• Grèce : le coup de force de la BCE
    http://www.latribune.fr/actualites/economie/union-europeenne/20150204trib38e533885/grece-le-coup-de-force-de-la-bce.html

    La BCE a annoncé ce mercredi soir qu’elle cessait d’accepter les titres grecs comme collatéraux. Le système bancaire grec n’est désormais relié à la zone euro que par le programme d’accès à la liquidité d’urgence qui est soumis à un accord avec les créanciers d’ici au 1er mars.

    La BCE met la pression sur la Grèce.

    Ce mercredi soir, l’institution de Francfort a levé l’éligibilité des obligations d’Etat grecques comme collatéraux pour les opérations normales de refinancement dans la zone euro. Ceci signifie que, pour venir retirer des liquidités auprès de la BCE, les banques ne pourront plus donner comme garanties les titres grecs.

    [...]

    Le Conseil des gouverneurs n’aura donc pas attendu que les négociations s’engagent réellement entre Athènes et ses créanciers. La BCE est, du reste, allée à la limite de son mandat en suspendant cette exception sur la simple « présomption » (selon le communiqué de presse ) qu’un accord ne pouvait être trouvé.

    Le dernier fil entre la Grèce et la zone euro : l’ELA

    Pour le moment, la BCE ne « coupe » pas le robinet à la Grèce. Certes, les banques grecques ne pourront guère aller, faute de collatéraux, se refinancer au guichet de la BCE. Les banques grecques pourront, en revanche, toujours bénéficier de l’accès à l’aide à la liquidité d’urgence (ELA) qui, cet après-midi, a été confirmé jusqu’au 28 février. Avec cet accès, les banques pourront continuer à fonctionner normalement, mais pendant 25 jours. Pas un de plus. Surtout, la BCE peut couper cette aide normalement « temporaire » à tout moment.

    Coup de tonnerre

    Cette décision de la BCE est un coup de tonnerre : elle signale à la Grèce qu’elle n’est plus tenue dans la zone euro que par un fil, celui de l’ELA. Or, l’ELA est lui aussi dépendante de l’acceptation du programme. C’est clairement une offensive de la BCE contre le nouveau gouvernement afin qu’il revienne en arrière et accepte les conditions des créanciers. C’est un appui à la contre-offensive de Berlin qui enjoint Athènes de rentrer dans le rang de la troïka. C’est aussi une fin de non recevoir pour les propositions de Yanis Varoufakis, le ministre des Finances hellénique qui, mardi, a proposé des projets de restructuration de la dette hellénique. Mais il y a pire : la BCE menace de causer une panique bancaire pour forcer le gouvernement grec à céder. C’est là jouer avec le feu.
    25 jours pour trouver un accord. Pas un de plus

    Le calendrier est donc désormais clairement fixé : la Grèce dispose de 25 jours pour trouver un accord avec ses créanciers. Faute de quoi, il ne lui restera guère d’autres solutions que de sortir de facto de la zone euro. La BCE tente encore une fois clairement l’intimidation qui avait réussi par deux fois à faire céder les pouvoirs en place : en 2010 en Irlande et en 2013 à Chypre. La BCE affirme encore une fois un rôle politique qui n’est guère en accord avec sa soi-disant indépendance. Reste la question : Athènes baissera-t-elle la tête comme jadis Nicosie et Dublin ? Impossible à dire. Ce soir, Athènes a répété qu’il n’était pas question d’accepter la poursuite de l’austérité. La BCE est-elle prête à prendre le risque d’une sortie de la Grèce de la zone euro et le gouvernement grec est-il prêt à abandonner ses promesses électorales ? Toute la question est là.

    • Les deux ?
      "« Jusqu’ici, la BCE n’avait aucun pouvoir pour peser véritablement, analyse Clément Fontan, chercheur en science politique. En gros, la banque parlait, les dirigeants politiques l’écoutaient d’une oreille plus ou moins distraite, en se disant : “Bon, c’est normal, c’est la BCE, ils sont conservateurs, on les écoute, on leur fait plaisir.” Arrive la crise : des pays de la zone euro sont attaqués par les marchés financiers. Au début, la BCE refuse de les aider, arc-boutée sur son dogme d’indépendance et de non-intervention. Devant la pression des gouvernements et des banques, dans la panique générale des marchés, elle cède finalement. » Elle se voit donc contrainte de racheter les bons du Trésor des Etats en difficulté. Mais elle pose ses conditions : les pays concernés vont être obligés d’appliquer les « réformes structurelles » que la BCE a toujours prônées. « On est dans une situation type Argentine-FMI à la fin des années 1990, où le prêteur exerce une forte pression sur l’emprunteur pour être sûr qu’il applique les réformes considérées comme “bonnes et nécessaires”. Finalement, la crise a été une fenêtre d’opportunité pour la BCE », conclut Fontan.

      « Fenêtre d’opportunité » : l’expression revient chez les observateurs de la banque centrale. Et tous, même les plus critiques, voient en M. Trichet « un grand politique ». Ses opposants le désignent d’ailleurs comme « le seul vrai dirigeant européen » : il a su saisir cette « opportunité », se glisser dans cette « fenêtre » ouverte par l’histoire, pour étendre son pouvoir personnel et celui de son institution."
      http://www.monde-diplomatique.fr/2011/11/DUMINI/46897

      PDf venant d’une université picarde :
      "Ordre monétaire ou chaos social ?
      La BCE et la révolution néolibérale" https://www.u-picardie.fr/labo//curapp/IMG/pdf/GOM_.pdf

    • Paul Jorion sur les dissensions au sein de la troika après le rapport du FMi
      "Manifestement, le conflit interne à la troïka est suffisamment aigu pour qu’il transparaisse dans le rapport du FMI. C’est la première fois qu’un tel document critique ouvertement la Commission européenne. Il semble maintenant difficile de remettre une troïka sur pied avec des dissensions telles, qui s’expriment dans le rapport mais surtout dans les commentaires qui ont suivi sa publication, par les propos d’une certaine violence, non seulement de Klaus Regling du MES, mais aussi d’Olli Rehn, économiste en chef de la Commission européenne, qui a exprimé son « désaccord fondamental » avec le rapport du FMI."
      http://www.pauljorion.com/blog/2013/06/25/fmi-et-commission-europeenne-eclaircissements-sur-la-zizanie

    • Et si le gouvernement grec décidait de faire battre monnaie (en drachme) et de quitter la zone euro ?
      Les organismes financiers qui se sont frottés les mains en titrisant la dette grecque pourraient toujours s’asseoir sur leurs créances, non ?
      Enfin, j’dis ça, j’dis rien ...