Stéphane Bortzmeyer

Homme blanc, hétéro, cis, > 50 ans, diplômé du supérieur, habitant à Paris et abonné à Charlie

  • « Pourquoi j’ai choisi de faire de l’informatique alors que les autres filles ont choisi de ne pas en faire »

    https://medium.com/@Sianay_/pourquoi-j-ai-choisi-de-faire-de-l-informatique-et-pas-les-autres-filles-a04

    Très bel éloge des techniciens, de la technique, et du plus beau métier du monde. Zéro minauderie « mais on peut programmer en restant féminine ».

    #informatique #féminisme

    • J’aime la conclusion qui ouvre et qui donne envie de l’imprimer et diffuser

      Evidemment je ne dis pas non plus faites de l’informatique parce qu’il faut en faire, je dis osez faire ce qui pour vous vous semble impossible, improbable, dérangeant. N’ayez pas peur de l’inconnu, ne vous occupez pas de ce que les autres pensent car les vrais obstacles sont les barrières que l’on se met à soi même. Et c’est tout autant valable pour tous les autres métiers où le sexe opposé est en infériorité numérique. Ce n’est pas parce que les autres n’y vont pas, que vous n’êtes pas fait pour ça, que vous n’en êtes pas capable.

    • les vrais obstacles sont les barrières que l’on se met à soi même

      La formulation est clairement trop forte : c’est UN des obstacles, mais c’est loin d’être le seul, et pas forcément le plus bloquant pour les femmes. C’est-à-dire que même quand elles n’ont pas cette barrière, elles peuvent parfaitement être bloquée ensuite.

    • Moi qui en ait fait, je ne conseillerais à personne de « faire de l’informatique »...

      Autrement dit : J’ai trouvé une façon (plutôt valorisante et en phase avec mes capacités) de prendre place dans cette société à une époque où je me posais moins de question à son sujet. Je sais maintenant que l’activité que je mène s’inscrit dans un domaine qui présente une grande propension à produire fondamentalement de la nuisance

    • @RastaPopoulos : nan, clairement, ce n’est pas le seul obstacle. Si je n’ai pas fait certaines études, d’ingénieure plus précisément, c’est parce que je n’avais aucune envie de me retrouver dans un contexte non-mixte, à faire constamment face au sexisme. J’ai choisi d’autres études, sans m’empêcher de faire ce que j’avais envie de faire, dont de l’informatique, entre autres, parfois à côté, par des chemins de traverse…

      Savoir ce que l’on veut, le faire, et savoir ne pas s’exposer inutilement.

      Le sexisme d’un milieu ne se résume pas à « des barrières que l’on se mettrait à soi-même ». Ça me rappelle ces initiatives pseudo-féministes invitant les girls à « briser leur plafond de verre intérieur », occultant complètement que c’est avant tout un phénomène socio, qui leur est extérieur, indépendant de leur volonté… Bref, encore et toujours des injonctions aux femmes, sans questionner les mécanismes d’exclusion du groupe social. Rien ne change.

      #RoleModel

    • En même temps quand on lit ce qu’elle dit sur la sociologie et son expérience à la fac, pas étonnant qu’elle en arrive à un discours typiquement libéral sur le choix individuel et le « bouge toi le cul tu y arriveras ». Ceci étant, je pense qu’il y a toujours quelque chose de positif à montrer que c’est possible.
      Par contre, étant développeur, je n’ai jamais ressenti cette honte dont l’auteure parle à dire ce que je faisais (parce que je suis un homme ?), je n’ai jamais pensé que mon métier pouvait être mal perçu, même s’il est clair que la plupart des gens ne comprennent absolument rien à ce que je fais.

    • Ça reste un témoignage très positif, à la fois parce qu’il dit d’oser faire ce qu’on a envie (ce que pointe @ben), et parce qu’il dit la passion de ce métier (ce que pointe @stephane).

      Ça en fait un bon « role model », de ces (trop rares) meufs, exemplaires, qu’on met en avant (à raison) pour « attirer davantage de filles » dans ce secteur. Au risque d’en faire une femme alibi, un arbre qui cache la forêt.

      Car s’arrêter à ça laisse croire qu’il suffit de… vouloir, oser, etc. et masque le problème du milieu, systémique, imperméable à la volonté individuelle. La bonne question n’est pas « pourquoi si peu de filles font ce choix ? » mais pourquoi « tant de filles sont écartées de cette voie ? »
      Ce qu’elle évoque un peu :

      Cette peur, je l’ai ressentie, je la ressens encore. La peur de ne jamais être à la hauteur, l’obligation de se justifier d’être là, de devoir prouver systématiquement aux autres ses compétences. Parfois, c’est l’impression de les entendre penser « la pauvre elle s’est égarée » parfois c’est « on va la ménager parce que c’est une fille ». Et l’exclusion est bien réelle même si pas intentionnelle, comme si je n’allais pas comprendre après tout. C’est simple à la fin de la première année de DUT, la moitié des filles avaient déjà abandonné et nous étions 6, 6 sur une centaine d’étudiants. Et personnellement au milieu du premier semestre mes notes étaient limites, sûrement du à gros manque de confiance en moi dans ce nouvel environnement. La responsable d’année m’avait pratiquement incité à trouver un plan de secours.

      Bref : pression sociale, exclusion, discrimination (quand bien même positive), découragement de la part responsables, etc.
      comme dans tant d’autres témoignages de meufs in tech. Syndrome de l’imposteure et manque de confiance en soi ne sont que des conséquences, non des causes.

      Sa conclusion est intéressante, en ce qu’elle priorise bien :

      Enfin, si j’avais un conseil à donner à ceux qui se demandent comment on pourrait attirer d’avantage de filles, il se résumerait en trois points :
      1. Leur donner envie d’y aller
      2. Leur donner envie d’y rester
      3. Leur faire comprendre qu’elles peuvent y arriver

      Les deux premiers points s’adressent bien au milieu : que celui-ci soit plus attractif, accueillant et inclusif.

    • @0gust1 Ah, ça dépend du secteur ? Si oui, deux questions :

      1) Si l’informatique et le bâtiment sont particulièrement horribles, quel(s) secteur(s) sont au contraire accueillants et inclusifs ? L’armée ? http://www.liberation.fr/societe/2014/03/11/en-france-l-armee-est-plus-feminisee-que-l-informatique_986348

      2) Qu’est-ce qui fait que, dans ces secteurs plus accueillants et inclusifs, les hommes « donnent du pouvoir aux femmes » (pour citer une pub récente) ?

    • Ben oui ça dépend du secteur, et dans les deux sens d’ailleurs (je pense aux assistants maternels ou sages-femmes hommes...). En fait il faut aussi se poser la question (qui a déjà été posée en d’autres endroits) de pourquoi le secteur l’informatique a peu à peu exclu/rebuté les femmes, puisque si je ne me trompe pas, il y en avait bien plus (au moins proportionnellement) dans les années 80, alors qu’aujourd’hui comme tu le signales @stephane on en arrive à une armée qui sait mieux intégrer les femmes que le secteur informatique...

    • 1) au débotté, le marketing, le graphisme, etc... ?

      2) La proportion, déjà. Dans un milieu exclusivement masculin, on tourne vite à l’humour graveleux, de vestiaire, de corps de garde etc... et franchement, c’est agressif pour une fille.

    • C’est dans le développement libre qu’il ne reste plus que 2% de femmes, dans le secteur privé de l’informatique, elles sont encore 8%. Pour ma part, en tant que femme faisant de l’informatique, je me suis sortie du secteur privé en 2001, pour des questions de philosophie mais aussi de genre.
      – Secteur de la post production numérique avec des contrats d’intermittents spectacles et culturellement, une organisation hiérarchisée issue de l’armée.
      – Sans cesse faire de la veille et apprendre de nouveaux logiciels, anticiper les évolutions numériques, passionnant mais fatiguant sur du long terme, devoir prouver qu’on est toujours au top, rentable et surtout, meilleure qu’un homme, sur tous les fronts.
      – Dans une société qui forme dès le berceau à l’informatique, ce sont essentiellement les garçons qui en profitent, on comprend vite que si on ne se fait pas un nom, on ne fait pas long feu car les jeunes arrivent avec des compétences plus élevées chaque fois.
      – Secteur attractif oblige, avec gros turn-over, les nouveaux arrivants se bousculaient et étaient prêts à être payés cinq fois moins (voire pas du tout) pour y rentrer, la concurrence y était féroce et sans pitié, je me suis souvent fâchée pour le manque de droiture et d’humanité qui régnaient.
      – On ne me proposait pas de poste plus intéressant que derrière une machine, les hommes bloquaient les postes de chefs de projet.
      – D’autre part, ayant eu un enfant, je ne voulais plus travailler 14h par jour ou parfois ne dormir que 5 heures et j’ai beaucoup de copines qui ont cessé pour les mêmes raisons.

      Je bosse depuis pour le web et en open source, pendant plus de 6 ans sur le réseau j’ai été anonyme ou me faisait passer pour un homme, pour me protéger. Mais je vois se profiler les mêmes choses qui m’ont fait fuir, comme si le monde du travail déteignait méchamment sur le libre, avec des égos surdimensionnés et un certain manque de bienveillance. Inutile de réécrire mon post où je parle d’une ambiance de rugbymen ou de marine marchande qui s’ignore. Une femme à bord, à part celle du capitaine (…) est forcément à côté de la plaque, et quoiqu’elle entreprenne, est déconsidérée d’office. Le seul truc qui me fait tenir, c’est que parfois, j’arrive à m’en foutre.

      Donc, on peut toujours lire le texte de cette femme #self_made_ en se disant que c’est bien pour ceux qui voudraient ne voir que ça, ce n’est qu’un petit bout de réalité. Et je n’ai absolument trouvé aucune solution, si ce n’est celle de me taire.

    • @stephane Et pourquoi tu prends ça pour toi ? Je ne compte plus les annonces d’emploi qui demandent à être « passionné » (mot français pour geek), ce qui donne des tafs comme @touti les décrit. Et pour le côté puéril donc, c’est quand tu te retrouves avec des patrons de startup qui ont du mal à comprendre que tu puisses avoir d’autres intérêts que le code et le jeu vidéo (expérience vécue : mon (ex-)patron qui s’étonne que je n’ai pas de pseudo pour les jeux en ligne, mais ça c’est juste le côté puéril, c’est gentil, je passe sur le côté sexiste et le management dégueulasse...).

    • Et moi de retourner dans un monde peu en accord avec mes valeurs, celui de l’entreprise, libérale, etc. finalement plus supportable (8% c’est toujours mieux que 2%). Car on peut encore s’arranger de ne pas vivre en parfait accord avec ses valeurs, alors qu’on ne peut pas renier son identité.

      Moindre mal.

      Souvent perçu comme un simple comptage des femmes, ce pourcentage est en réalité un indicateur de mixité, c’est-à-dire de viabilité, d’un milieu. Dès lors qu’il diffère de la proportion naturelle de la population, disons 50%, c’est que le milieu est discriminant. Simple logique.

      S’il est inférieur à 25%, ça craint. Mais 8 ou 2%, comment dire… Si en plus il baisse, comme c’est le cas des milieux scientifiques et informatiques, c’est que ceux-ci sont des milieux hostiles. Simple logique.

      Que des ingénieurs, des informaticiens, et autres mecs forts en maths ne comprennent pas cela qui relève d’un exercice du niveau BEPC, me fascine. Et me fait douter de leur intelligence. Que je préfère donc aller chercher ailleurs. Simple logique.

      Que les uns, les unes et les autres ne sachent pas quoi en penser et s’inquiètent (au mieux) du « manque de confiance en soi » des femmes, que l’on cherche à les encourager (les braves petiotes), à les attirer (alleeeeeez, viiiiiens…), à les rendre visibles (wah matez l’exception)… me fatigue, tant c’est à côté de la plaque. C’est se tromper de problème, croire qu’il est en elles, sans voir qu’il leur est extérieur, systémique. Et cette cécité protège le système. Dans ces questionnements bienveillants, le pire est l’interrogation, dont la récurrence est encore moins atroce que la sincérité, sur les capacités cérébrales féminines. Et je m’arrêterais là, à la seule évocation des considérations bienveillantes.

      NB : Je reprends les chiffres que tu cites @touti mais 8% dans le secteur privé de l’informatique me semble peu. En tout cas, ce n’est pas la proportion que j’observe dans mon quotidien, où j’ai la chance de vivre en meilleure mixité, que j’estime entre 20 et 30% à vue de pif.

      #mixité #viabilité

    • Effectivement @tetue, les chiffres varient, d’un pays à l’autre.
      http://travail-emploi.gouv.fr/IMG/pdf/2013-079.pdf

      Le pourcentage de femmes en france dans le secteur privé informatique est d’environ 20% (16% en Belgique, 28% en UK) et pour le libre, je trouve 1,5% dans ce rapport de 2006 de l’université de Cambridge, ça date !

      http://flosspols.org/deliverables/FLOSSPOLS-D16-Gender_Integrated_Report_of_Findings.pdf
      Gender : Integrated Report of Findings

      We proposed to study the role of gender in free/libre/open source software (F/LOSS) communities because an earlier EC study (Ghosh et al 2002, 2005) revealed a significant discrepancy in the proportion of men to women. It showed that just about 1.5% of F/LOSS community members were female at that time, compared with 28% in proprietary software (NSF 2004). We set out to find reasons behind this bias and make recommendations for actions that might improve the ratio of women to men.