Pas étonnant que cette page soit enlevée du Monde.

    • Cette hallucination, sur le forum de l’article, de voir des gens « de gauche », antiracistes tout comme il faut hein, qui viennent t’expliquer que lutter contre le racisme anti-Musulman⋅es ou assimilé⋅es c’est donner carte blanche aux terroristes, et qui brandissent ce joli vocable d’"islamo-gauchisme", en oubliant peut-être qu’il est très prisé de Finkielkraut, Riposte laïque ou Valeurs actuelles.

    • Ce truc de « l’islamo-gauchisme » c’est quand même parfaitement ignoble : c’est te dire que si tu luttes contre la domination blanche des Musulman⋅es ou assimilé⋅es, ça fait de toi, que tu le veuilles ou non, un allié objectif de la domination intégriste de ces mêmes personnes. On te somme de choisir entre la domination « civilisée » et la domination « barbare ». Et on chosifie la minorité opprimée dans la même opération. Si tu dis que c’est contre la domination en tant que telle que tu luttes, qu’elles et ils luttent, on te ricane au nez. Quel écoeurement.

    • Communiqué des EA à propos de la Tribune du Monde parue le 15 janvier | Les Économistes Atterrés
      http://www.atterres.org/article/communiqu%C3%A9-des-ea-%C3%A0-propos-de-la-tribune-du-monde-parue-le-15-ja

      Les Économistes atterrés ne sont pas engagés par l’article intitulé « La gauche radicale a eu tort d’attaquer la prétendue islamophobie de Charlie », publié par Christophe Ramaux dans le Monde du 9 Janvier.

      Nous regrettons que l’auteur ait signé cet article en tant que membre du collectif d’animation des EA, sans en discuter avec les autres membres du CA. Juste après le massacre sauvage de la rédaction de Charlie Hebdo, il y mentionne sa vision personnelle et partiale de discussions internes au CA sur des questions qui avaient été tranchées collectivement.

      Cet article, et les attaques qu’il porte contre des organisations qui nous sont proches sur les sujets qui sont les nôtres, n’expriment pas une position collective des économistes atterrés. Son contenu, qui ne relève pas des thèmes d’intervention des EA, n’engage que son auteur.

      Les Économistes atterrés continueront de développer leurs analyses dans leur domaine d’expertise, l’analyse économique et les politiques économiques. Ils entendent consacrer toute leur énergie à la promotion de leur Nouveau Manifeste.