kaparia

animateur d’un espace de création dans le quartier de Kypseli, Athènes

  • La canaille (de l’obscénité des puissants en général et d’Alain Finkielkraut en particulier)

    Qu’un essayiste faisant partie de ce petit groupe d’éditorialistes et d’intellectuels qui depuis une vingtaine d’années ont mis l’espace médiatique français en coupe réglée revendique « le droit à la parole » à l’instar (et au milieu) de ceux qui en sont chaque jour privés est d’une malhonnêteté intellectuelle crasse, et foncièrement obscène.

    Pour paraphraser Lacan, ne devient pas exclu ou privé de parole qui veut.

    Phénomène médiatique, « l’exclusion » de la place de la République d’A. F., personnalité éponyme s’il en est, n’a pas d’autre but que d’éclipser (par la mise en scène qu’elle révèle, par le traitement journalistique dont elle a aussitôt fait l’objet) l’exclusion sociale de millions d’anonymes - la violence sourde ou nue de l’ordre libéral mais peut-être, surtout, et plus insidieusement, la charge conflictuelle dont le mouvement contre la loi travail est, au moins en puissance, porteur.

    Car tout arrogants qu’ils puissent être, et si puissants qu’ils soient encore, ces gens ont peur, et nous sommes dangereux.

    Ce tour de bonneteau (d’une exclusion réelle à une exclusion factice) poursuit toujours le même effet : gommer la dissymétrie totale des situations sociales en postulant une égalité de situation qui, dans les faits, n’existe pas ; dénoncer par ricochet, comme l’a toujours fait la bourgeoisie haussmannienne depuis le début du mouvement ouvrier et les premières insurrections parisiennes, le peuple, l’ordure, la populace, la canaille et son monde.

    (Dimitris Alexakis, Athènes, 19 avril 2016)

    #Finkielkraut #Joffrin #Haussmann #canaille #nuitdebout