• 02.05.2015 : Bestialische Besatzer (neues-deutschland.de)
    http://www.neues-deutschland.de/artikel/969833.bestialische-besatzer.html

    Entretien avec l’essayiste et historien allemand Karl Heinz Roth sur la Grèce et la question des réparations (traduction à la va vite...)

    "- Le gouvernement fédéral (allemand) doit accepter un moratoire et une restructuration de la dette. C’est le seul point de départ possible, la seule prémisse décisive pour arriver à une solution dans la crise grecque.

    – Pour l’instant on ne discute ni d’un moratoire ni d’une restructuration, mais d’une liste de réformes. Est-ce au niveau du défi à relever ?

    – Non, car les problèmes sont énormes. La Grèce se trouve au bord de l’abîme. 15% de sa substance en capital ont été détruits. Les diktats et les coupes dans les budgets sociaux imposés par la Troïka ont réduit l’activité économique de près de 30%. Que ce soit du côté de la demande intérieure, des investissements, ou dans le secteur de la santé : les chiffres, les données que nous avons sont catastrophiques. Si des actions radicales ne sont pas entreprises, ce n’est pas seulement la Grèce, j’en suis persuadé, mais toute l’Europe, qui peut se retrouver dans une situation très dangereuse.

    – Vous craignez une poussée vers la droite ?

    – Nous observons déjà en Europe une poussée du conservatisme de droite. Ce sont des gouvernements conservateurs qui partout sont aux affaires. Et ces gouvernements subissent une pression sur leur droite, c’est à dire, qu’ils ne peuvent et ne veulent faire aucune concession vis-à-vis de la Grèce. Et les conditions qu’ils veulent à présent imposer contre Syriza signifieraient une accélération radicale des politiques d’austérité déjà mises en œuvre.

    – Ces politiques ont échoué, selon l’avis de nombreux économistes. Pourquoi s’y accrocher ainsi ?

    – Il en va d’une option stratégique fondamentale. Depuis les années 50 et 60, les Etats-Unis ont fait de la République Fédérale, et plus tard de l’Allemagne réunifiée, la puissance hégémonique européenne. C’était fondé sur une stratégie politico-économique bien déterminée que l’on peut appeler néo-mercantilisme : baisses de salaires systématiques, combinées avec une stratégie de dumping pour l’exportation. Autrement dit : la politique poursuivie (en Allemagne) a été une politique intérieure extrêmement restrictive, pour permettre des processus d’expansion. Ce modèle stratégique a été plus tard, depuis la fin des années 70, renforcé par le système monétaire européen. Et c’est ce qui est aujourd’hui en débat : peut-il y avoir en Europe un tournant vers des modèles keynésiens modérés, comme c’est au fond la stratégie de Syriza mais aussi en ce moment des Etats Unis ? Les élites allemandes combattent cette idée avec le plus grand acharnement - pour sauver le modèle allemand.

    – On discute beaucoup à présent de la question des réparations. Sigmar Gabriel (le vice-chancelier allemand, chef du Parti social-démocrate) a qualifié le débat de « stupide »...

    – La relation des élites allemandes à la Grèce a deux faces. D’un côté, il y a une sorte de complexe d’infériorité : les Allemands ont attaqué la Grèce en avril 1941 - une opération collatérale pour préparer l’offensive contre l’Union Soviétique. Ils ont cru pouvoir intégrer la Grèce et la Yougoslavie à l’Europe fasciste en un minimum de temps. Mais dans ces deux pays s’est levé très vite un mouvement de résistance particulièrement large et puissant. D’un autre côté, nous voyons ce dénigrement massif qui va jusqu’au mépris ouvert. Mais c’est lié aussi au fait que les Grecs sont parmi les rares à avoir encore et toujours soulevé la question des réparations de façon offensive depuis les années 50 et à avoir toujours exigé des réparations pour les injustices commises.
    Ce que j’ai lu dans les archives du ministère des affaires étrangères allemand m’a stupéfait : de quelle façon arrogante à l’extrême, de quelle façon méprisante on s’est occupé des demandes de réparations d’Athènes ! Quelques miettes ont été jetées de la table des seigneurs allemands dans les années 50 et 60 - mais au final on a toujours renvoyé les demandes des Grecs à la Saint Glinglin...
    Il y a une très curieuse combinaison d’amnésie historique, de méconnaissance de l’histoire et d’arrogance. Sur l’occupation et le pillage de la Grèce, la plupart des Allemands ne savent presque rien. Les Nazis ont adapté à la Grèce des plans qui avaient été pensés pour l’offensive contre l’Union Soviétique. Ils ont testé en Grèce en avril 41 ce qui devait se passer lors de l’attaque de l’URSS.

    – A la différence que la Grèce a été vraiment occupée

    – Et d’une façon particulièrement radicale. Elle n’a pas été seulement obligée de supporter les coûts d’occupation, elle a financé aussi tous les coûts d’infrastructure pour la guerre en Afrique du Nord et en Méditerranée orientale. L’agriculture grecque a de plus été pillée de façon systématique. On parle beaucoup de l’emprunt forcé, mais s’y ajoute aussi la politique délibérée d’hyper-inflation qui a conduit à ce que dès l’hiver 41-42 plus de 100 000 personnes sont mortes de faim dans les grandes villes grecques.
    (...)

    – Quand Athènes parle de réparations, le gouvernement fédéral dit que les demandes ont été satisfaites, que l’affaire est close.

    – C’est faux. Il est évident, du point du vue du droit des peuples, que la question de la réparation n’a pas reçue une réponse suffisante. Beaucoup de juristes se sont déjà exprimés là-dessus. Et quand on consulte les archives allemandes, on voit tout de suite que même les spécialistes des ministères allemands en étaient parfaitement conscients. A la conférence sur la dette de Londres, il est dit que la question des réparations devra être traitée plus tard. Dans le traité de 1954 qui a conduit à la restauration de la souveraineté de la RFA, on dit que la question des réparations devra être traitée dans le cadre d’un traité de paix. Ce traité de paix est supposé être le traité 2+4 signé pour la réunification - mais dans les coulisses à Bonn, tout le monde disait : ceci n’est pas un traité de paix. Parce que tous savaient que si on parlait de traité de paix en public, il y aurait forcément un avenant à ajouter sur la question des réparations. Et le gouvernement fédéral ne le voulait à aucun prix. Vous avez mentionné les déclarations du plus haut responsable de la SPD. Quelle honte qu’un leader social-démocrate se retrouve à défendre les lignes d’argumentation de la bureaucratie ministérielle post-nazie...
    Le traité 2+4 devrait être complété par un traité de réparation. (...) L’Allemagne est assez riche. Mais ce qui est décisif c’est la volonté politique.

    – Où la trouver ?

    – Ma génération, celle des enfants des assassins, a mené un long combat dans les années 60 et 70 pour mettre en lumière les crimes nazis et
    évaluer les fautes. Quand on voit aujourd’hui l’énorme déficit de mémoire qui règne, le nombre de larmes de crocodile qui sont versées sans qu’on envisage aucune réparation matérielle, on s’en rend compte : les petits-enfants des assassins eux aussi doivent mener un combat semblable.

    – en un mot, il faudrait qu’il y ait un « nouveau 68 » ?

    – Je pense que oui. La situation en ce moment est insupportable. Il faut qu’on comprenne qu’on a besoin encore une fois d’un processus de ce type, pour enfin rompre avec tout ce que la bureaucratie ministérielle a accumulé comme refoulement organisé depuis les années 50.
    Une refondation européenne n’est possible que si nous agissons maintenant et qu’un mouvement social vaste se met en branle dans les mois qui viennent, pas seulement pour protéger et soutenir l’expérience grecque, mais aussi pour apprendre à nous coltiner avec notre responsabilité morale.

    In einem Wort: Es müsste ein »neues 1968« geben?

    Ich denke, ja. Die Situation ist im Augenblick unerträglich.

    #Grèce #Allemagne #néo-mercantilisme #Seconde_guerre_mondiale #réparations