Philippe De Jonckheere

(1964 - 2064)

  • J – 120 : J’ai beau savoir que l’avenir environnemental et énergétique de notre monde ne dépend pas de ma bonne volonté quand bien même elle serait de facto couplée avec celle de mes contemporains, je suis obligé de constater que je suis encore trop dépendant de mon véhicule individuel pour de trop nombreuses occasions.

    L’année passée, je me suis fait un devoir d’emprunter les transports en commun chaque fois que c’était possible, notamment pour aller au travail quand les enfants n’étaient pas à la maison, en vacances. Quand ils sont à la maison et donc l’une au lycée cubiste, l’un dans son Unité Locale d’Exclusion Scolaire et la troisième au collège zoologique, je peux difficilement ne pas aller au bureau en voiture tant il est impératif que je sois rapidement rendu sur les lieux en cas de difficultés et elles auront été nombreuses avec l’Unité Locale d’Exclusion Scolaire.

    Cette année les choses se présentent sans doute sous un jour plus favorable, Nathan a quitté l’Unité Locale d’Exclusion Scolaire, il est désormais intégré dans un établissement dans lequel il paraît se sentir en confiance et dont le personnel fait preuve de bienveillance attentive à son égard. Vont rester en revanche tous les aller-retours vers les différents rendez-vous qui ponctuent la semaine des enfants, psychologues pour Nathan et Adèle, orthophoniste pour Nathan et Adèle, centre équestre pour Madeleine, club du rugby pour Nathan, surtout pour le retour de nuit avec traversée du bois de Vincennes, atelier de céramique et atelier de théâtre pour Adèle, et puis tous les autres petits trajets : la part de l’irréductible.

    Du coup je suis en train de changer un peu ma manière de conduire. Je faisais déjà attention à faire en sorte que cette dernière ne soit pas trop consommatrice de carburant et génératrice de pollution, je me demande si je ne suis pas en train de découvrir quelque chose. Ainsi depuis une semaine je m’efforce de n’accélérer que lorsque c’est indispensable à l’avancée du véhicule, mieux je tente de maximiser l’apport de l’élan de la voiture en repassant au point mort le plus souvent possible pour être en roue libre. Cela demande d’abord un peu de concentration et d’ajustement, mais avec une semaine d’entraînement, je suis surpris de constater à quel point il semble y avoir des bénéfices à faire de la sorte, je gagne en consommation de carburant, je pollue sans doute un peu moins, mais aussi je fais moins de bruit et je dois même pouvoir économiser sur l’usure des freins et pour ce qui est des embrayages et des débrayages, cela ne doit pas faire une très grosse différence, j’ai été formé à une école de conduite qui mettait en avant l’utilisation du frein moteur, donc en sollicitant pas mal la pédale d’embrayage.

    Et, plaisir que je n’avais pas anticipé, c’est très ludique. De façon amusante mes éventuels passagers, pas juste les enfants, les amis, ne semblent pas remarquer mon petit manège, une amie m’a même dit que ma voiture était silencieuse, ce qu’elle trouvait agréable. La rue dans laquelle nous habitons est en pente ascendante, je parviens parfois à faire mon créneau pour me garer ne roue libre.

    Mon raisonnement va même plus loin, je me dis que si je perdais du poids ce serait cela de moins aussi en consommation. Or, Adèle étant devenue végétarienne il y a deux semaines, je suis en train de m’y mettre également, et de remarquer deux choses assez curieuses, je digère mieux et je perds un peu de poids. Sans compter que je fais de petites économies en achetant nettement moins de viande, je continue d’en acheter et d’en cuisiner pour Madeleine, et Nathan que nous ne sommes pas encore parvenus à convaincre. Or, ces modestes économies, si je les mets bout à bout, est-ce que je ne vais pas parvenir à investir dans des plaques solaires quand il sera temps de refaire le toit de la maison — une première alerte a eu lieu cet été, une fuite, il faudra un jour y penser — bref un vent écologiste fort souffle sur notre éolienne familiale.

    Tout serait donc pour le mieux. Si cette façon de conduite ne me remplissait pas d’angoisse, tant j’ai le sentiment, en conduisant de la sorte, que je suis en train d’anticiper la manière dont nous serons bientôt tous contraints de conduire et qu’un jour lorsque je ré embrayerais pour redonner un peu d’élan à ma voiture, le moteur aura calé et la voiture fera ses derniers mètres avant de ne plus pouvoir avancer.

    Et là autant vous dire que j’espère que j’aurais vraiment eu le temps de beaucoup perdre du poids parce qu’en l’état actuel, je ne sais pas s’il existe des vélos capables de supporter ma masse. Bref l’écologie familiale, il était temps de s’y mettre pour de vrai.

    Exercice #68 de Henry Carroll : Asseyez-vous face à quelqu’un pendant deux heures. Bavardez autour d’un thé, mais ne prenez des photos, qu’en présence de quelque chose de révélateur.

    C’est souvent que je fais cette chose un peu secrète quand je discute avec une personne que je regarde assez fixement dans une direction et que je pense à la manière dont je prendrais ce que je vois en photo, souvent au travers d’une fenêtre, et que je joue mentalement avec les alignements des éléments qui sont au devant de moi et souvent au delà des épaules de la personne avec laquelle je discute. De cette manière j’ai réussi à ne pas prêter trop attention à ce qui était dit à mon sujet, et qui n’était pas très laudateur, dans le bureau d’une Juge aux Affaires Familiales du Tribunal d’Instance de Bobigny, me concentrant sur le paysage que l’on pouvait voir derrière la Juge au travers des grandes fenêtres de son bureau et ce faisant, je faisais de l’excellente photographie mentale pendant que l’avocate de la partie adverse faisait un très mauvais tableau de ma personne. Je me souviens avoir fait plus ou moins de même lors d’une discussion difficile dans les Cévennes et à la fin de la discussion d’avoir pris en photo la petite branche de pin avec laquelle je m’étais distrait visuellement pendant, oui, facilement deux heures.

    #qui_ca

    • Bienvenu au club. Pour ma part, depuis un an, je ne mange de la viande, ou plutôt du poisson, que lorsque je partage un repas avec les amis carnivores. Et je m’aperçois que c’est de plus en plus le cas de mon entourage. Tu peux aussi essayer de manger des fruits frais à jeun (avant les repas) parce qu’ils sont directement assimilés par les intestins (et non par l’estomac) et qu’ainsi les vitamines profitent davantage à l’organisme. Je m’y suis mise il y a deux mois, je trouve ça pas mal du tout. Hier je lisais un truc sur le jeun, je vais peut-être essayer sur trois quatre jours (pas plus, je ne veux pas perdre de poids), il parait que c’est bon pour le ventre et les boyaux de la tête. Je ne suis pas prête encore, j’aime bien manger, il va me falloir une préparation :)
      Pour mes déplacements, c’est déjà vélo, pieds (j’aime beaucoup marcher) et transports en commun. Mais ne plus avoir de voiture est handicapant pour une femme. Je ne vais plus au cinéma le soir, j’ai peur de rentrer seule chez moi la nuit tombée. Pareil pour les spectacles. J’y vais parfois en me disant que je croiserais peut-être une connaissance qui pourra me raccompagner ou je prendrais un taxi mais vu l’état de mes finances, j’évite.