Philippe De Jonckheere

(1964 - 2064)

  • J – 131 : Vu hier soir Cinq femmes autour d’Utamaro de Kenji Mizoguchi. A vrai dire je ne me souviens pas la dernière fois que j’ai vu un film de Mizoguchi, j’ai un vague souvenir d’un cours d’histoire de l’art à propos du cinéma japonais aux Arts Déco et dans lequel Ozu et Mizoguchi tenaient les deux premiers rangs, de même j’ai un vague souvenir d’avoir vu à Chicago en VHS les Femmes de la nuit, mais je crois que c’est bien tout. J’avais gardé le souvenir donc que Mizoguchi était un cinéaste majeur, je n’avais aucune idée, je viens de le découvrir, que sa filmographie est aussi longue et aussi poétique qu’un recueil de haikus , c’est même assez impressionnant :

    1923 : Yorû yami no sasayakî
    1923 : Yorû utsukushikî akumâ
    1923 : Kantô
    1923 : Le Jour où l’amour revit (Ai ni yomigaeru hi)
    1923 : Le Pays natal (Kokyo)
    1923 : Rêves de jeunesse (Seishun no yumeji)
    1923 : La Rue du feu de l’amour (Joen no chimata)
    1923 : Triste est la chanson des vaincus (Haizan no uta wa kanashi)
    1923 : 813, une aventure d’Arsène Lupin (813) - j’ai vérifié, il n’y a pas que sur la page de l’encyclopédie collective en ligne que l’on trouve ce titre surprenant dans l’œuvre de Mizoguchi
    1923 : Le Port de la brume (Kiri no minato)
    1923 : Dans les ruines (Haikyo no naka)
    1923 : La Nuit (Yoru)
    1923 : Le Sang et l’âme (Chi to rei)
    1923 : La Chanson du col (Toge no uta) ? ce qui ne veut pas dire, comme on aurait pu le croire, les faux amis en japonais sont infiniment fourbes, que la compagnie UTA ne desservait pas le Togo, d’autant que vérifiant la chose auprès d’un ingénieur en aéronautique ayant travaillé pour l’UTA, la compagnie UTA desservait bien le Togo, les choses que l’on est obligé de vérifier quand on se sert d’une encyclopédie collective en ligne
    1924 : L’Idiot triste (Kanashiki hakuchi)
    1924 : La Mort à l’aube (Akatsuki no shi)
    1924 : La Reine des temps modernes (Gendai no jo-o)
    1924 : Les femmes sont fortes (Josei wa tsuyoshi)
    1924 : Le Monde ici-bas - Rien que poussière (Jin kyo)
    1924 : À la recherche d’une dinde (Shichimencho no yukue) ? là aussi vérification faite auprès d’une amie de Madeleine, japonaise, c’est effectivement, à peu près, ce que Shichimencho no yukue veut dire, décidément le recours à une encyclopédie collective en ligne donne beaucoup de travail de vérification, en grande partie à cause des esprits pervers de mon genre qui ne perdraient jamais une occasion, surtout depuis l’intérieur, de pervertir les sources de renseignement par toutes sortes de fictions.
    1924 : La Mort du Policier Ito (Acab Itou)
    1924 : Le Livre de la pluie de mai ou Conte de la pluie fine (Samidare zoshi)
    1924 : La Hache qui coupe l’amour (Koi o tatsu ono)
    1924 : La Femme de joie (Kanraku no onna)
    1924 : La Reine du cirque (Kyokubadan no jo-o)
    1925 : A, a tokumukan kanto
    1925 : Pas d’argent, pas de combat (Uchen-Puchan)
    1925 : Après les années d’étude (Gakuso o idete)
    1925 : Le lys blanc gémit (Shirayuri wa nageku)
    1925 : Au rayon rouge du soleil couchant (Akai yuhi ni terasarete)
    1925 : Croquis de rue (Gaijo no suketchi)
    1925 : L’Être humain (Ningen)
    1925 : La Chanson du pays natal (Furusato no uta)
    1925 : Le Général Nogi et monsieur l’Ours (Nogi taisho to Kumasan)
    1926 : Le Roi de la monnaie (Doka o)
    1926 : Les Murmures d’une poupée en papier Haru (Kaminingyo haru no sasayaki)
    1926 : Ma faute (Shin onoga tsumi)
    1926 : L’Amour fou d’une maîtresse de chant (Kyôren no onna shishô)
    1926 : Les Enfants du pays maritime (Kaikoku danji)
    1926 : L’Argent (Kane)
    1927 : La Gratitude envers l’empereur ou La faveur impériale (Ko-on)
    1927 : Cœur aimable (Jihi shincho)
    1928 : La Vie d’un homme (Hito no issho)
    1928 : Quelle charmante fille ! (Musume kawaiya)
    1929 : Le Pont Nihon (Nihon bashi)
    1929 : Le journal Asahi brille (Asahi wa kagayaku)
    1929 : La Marche de Tokyo (Tokyo koshin-kyoku)
    1929 : La Symphonie de la grande ville (Tokai kokyogaku)
    1930 : Furusato (Fujiwara Yoshie no furusato)
    1930 : L’Étrangère Okichi (Tojin okichi)
    1930 : Le Pays natal (Furusato)
    1931 : Et pourtant ils avancent (Shikamo karera wa yuku)
    1932 : Le Dieu gardien du temps (Toki no ujigami)
    1932 : L’Aube de la fondation d’un état : La Mandchourie-Mongolie (Manmo kenkoku no reimei)
    1933 : Le Fil blanc de la cascade (Taki no shiraito)
    1933 : La Fête à Gion (Gion matsuri)
    1934 : Le Groupe Jinpu ou groupe kamikaze (Jinpu-ren)
    1934 : Le Col de l’amour et de la haine (???,Aizo toge)
    1935 : La Cigogne de papier (Orizuru Osen)
    1935 : Oyuki la vierge (Maria no Oyuki)
    1935 : Les Coquelicots (Gubijinsô) ?
    1936 : L’Élégie d’Osaka (Naniwa erejî)
    1936 : Les Sœurs de Gion (Gion no shimai)
    1937 : L’Impasse de l’amour et de la haine (Aien kyo)
    1938 : Le Chant de la caserne (???? Roei no Uta)
    1938 : Ah ! Le Pays natal (Aa kokyo)
    1939 : Conte des chrysanthèmes tardifs (Zangiku monogatari)
    1940 : La Femme de Naniwa (Naniwa onna)
    1941 : La Vie d’un acteur (Geido ichidai otoko)
    1941 : La Vengeance des 47 rônins (Genroku chushingura)
    1944 : Trois générations de Danjurô (Danjuro sandai)
    1944 : L’Histoire de Musashi Miyamoto (Miyamoto Musashi)
    1945 : L’Épée Bijomaru ( Meito bijomaru)
    1945 : Le Chant de la victoire (Hissho ka)
    1946 : La Victoire des femmes (Josei no shôri)
    1946 : Cinq femmes autour d’Utamaro ( Utamaro o meguru gonin no onna)
    1947 : L’Amour de l’actrice Sumako ( Joyû Sumako no koi)
    1948 : Femmes de la nuit ( Yoru no onnatachi)
    1949 : Flamme de mon amour (Waga koi wa moenu)
    1950 : Le Destin de madame Yuki (,Yuki fujin ezu)
    1951 : Miss Oyu (,Oyû-sama)
    1951 : La Dame de Musashino (Musashino fujin)
    1952 : La Vie d’O’Haru femme galante (Saikaku ichidai onna)
    1953 : Les Contes de la lune vague après la pluie (Ugetsu monogatari)
    1953 : Les Musiciens de Gion (ou La Fête à Gion, Gion bayashi), remake de son film de 1933.
    1954 : L’Intendant Sansho (Sanshô dayû)
    1954 : Une femme dont on parle (,Uwasa no onna)
    1954 : Les Amants crucifiés (Chikamatsu monogatari)
    1955 : L’Impératrice Yang Kwei-Fei (Yôkihi)
    1955 : Le Héros sacrilège (Shin heike monogatari)
    1956 : La Rue de la honte (Akasen chitai)

    J’ai un petit faible pour À la recherche d’une dinde

    On note, par ailleurs qu’en 1922 et 1923, Keiji Mizoguchi n’a pas, pas exactement, chômé.

    Ce que je comprends aussi de ce cinéma, c’est justement ce que je n’en comprends pas. Dans les Cinq femmes autour d’Utamaro , je confonds sans cesse les cinq femmes en question dont les noms apparaissent trop vite en japonais dans les sous titres (par ailleurs en anglais, ce qui me ralentit tout de même un petit poil, juste le petit poil qui rend le déchiffrement d’un nom japonais trop lent ou imprécis) et que je comprends trop tard en regardant le film que c’est plus ou moins au motif des kimonos qu’on a une chance de les reconnaître, parce que leur maquillage de geishas et de courtisanes les unifient beaucoup, et ma méprise est évidemment totale, je m’en rends compte, quand je pensais que la femme assassine était la femme porteuse de l’invraisemblable tatouage d’Utamaro dans le dos, et je découvre médusé que le tatouage en question est en fait sur le cadavre des deux amants, si vous pensez que ce que je viens d’écrire est difficile à suivre, téléchargez d’urgence ce film, vous verrez à quel point c’est pas facile de retrouver ses petits dans un tel désordre.

    Et cette méprise est telle qu’on peut même raisonnablement se demander quel est le plaisir que je trouve à cette cinématographie, par ailleurs assez fixe dans ses plans aux compositions pas particulièrement audacieuses, c’est l’empire du plan large, et bien peut-être de telles scènes que celle de l’apprenti peintre d’Utamaro qui se désespère de ne pouvoir atteindre à l’art de son maître, à cette vie insufflée dans ses personnages féminins dans ses dessins et qui commande à son serviteur de fermer les volets en plein jour et de lui apporter une bougie et comment la perception de la pièce, du décor bascule élégamment. Pour le même résultat décevant aux yeux du peintre apprenti.

    Et je peux tenter de suivre quantité de dialogue presque incompréhensibles, - toutes ces scènes d’hystérie des personnages pour des insultes faites à telle ou telle école d’art, autant vous dire que je n’aurais pas fait long feu dans le Japon du XVIIIème siècle avec certaines de mes chroniques et que je serais rapidement passé au fil du sabre du grand samouraï Piê Shou-lag pour l’avoir si copieusement insulté - ces explications interminables à propos de telle ou telle partie d’un protocole que n’aurait pas été suivi à la règle - et là autant vous dire que ma conduite dans un restaurant de fondue chinoise aurait également été jugée très insuffisamment protocolaire - je peux même lutter efficacement contre la fatigue du soir et m’abimer les yeux avec ces maudits sous titres éclairs en anglais, tant qu’il y aura des scènes comme celle de l’atelier ou encore comme celle de la baignade des promises à la pêche de ne je sais quel poisson symbole de fertilité, j’en redemanderai.

    Donc une grande partie du cinéma de Mizoguchi m’échappe mais je suis très perméable à sa poésie.

    Prochain sur ma liste, À la recherche d’une dinde . Cela ne va pas être facile à trouver mais il faut ce qu’il faut.

    Exercice #59 de Henry Carroll : Perdez-vous. Prenez une photo du moment où vous vous rendez compte que vous vous êtes perdu.

    Je crois que ne me suis jamais autant perdu qu’en République Tchèque, c’était même à croire que c’était un peu ce que je cherchais.

    #qui_ca