• Finkielkraut expulsé, malaise à Libération
    https://blogs.mediapart.fr/fede-davout/blog/180416/finkielkraut-expulse-malaise-liberation

    Participant ce samedi aux activités de la Commission Acceuil et Sérénité, que nous n’avons aucune prétention à représenter (tout comme a fortiori la Nuit Debout, qui échappe précisément à la représentation incarnée), nous avons fait le choix d’assumer un rôle de médiation en s’interposant entre l’essayiste et les « quelques dizaines de béotiens excités » contre lesquels Libération – ainsi que la quasi-totalité des médias nationaux et régionaux - a choisi de consacrer un article accablant.

    Notre perspective au cœur de l’événement explique notre indignation à la lecture de l’analyse à laquelle le directeur de rédaction de Libération a cru bon de se livrer sur la base d’une vidéo de quelque secondes de mauvaise qualité. Comme l’exprime parfaitement la sage conclusion de M. Joffrin, « on aurait voulu discréditer un mouvement positif mais fragile qu’on ne s’y serait pas pris autrement ».

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    En s’accrochant à ce tableau fantasmé d’un intellectuel chassé par une masse violente et « à court d’arguments », M. Joffrin s’est cru autorisé à décrire « l’invention d’une prohibition supplémentaire », d’une nouvelle atteinte aux droits fondamentaux :« l’interdiction d’écouter ». Alors que Libération évoque une « repolitisation sectaire » en rappelant pour les distraits une lapidaire définition de la démocratie, faisant écho à « la purge » dénoncée par Finkielkraut, nous nous interrogeons sur la manière dont une telle personnalité espérait être accueilli.

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    En exigeant que la Nuit Debout parvienne à s’extraire d’un débat dont le polémiste donne lui-même quotidiennement le ton sur les ondes – on ne rappelera pas ici ses sorties les plus célèbres – Joffrin feint d’espérer une invraissemblable table rase, attendant hypocritement du peuple rassemblé une impossible amnésie politique. La Nuit Debout n’a pas vocation à reproduire sur une place l’étouffant débat que remettent continuellement sur la table les quelques journalistes et politiciens dont le mouvement entend précisément se passer. Puisqu’il est visiblement nécessaire de le rappeller, ce rassemblement quotidien est directement issu d’un mouvement social s’opposant au projet de loi « travail ».

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    Usant de son art de la provocation, le polémiste a offert à ceux qui l’attendaient l’occasion d’accuser ce mouvement pluraliste et ouvert de sectarisme et d’intolérance. Nous avons rencontré ce soir-là des libertariens de droite comme des socialistes, des écologistes ou de simples curieux. Pourtant, seule la personne de Finkielkraut a suscité notre vigilance lorsque nous en avons été informé, les irritations que suscitaient sa présence étant évidentes et attendues, de part et d’autre.

    Tous ces éléments expliquent notre interrogation quant à l’intention ici de M. Joffrin : en se dissimulant derrière « la frange irresponsable des Anti-Nuit Debout » qu’il convoque, l’éditorialiste se sert de « la droite et l’extrême droite [qui] se servent de cet épisode pour condamner Nuit Debout », créant à partir de cette anecdotique confusion une ridicule polémique nationale. Rappeler la « bienveillance médiatique » dont le mouvement est censé bénéficier ne sert ici qu’à le menacer de retirer un soutien dont la Nuit Debout, on l’espère, saura se passer.