• Les #mères_isolées, « seules capitaines à bord », pour le meilleur et pour le pire
    http://www.lemonde.fr/societe/article/2016/06/02/les-meres-isolees-seules-capitaines-a-bord-pour-le-meilleur-et-pour-le-pire_

    Sous la grande verrière du jardin d’acclimatation de Paris, Angeline Serebo a trouvé ce qu’elle cherchait : un huissier de justice. Infirmière, elle élève seule ses cinq enfants, âgés de 5 à 22 ans. Elle a une « bonne entente » avec le père des deux aînés. En revanche, celui des trois plus jeunes, dont elle est divorcée, a « disparu dans la nature », explique-t-elle. Elle cherche à récupérer la #pension_alimentaire qu’il ne paie plus depuis juillet 2014. Son interlocutrice lui explique comment procéder et à quel coût.

    Tout autour, d’autres femmes consultent des avocats, des psychologues, des assistantes sociales, des représentants d’associations et d’entreprises, des personnels de la ville de Paris, de la Caisse d’allocations familiales (#CAF), ou du Quai d’Orsay (pour le recouvrement des pensions à l’étranger), ou même des conseillères en esthétique.

    Tous ont été rassemblés, mercredi 1er juin, par la fondation K d’urgences, qui organise chaque année une journée consacrée aux #familles_monoparentales, avec le soutien de la CAF et d’#entreprises dont #LVMH, propriétaire du jardin d’acclimatation.

    « L’idée est de réunir tout ce dont elles ont besoin, observe la journaliste Christine Kelly, présidente et fondatrice de K d’urgences. C’est une situation très difficile. Ce sont les premières victimes de la crise. » Chaque année la manifestation grandit : un millier de personnes se sont inscrites.

    Chaque minute compte
    Ce qui était jadis une exception, le plus souvent liée au veuvage, est en train d’entrer dans la norme....

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    • @colporteur just ask :

      Sous la grande verrière du jardin d’acclimatation de Paris, Angeline Serebo a trouvé ce qu’elle cherchait : un huissier de justice. Infirmière, elle élève seule ses cinq enfants, âgés de 5 à 22 ans. Elle a une « bonne entente » avec le père des deux aînés. En revanche, celui des trois plus jeunes, dont elle est divorcée, a « disparu dans la nature », explique-t-elle. Elle cherche à récupérer la pension alimentaire qu’il ne paie plus depuis juillet 2014. Son interlocutrice lui explique comment procéder et à quel coût.

      Tout autour, d’autres femmes consultent des avocats, des psychologues, des assistantes sociales, des représentants d’associations et d’entreprises, des personnels de la ville de Paris, de la Caisse d’allocations familiales (CAF), ou du Quai d’Orsay (pour le recouvrement des pensions à l’étranger), ou même des conseillères en esthétique.

      Tous ont été rassemblés, mercredi 1er juin, par la fondation K d’urgences, qui organise chaque année une journée consacrée aux familles monoparentales, avec le soutien de la CAF et d’entreprises dont LVMH, propriétaire du jardin d’acclimatation.

      « L’idée est de réunir tout ce dont elles ont besoin, observe la journaliste Christine Kelly, présidente et fondatrice de K d’urgences. C’est une situation très difficile. Ce sont les premières victimes de la crise. » Chaque année la manifestation grandit : un millier de personnes se sont inscrites.
      Chaque minute compte
      Svanhilde Bolens, 26 ans, et sa fille, Manon, 3 ans et demi. Habite à Saint-Chéron (91). Ancienne militaire, elle est en reconversion pro pour devenir assitsante médico-sociale. « Avec le papa, on s’est connu à 16 ans. On s’est séparé quand Manon avait 1 an ».

      Ce qui était jadis une exception, le plus souvent liée au veuvage, est en train d’entrer dans la norme. Selon les derniers chiffres de l’Insee, 1,5 million de familles sont composées d’un parent sans conjoint résidant avec au moins un enfant mineur, soit une famille sur cinq.

      Dans 85 % des cas ce parent est une femme. Elles sont davantage touchées par le chômage, la précarité, les difficultés à se loger correctement, la pauvreté. Mais, comme le relève une enquête publiée mardi 31 mai par l’association Uniparent, la réalité est contrastée : 82 % des 900 personnes interrogées se disent fières d’élever seules leurs enfants.

      Dans ces vies, chaque euro compte, chaque minute compte. Pourtant, Angeline est « moins fatiguée » depuis qu’elle est seule avec ses enfants. « Avant je vivais sa vie à lui et non la mienne, relate-t-elle. On mangeait ce qu’il aimait, on ne partait pas en vacances parce qu’il ne voulait pas. Le fait qu’il ne soit pas là m’allège car je n’ai plus à m’occuper de lui. Je suis seul capitaine à bord. »

      Hélène Soriano aussi trouve cela « pas si dur » de vivre sans son mari, qui l’a quittée en laissant une dette de loyer de plus de 3 000 euros. Auxiliaire de vie à mi-temps, elle doit faire des heures de ménage en plus pour boucler son budget. Son ex-mari reçoit leur fils de 12 ans un samedi soir par mois, quand Hélène lui demande. Elle doit fournir le repas. Et pourtant, elle « profite » de ce qui est malgré tout une liberté retrouvée.

      Sa sœur cadette, Stéphanie, vit elle aussi seule avec ses trois enfants. « Pour moi c’est une libération », s’exclame cette dernière. Son mari était violent. Comme il ne paie plus sa pension, la cagnotte qu’elle réservait à la semaine annuelle de vacances pour les enfants est engloutie.

      Lors de la séparation il y a sept ans, elle a dû quitter son travail de réceptionniste dans un hôtel car elle ne pouvait plus travailler le soir et le week-end. « Mon salaire ne suffisait pas à payer les frais de garde », relève-t-elle. Le revenu de solidarité active (RSA) et les allocations de la CAF la font vivre pour l’instant. Elle a repris des études de français langue étrangère et aimerait enseigner.
      « Un stress permanent »
      Celine Juin, 40 ans, salariée dans une société de vente à domicile, élève ses 3 filles, seule à Orly (94). Elle est bénévole à l’association K d’urgences après avoir été conseillée par celle-ci, quelques années auparavant.

      La difficulté à faire garder les enfants revient comme une antienne. Anicette Nguemo Lahet, 32 ans, mère d’une fille de 6 ans, est secrétaire médicale à mi-temps. Elle aimerait « reprendre des études et accéder à un poste plus valorisant ». Mais comment étudier le soir quand on est seule à Paris, sans pouvoir payer un baby-sitting ?

      Pour obtenir une place en crèche, les femmes qui ne travaillent pas ne sont pas prioritaires. La fille de Sylvie Diomande, 35 ans, est gardée deux fois trois heures chaque semaine. Pas assez pour chercher efficacement du travail. Elle ne veut pas en demander plus aux amis qui l’hébergent. Ces deux femmes n’ont jamais vécu avec le père de leurs enfants. Les grossesses n’étaient pas prévues.

      C’est également le cas de Marie-Hélène, 45 ans (le prénom est modifié). Son ex-compagnon n’a pas reconnu leur fille de 5 ans. Auparavant chargée de mission à l’international, elle a été « écrasée par la fatigue » après la naissance, et n’a pas eu l’énergie de chercher de nouveaux contrats. Elle vit désormais au RSA, sans parents proches pour l’aider. Ses amis s’éloignent. Elle décrit « un stress permanent ». « On est seul pour tout, détaille-t-elle. On ne peut pas dire : “chéri, tu achèteras une baguette”. La vie psychologique, les loisirs, l’école, les fringues, les vacances, c’est moi. »

      Ce tête-à-tête a ses avantages et ses inconvénients. « Les enfants ont besoin d’un père, pour son autorité », affirme Iwona (le prénom est modifié), une Polonaise de 44 ans qui habite un studio parisien avec ses deux enfants. « On ne peut pas partager les responsabilités, relève Jérôme Mendiela, 53 ans, l’un des rares pères présents. Celui qui est seul avec les enfants doit trouver toutes les réponses à leurs questions. » Avec ses trois grands enfants et son salaire confortable, ce dernier se dit « conscient de [s]a chance ».

      Pour tous, entretenir une vie sociale est un défi. Se remettre en couple semble inatteignable. « Pas le temps ! », disent la plupart des femmes. Certaines le regrettent. « La vie est plus facile à deux, affirme Sandra (le prénom est modifié), 38 ans, « en embrouille » avec le père de son enfant de 9 mois, dont elle est à nouveau enceinte. Je recherche l’équilibre d’un foyer. » Angeline, elle, n’a pas envie de retrouver un mari. Un petit ami oui, mais « qui vit chez lui et pas chez moi ».