• DE MON VÉCU D’ASHKÉNAZE À UN RAPIDE PORTRAIT DE L’ANTISÉMITISME
    https://bananesecrasees.wordpress.com/2015/08/28/de-mon-vecu-dashkenaze-a-un-rapide-portrait-de-lantisemit

    Je suis juive.

    Jusqu’à récemment, ce n’était pas parfaitement clair pour moi. C’est quelque chose que je pense être commun à un pourcentage non négligeable d’entre nous. Nous avons un sentiment d’illégitimité à nous revendiquer comme racisé.e.s, et parfois même à nous revendiquer comme juif.ve.s. Dans mon cas, je rattache beaucoup ça à mon histoire familiale. En France on ne différencie pas nécessairement les ashkénazes des séfarades ou des mizrahim quand on parle d’antisémitisme car celui-ci nous touche de manière assez similaire (du moins, c’est ce que j’ai cru comprendre, mais c’est peut-être en réalité quelque chose à corriger). Mais je pense que le type de vécu familial que je décris est plus spécifiquement ashkénaze. Ayant lu récemment un billet sur l’ashkénormativité (en anglais), je souhaite préciser qu’on ne peut pas assimiler le vécu des juif.ve.s au vécu des ashkénazes. Et puisque je parle de l’holocauste, j’aimerais aussi souligner qu’on l’emploie parfois comme synonyme de « génocide des juif.ve.s », ce qui omet d’autres populations génocidées.

    Je reviens à mon histoire. Quand j’étais petite, j’ai demandé à mes parents si j’étais juive. Énervement instantané de leur part. Après avoir commencé par grommeler ce qui est resté dans ma mémoire comme une bouillie incompréhensible, iels m’ont signifié qu’iels m’avaient déjà répondu lorsque j’ai reposé la question. J’ai demandé si mes grands-parents étaient juif.ve.s, et combien d’entres elleux ; même scénario, réponses incompréhensibles puis silence radio.

    Il m’a fallu du temps pour reconstituer l’histoire de ma famille, sujet absolument tabou. Il m’en manque encore des grandes parties, que je ne connaîtrai jamais. Je sais que plusieurs de mes ancêtres venaient de ghettos juifs d’Alsace ; parlaient-iels le judéo-alsacien, variante occidentale du yiddish ? Plus personne de vivant ne le sait. Je commence à apprendre le yiddish. La langue que j’apprends est certainement plus proche de celle parlée par les juif.ve.s de Pologne que celle de mes ancêtres mais j’ai soif de bribes de culture auxquelles me rattacher. Le yiddish était parlé par plus de onze millions de locuteurices à la veille de la seconde guerre mondiale. Il y en a moins d’un million maintenant… « la langue de l’anéantissement », comme on dit.

    Pas de tradition religieuse, pas de tradition ashkénaze, pas de langue, pas la moindre fichue recette de cuisine. Quelques persistances clairsemées ça et là, un ancien testament illustré pour les enfants, la visite du musée juif ou de la synagogue lors des voyages, quelques gâteaux juifs. Et surtout, le plus palpable reste le poids du secret familial, la sensation si nette, si incroyablement nette pour un tabou qui n’a jamais eu à être explicité, qu’il ne fallait pas mentionner notre judéité. La manière dont ma mère, la seule avec qui j’ai pu en parler, chuchote quand elle aborde le sujet ; et ce même quand le chuchotement ne sert à rien car personne ne risquerait de nous entendre. Et puis, après une dizaine de minutes où enfin j’ai quelques réponses à ma multitude de questions, sa manière de se reprendre, « bon, ça suffit, parlons d’autre chose ». Et malgré tout le manque que je ressens, je ne peux qu’acquiéser sur un air d’évidence, « oui, bien sûr maman, oulàlà, sur quel terrain honteux t’ai-je emmenée avec mes questions, je suis vraiment désolée ».

    #antisemitisme #histoire #traumatisme

    • Antisémitisme ou judéophobie ?

      Est-il légitime d’appeler « antisémitisme » la judéophobie de ceux qui font porter « aux juifs » une responsabilité dans la politique de l’état d’Israël depuis des décennies ? Essentialiser ainsi « les juifs » c’est stupide, c’est du racisme, et il faut lutter contre.

      Mais est-ce que c’est la même chose que l’antisémitisme suprémaciste aryen des nazis qui voulaient exterminer tous les juifs ? Pour moi non. Ce sont deux phénomènes, idéologiquement, sociologiquement et historiquement totalement différents.

      Pour moi l’utilisation de ce même mot « d’antisémitisme » (l’antisémtisme européen), pour désigner la judéophobie née dans le contexte de la colonisation (européenne elle aussi ...) de la Palestine est un grave amalgame. Amalgame particulièrement répandu chez ceux qui soutiennent (explicitement ou implicitement) la politique d’expansion coloniale israélienne.

    • Ce n’est pas parce qu’il y a plusieurs antisémitisme (l’antisémitisme chrétien, n’est pas le même que celui du 19ème, ni celui lié aux conflits du moyen-orient), que ça n’est pas de l’antisémitisme (= « aversion envers les juifs » quel qu’en soit la cause : le mot décrit l’aversion essentialisée, pas les causes possibles !)

    • @RastaPopoulos,

      Le mot « antisémitisme » s’est créé pour désigner un phénomène européen [dont l’origine, selon certains historiens, puiserait dans la mythologie catholique ; et qui a pris une dimension d’extermination avec le suprémacisme aryen nazi], existant bien avant la création d’Israël.

      Pour moi les deux racismes n’ont absolument rien à voir entre eux.

      Et cet amalgame empêche de comprendre les phénomènes contemporains.

      Cet amalgame sert à stigmatiser les humanistes qui réclament à Israël la fin de son racisme institutionnalisé.

      Cet amalgame protège les organisations comme le CRIF, la LICRA, le BNCA, qui défendent en France les intérêts d’Israël.