• La justice laisse fermé le dossier d’un massacre de tirailleurs sénégalais Mediapart
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    La commission d’instruction de la cour de révision de la Cour de cassation a rejeté la demande de révision du procès d’Antoine Abibou, condamné le 5 mars 1945 à dix ans de prison pour rébellion commise par des militaires armés. En fait de rébellion, l’histoire d’Antoine Abibou est celle d’un rescapé, survivant du massacre de Thiaroye (Sénégal).

    C’est dans la petite commune du Blanc (Indre), au Dépôt central des archives de la justice militaire, qu’aurait pu se trouver la clé. Mais ce lundi 14 décembre, la commission d’instruction de la cour de révision de la Cour de cassation a rejeté la demande de révision du procès d’Antoine Abibou, condamné le 5 mars 1945 à dix ans de prison pour rébellion commise par des militaires armés. En fait de rébellion, l’histoire d’Antoine Abibou est celle d’un rescapé, survivant du massacre de Thiaroye (Sénégal) au cours duquel, le 1er décembre 1944, un nombre encore inconnu à ce jour de tirailleurs, de retour des champs de bataille européens, est mis à mort par les militaires français sur place.

    Yves Abibou, le fils d’Antoine, rentre tout juste de quinze jours au Sénégal. La première fois qu’il y retournait « depuis 1975 ». « Pendant 40 ans », dit-il, « je n’ai pas cherché à savoir ». Mais un jour vient où l’histoire familiale, intime, croise celle du monde. « On savait qu’il y avait un démon dans notre famille, mais on ne savait pas lequel », dit-on chez les Abibou.

    C’est un journaliste, Raphaël Krafft, et une historienne, Armelle Mabon (lire ici sa dernière tribune dans le Club de Mediapart), qui en retrouvant sa trace lui ont donné envie de retrouver celles de son père. Une seule fois, celui-ci lui a raconté son « épopée ». C’était à la toute fin des années 1950, Yves Abibou était encore un enfant.

    Le 5 novembre 1944, Antoine Abibou embarque à Morlaix sur le Circassia, navire britannique qui doit ramener chez eux plusieurs centaines de tirailleurs, sénégalais mais aussi béninois, soudanais, togolais... « C’est le premier contingent de tirailleurs dits “sénégalais” libérés par les Alliés ou les Forces françaises de l’intérieur à rejoindre l’Afrique occidentale française » où ils doivent être démobilisés, rappelle Armelle Mabon. Combien sont-ils ? Entre 1 300 et 1 600 selon ses calculs, réalisés à partir des documents d’époque, incomplets ou trafiqués.