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    Sexisme et élitisme : double peine pour les étudiantes en médecine

    « 1 fois ! 2 fois ! 3 fois ! 4 fois ! 5 fois ! 6 fois !
    Cette fois tu m’l’as mis j’la sens bien,
    ce n’est plus ton p’tit doigt qui m’chatouille,
    je sens ton nombril contre le mien
    et la chaleur de tes deux couilles !

    Ton doigt n’était pas si mouillé,
    il allait et venait sans cadence,
    maint’nant c’est bien plus régulier,
    au nom de Dieu quelle Jouissance !

    Bite au Cul ! Bite au cul ! Bite au cul !
    Zob »
    La Marche Américaine – chant carabin

    C., étudiante en médecine à la faculté de Lyon

    Au commencement, la fac, ses chants, ses traditions
    Bienvenue en médecine ! A peine arrivée dans l’amphi de première année, après une lutte avec les autres étudiants pour s’assoir à la meilleure place, je me prend « l’esprit carabin » en pleine figure, celui qui m’accompagnera jusqu’à la fin de mes études, censé alléger la dureté du contenu des cours ou des situations rencontrées en stage en désacralisant l’image du corps, et en dégradant celle de la femme au passage. Si la pression pèse sur les étudiants durant les 6 ans passés en fac de médecine, sanctionnés par deux concours, une pression supplémentaire s’abat sur les étudiantes.

    Confrontées en premier lieu aux chants devenus des rengaines, qui les rendent passives entre les mains des hommes, simples objets sexuels. Confrontées ensuite aux remarques incessantes et intégrées aux cours, je me souviens d’un prof de biochimie, qui pour illustrer ses propos et nous « donner envie » d’étudier les atomes nous parlait de « l’Observatrice » qui se penchait langoureusement sur son microscope alors que sa blouse était courte, très courte, trop courte, et qu’elle ne portait pas de culotte. Confrontées enfin aux blagues issues d’un humour ultra-sexiste, loin d’être déconnecté du sexisme ordinaire de la société, mais exacerbé par ce besoin pressant de mise à distance de la réalité médicale.

    Autre tradition pour se mettre dans l’ambiance, le bizutage. J’en subirai 2, en première et deuxième année, avec une sorte d’obligation de participer pour s’intégrer à la promo, ou plutôt à la corpo des étudiants. Je me vois remettre dès mon arrivée dans le car un livret du participant. Outre les infos pratiques, un concours de points, dont les deux plus gros pôles : 50 points par fille « sautée », 100 pour avoir dépucelé une vierge. Femme-objet, sexe non-consenti, incitation au viol... Je boucle ma ceinture de chasteté pour le week-end, résistance personnelle. Arrive l’élection de mister et miss bizut, et l’incitation par les organisateurs pour les participantes à aller le plus loin possible, « allez-y, enlevez vos sous-vêtements... Embrassez-vous », certaines abandonnent, d’autres osent, la plus téméraire selon leurs codes est élue. J’assiste à tout ça, impuissante, avec l’impression de n’être encore une fois qu’un corps, un objet. Et toujours ce refrain, « cette fois tu m’l’as mise... »

    #domination #sexisme #misogynie #culture_du_viol #patriarcat #carabin #medecine

    • #éducation_au_patriarcat #études_supérieures
      Le milieu de la médecine est certainement un des pires. D’autant que cela forme des personnes qui s’arrogent le droit de maltraiter si elles ne sont pas résistantes à ce système. Beaucoup vont abandonner (ça a été le cas de mon père qui n’a pas supporté l’ambiance) et on raconte ensuite que les études sont difficiles, certes, mais à quel niveau ? La construction de cette domination est bâti sur une hiérarchie de #maltraitance qui à terme s’abat sur le patient, surtout quand il est sans défense (en général ce qu’on est quand on est malade…) mais surtout sur les enfants (qu’on oublie toujours) les femmes et les vieux.

    • J’adore l’excuse pour tous les « dérapages » sur le « lâcher de pression ». Je suppose donc que d’en coller plus à certaines pour soulager certains, ne pose pas de problème existentiel, mais revient, une fois de plus, à nier totalement le ressenti des femmes et à ne pas les traiter comme des pairs. Parce qu sinon, personne ne se permettrait de « relâcher la pression » sur elles, puisqu’il serait précisément évident qu’elles subissent déjà la fameuse pression qui autorise tant de chose aux hommes. Peut-être même plus, puisqu’elles sont — d’un point de vue essentialiste — plus « sensibles » que les « vrais bonhommes » et auraient donc encore plus besoin de se défouler.

      Ensuite, sur la charge mentale, il n’y a pas que des toubibs à avoir charge d’âmes. Les chauffeurs de bus scolaires ont donc des traditions de défoulement pour supporter la pression ? Et les sous-traitants du nucléaire arrivent bourrés faire leur garde après s’être murgés pour échapper à la pression ? les aiguilleurs du ciel, etc…

      Non, on voit bien que l’idée, exactement comme dans les grandes écoles et toutes les filières prestigieuses en statut et en fric à la sortie, c’est de s’assurer l’homogénéité du groupe, l’exclusion des outsiders , la domination et la reproduction sociale.

      J’ai une amie jeune toubib féministe qui n’a pas beaucoup apprécié ces tentatives d’intimidations, cette pression des carabins pour initier les apprentis à leur morgue et leur pratiques pourries et cette course permanente au fric et au prestige. La défense de l’exercice libéral lui semble être dans cette lignée avec cette obligation tacite de faire de sa pratique une entreprise bien capitaliste et bien rentable, alors qu’elle, ce qui l’intéresse, c’est quand même — et très connement d’après moult de ses jeunes confrères — de soigner des gens.
      Comme tous les jeunes médecins, elle a fait des « rempla » pour commencer et m’a racontée avoir été profondément écœurée par les méthodes d’abattage de certains de ses confrères généralistes qu’elle devait remplacer : des machines à chier des ordonnances à la chaine, avec des objectifs d’au moins 6 patients à l’heure, exercice médical façon dealer de seconde zone : « bonjour, elle veut quoi la petite dame, ce sera tant, merci, au revoir ! ».
      Mais que l’esprit du lucre, c’était encore pire chez les spécialistes et que les généralistes, c’est aussi considéré comme les types qui ont raté la voie royale, que tout le milieu médical français est parasité par la reproduction sociale bourgeoise et le mépris des autres.

      Bref, elle vient d’entrer comme généraliste spécialisée sur les « problèmes de gonzesses » dans la territoriale et d’avoir résilier son compte à l’URSSAF a été pour elle un soulagement : elle va pouvoir faire de la prévention et de la vraie médecine.