Philippe De Jonckheere

(1964 - 2064)

  • Nuit
    Sans
    Rêve

    Matin, un pic-vert
    Et des mésanges ne s’accordent pas
    Pour chanter mon réveil

    Ma table a été déplacée
    Elle est désormais bancale
    Plus aucun poème ne me vient

    Réveil tardif
    La vallée
    Est déjà dans l’adret

    J’ai une grave décision à prendre
    Regardant la table de nuit
    Quel livre dois-je commencer ?

    Je garde un fond de café
    Pour avaler
    Mes médicaments

    Rouge basque
    Rouge basque
    Rouge basque

    Vapeurs de laque et opium
    Je vais finir par voir
    Des éléphants rouges basque

    Je viens de voir la voiture de Daniel
    Dans le virage du Bousquatel
    Les saucisses de châtaignes sont au four

    Deux amis, l’un à la table de l’autre
    Une profonde discussion, les endroits
    Où on n’est pas si souvent touchés

    Je m’en doutais un peu, se baigner au gourd
    Avec Daniel est une expérience incomparable
    Discussion à propos de Carl André en bord de Cèze

    Soudain un nuage
    Se forme au-dessus de la vallée
    Tel un continent

    La même rêverie
    Devant les nuages
    Qu’en feuilletant un atlas

    Chaleur d’été, un orage, bref
    Trois gouttes de pluie
    Et de nouveau la chaleur

    J’ai vu Daniel cet hiver
    Je l’ai rencontrée la semaine suivante
    Je revois Daniel cet été, après avril brisé

    Chasse tout espoir, détruis tout espoir
    Anéantis tout espoir, recouvre tout espoir
    Avec quoi ? du désespoir ?

    Tu voulais être son instrument
    Tu es devenu son jouet
    Elle n’en sait rien. Pourtant

    Légumes frits
    Sauce de soja et riz
    Brousse et fruits

    Soudain
    À contre-jour
    Surgit la buse

    Un colibri égaré entre dans la chambre
    Paraît interloqué, réalise l’impasse
    Qu’il fait fausse route, repart

    À regret je constate que le lumbago
    Recule, me contraignant
    À diminuer l’opium

    Longue conversation téléphonique avec B.
    Émue
    Je le suis aussi pour elle, sincèrement

    Promenade à la nuit tombante
    Au travers des bois de mélèzes de Besses
    Massacrés par une exploitation sans scrupules

    Certaines situations qu’Émile
    Me propose et m’impose sur un échiquier
    Finissent par provoquer de la céphalée

    Je me demande si une de mes utilités
    Auprès de mes amis n’est pas
    De leur servir de mémoire

    Avenue Daumesnil - Porstmouth
    Pendant que Bobigny - Les Vayacs
    Watten - les Rigaudières, années nonante

    Un croissant de lune rousse
    Tombe derrière
    Le Mont-Lozère

    #mon_oiseau_bleu