• Interview fleuve (et très intéressante) avec Mourad de La Rumeur
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    (…) Ce qu’on voulait démontrer, c’est que tu pouvais tout à fait venir avec un instru assez doux et y poser un propos assez dur. Et tu peux même utiliser dans des textes, des termes doux mais pour développer une idée derrière qui était dure. C’est ça qu’on voulait mettre en avant. Les voix devaient toujours être au-dessus alors que d’autres faisaient le contraire, ils mettaient la musique en avant. Quand je dis que le texte était important : par rapport à notre passif, en tant que fils d’immigrés, on avait quand même des comptes à rendre à nos parents qui s’étaient démenés pour qu’on puisse avoir une éducation et qu’on ait un avenir. Nous voulions absolument, même si nous ne faisions pas écouter ça à nos parents, qu’ils n’aient pas honte si jamais ils tombaient là-dessus, qu’ils ne disent pas : « c’est quoi ces texte, tu insultes qui ? ». Il fallait que ça reste beau. Par rapport à leur sacrifice, on était tenus d’avoir la meilleure des vies qu’eux avaient voulue pour nous et c’est pour cela qu’on a tous plus ou moins fait des études. J’ai un cursus un peu particulier. J’ai fait un BEP de compta, un bac G2 comptabilité puis je suis parti à la fac pour passer mon DEUG de science éco. Après la réalité économique m’a très vite rattrapé et il a fallu travailler. Le bon côté de la fac c’est que ça pousse à aller chercher l’info et à ne pas tout prendre pour argent comptant. À toi de te débrouiller pour emprunter tes propres circuits d’information, pour ouvrir des bouquins. On nous a souvent taxés de rappeurs intellos mais encore une fois, c’était vraiment un dû envers nos parents. Perso je ne pouvais pas me permettre d’arriver avec des textes légers qui n’ont ni queue ni tête. Il fallait que mon père puisse se défendre face à ses amis qui lui diraient sur un ton moqueur : « Et j’ai appris que ton fils faisait du rap ! ». Il fallait qu’il puisse lui répondre : « Écoute ce que fait mon fils, c’est bien écrit, c’est intelligent ». Je voulais que mon père puisse dire ça. Pour lui le hip-hop était une « musique de sauvage ». Comme tous les pères, il voulait que son fils travaille, fasse ce qu’il faut pour un meilleur avenir, qu’il soit à l’aise économiquement et surtout qu’il évite tous les problème. Seule ma mère était un peu au courant au début mais j’esquivais le sujet. Par exemple, quand j’allais en Province pour un concert, je disais à mes parents que j’allais passer un week-end chez Philippe ou chez un autre pote, « On va s’amuser, on va jouer à la console ». C’est à partir du troisième volet que mon père a commencé à vraiment être au courant. Puis avec « L’Ombre sur le Mesure », la signature chez EMI et les déplacements nombreux, les clips diffusés dans l’alternative de M6, on ne pouvait plus rien cacher. Tout ça pour dire qu’on était tous d’accord pour ne pas rendre nos parents honteux et c’était une des choses qui faisait que La Rumeur était La Rumeur.

    via @ldcoppola cc @opironet