• « Pourquoi les Français ne lisent-ils plus ? » : entretien avec les éditions #Tristram
    https://www.vice.com/fr/read/fin-de-la-lecture-en-france-203

    Est-ce encore un atout pour un auteur de vivre à Paris ?

    Jean-Hubert Gailliot et Sylvie Martigny : Ça ne l’a jamais été. Tout dépend du plan de vie que les auteurs ont en tête. La psychologie de l’auteur contemporain est massivement rythmée par la reconnaissance. Les écrivains qui ont mal à comprendre que la #littérature est – et à toujours été – un truc archi-minoritaire. Si tu prends les chiffres de vente réels des auteurs du milieu du siècle passé, tu te rends alors compte que des #livres séminaux, cultes et toujours lus, oscillaient entre 1 000 et 2 500 exemplaires vendus. C’est-à-dire précisément les mêmes chiffres qu’aujourd’hui. En gros, lorsque seulement 600 personnes passent en caisse avec ton livre, c’est désolant mais tout à fait normal. (...)

    À quel point les livres ne se vendent-ils pas ?

    Eh bien, il y a énormément de livres qui se vendent à moins de 500 exemplaires, tout éditeurs confondus. De Gallimard à Grasset en passant par P.O.L. Et dans ces livres-là, beaucoup ne dépassent pas les 250 exemplaires vendus. En fait, ce n’est pas rare qu’un livre se vende à moins de 100 exemplaires. Ce qui signifie dans ce cas que tu en mets un petit millier d’exemplaires en librairie, que tu as 0 réassorts et 90 % de retours. Ton livre à ce moment-là, il est mort. Il sera pilonné et ne paraîtra jamais plus. (...)

    Pourtant les gens continuent d’envoyer leurs manuscrits chez les maisons d’édition.

    Oui. Les éditeurs en reçoivent de plus en plus. C’est une nouveauté. Chez Tristram, c’est deux par jour. Il n’y a pas moins de lecteurs qu’avant, mais il y a de plus en plus de gens qui écrivent. Qui se projettent dans le fait d’être publiés. C’est devenu une annexe du #développement_personnel. Tous milieux socio-culturels confondus.

    C’est formidable d’entretenir un journal intime. Vouloir le donner à lire en place publique, pour la légitimation, la récompense, le statut – c’est différent.

    Comment vous réagissez devant ces jeunes « auteurs » ?

    Sylvie est diabolique, c’est elle qui pose à chaque fois la question qui tue aux auteurs qui nous amènent leurs premiers projets : « est-ce que vous lisez ? » Moi je ne la pose plus. Je suis gêné de connaître la réponse dans neuf cas sur dix. La réponse c’est souvent : « Non je ne lis pas car je fais autre chose. Non je ne lis pas car je ne veux pas me faire influencer. » Ce qui est la négation de tout geste littéraire ! Là on est loin de Thompson qui retapait mot à mot le texte du Gatsby le Magnifique de Fitzgerald, juste pour ressentir l’effet de pouvoir sortir de telles phrases.

    Il y a quelque chose d’un peu minable dans cette confession de Thompson.

    Difficile de juger le fétichisme des autres... Côté certitudes, je ne vois pas comment quelqu’un qui se passionne pour l’art d’écrire, avec ses différents niveaux d’apprentissage et de sophistication, peut passer à côté de la formation de son outil. L’écrire est soumis à la technique. L’écriture s’apprend. L’expression personnelle immédiate à 99 % de chance d’être un cliché absolu.

    Site de Tristram
    http://www.lekti-ecriture.com/editeurs/-Tristram,79-.html