• Le genévrier, cet arbre oublié du Liban - Yassine BEN ABDALLAH - L’Orient-Le Jour
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    J’aime bien la conclusion de cette histoire, mais par ailleurs, on a bel exemple de la complexité des équilibres environnementaux.

    C’est l’un des seuls arbres du Liban à pousser jusqu’à une altitude de 2 800 mètres. Il a la particularité d’avoir un bois dur et compact qui ne moisit pas. Apprécié auparavant par les Phéniciens et les Romains, ces derniers utilisaient l’huile de cade du genévrier pour la toilette des morts. Il a aussi été utilisé pour les poutres des maisons au Liban ainsi qu’à Noël où il était découpé pour être décoré. Aujourd’hui, avec son bois parfait pour les cheminées, il est sur-abattu pour réchauffer les chaumières. Pour exemple, dans la région de Denniyé, au Liban-Nord, le taux de genévriers abattus ou endommagés atteint les 97 %. C’est dire !
    « La tragédie de cet arbre est qu’il est impossible de le replanter, une fois qu’il a été coupé. La germination de l’arbre ne repose que sur la grive, ce petit oiseau migrateur, qui se nourrit des fruits qu’il produit », déplore Marc Beyrouthy, professeur à la tête du département agronomique de l’Université du Saint-Esprit de Kaslik. Les enzymes gastriques de la grive permettent de fragiliser l’écorce des graines de l’arbre afin qu’elles puissent germer une fois rejetées avec les excréments de l’animal. Le problème est que le nombre de grives au Liban a fortement diminué à cause de la chasse et des pesticides employés par les agriculteurs. Cela s’est automatiquement répercuté sur la pousse du genévrier qui commence à se raréfier dans le paysage local.
    Certains irréductibles tentent cependant d’inverser cette tendance. Avec l’aide des habitants de Barqa dans la Békaa, l’association Mamlaket el-Lezzéb (« Lezzéb » étant le nom arabe du genévrier) s’est donné pour mission de reboiser la forêt de genévriers de Rabiaa au-dessus de Barqa, mais la tâche ne s’annonce pas de tout repos.

    Il a fallu auparavant convaincre les habitants de l’importance du genévrier dans l’écosystème des environs. Certains ne voyant en l’arbre qu’un simple bois de chauffe ont fini par découvrir que celui-ci est nécessaire contre l’érosion des montagnes et que ses racines longues permettent de retenir l’eau de la fonte des neiges dans les nappes souterraines. Le genévrier est pratiquement le seul arbre de haute altitude.
    L’association a donc décidé de relayer les grives dans le reboisement des genévriers, par l’intermédiaire d’un procédé chimique local, gardé confidentiel, qui imite les enzymes gastriques de l’oiseau. Les graines sont par la suite plantées dans des pots puis dans la terre.
    En 2014, Mamlaket el-Lezzéb a inauguré sa propre pépinière et a planté plus de 2 500 pousses. Sachant qu’il faut une dizaine d’années à un genévrier pour atteindre 1 mètre, la renaissance de la canopée des montagnes libanaises a encore un long chemin devant elle.