Articles repérés par Hervé Le Crosnier

Je prend ici des notes sur mes lectures. Les citations proviennent des articles cités.

  • La culture numérique a-t-elle besoin de médiation ? | Cairn.info
    https://www.cairn.info/revue-cahiers-de-l-action-2017-1-page-9.htm

    Par Hervé Le Crsnier, dans l« Les cahiers de l’action », une revue de l’INJEP

    Les opérateurs de service diffusent depuis les débuts de l’informatique un discours triomphaliste dont la nature générale est de remplacer les apprentissages, le monitorat, l’accompagnement par la « qualité » des interfaces. Il n’y aurait plus besoin d’apprendre à maîtriser les outils, car leur fonctionnement serait « naturel ». Foin des décisions humaines, des rapports de force ou de domination, des représentations idéologiquement marquées… l’accès serait ouvert pour tous, dans le monde entier, et les systèmes s’adapteraient en permanence aux usages pour faciliter la vie des internautes.

    Dans le même temps, les usagers des services internet se débrouillent, engagent leur créativité pour exploiter les opportunités du réseau et créer de nouveaux modes d’interaction culturelle. Ils et elles braconnent les terres numériques pour inventer une nouvelle culture populaire, pour reprendre le terme utilisé par Michel de Certeau. Cette culture numérique se transmet par horizontalité : les premiers acteurs écrivent des tutoriels pour aider les suivants à les rejoindre ; les groupes se constituent qui échangent savoirs et savoir-faire ; des lieux deviennent emblématiques de la volonté de travailler en commun, à l’image des fablabs.

    Ces deux images du développement des réseaux informatiques existent et cohabitent. L’internet est une figure de Janus, qui porte autant la construction de pouvoirs immenses que l’opportunité de renforcer les capacités des acteurs et des groupes que ceux-ci peuvent constituer. Les plateformes du web, en captant les traces d’usage, en utilisant des systèmes extrêmement rapides pour suggérer des pistes provenant de la comparaison entre les chemins individuels et les statistiques des autres usagers, en concentrant les sources de revenu et en devenant des acteurs d’une richesse largement supérieure à de nombreux États, sont devenues des puissances à la fois économiques et idéologiques de premier ordre. Des puissances face auxquelles la compréhension des mécanismes d’aliénation (l’économie de l’attention au service de l’industrie de l’influence ) ou des modèles d’affaire (l’oligopole de revente des données personnelles) reste encore balbutiante. Dans le même temps, les usagers savent construire une nouvelle culture en « parasites » de ces grandes structures commerciales. Pour renforcer leur pouvoir et assurer leurs bénéfices, les plateformes de l’internet doivent, comme tous les médias, offrir des informations et des services qui seront capables d’intéresser les usagers, et de les faire revenir le plus souvent possible nourrir la machine, ce que d’aucuns appellent le digital labor . Il devient dès lors possible de construire des groupes, des réseaux humains à l’intérieur des médias sociaux, des pratiques alternatives, voire subversives… et les usagers ne s’en privent pas. La culture mainstream, aujourd’hui celle des médias de l’internet, devient un outil pour le détournement, pour la création d’une culture participative.

    Dans ce jeu de territoire entre les nouveaux pouvoirs et les individus dynamiques, l’éducation populaire peut trouver une nouvelle place et un renforcement de ses principes de base. Partir de ce que font et savent les usagers pour leur permettre de décrypter et comprendre les mécanismes du contrôle, de la concentration économique ou de la pression mentale, tout autant que de partir des intérêts que ces mêmes usagers éprouvent pour les activités numériques en réseau pour développer une nouvelle culture de l’émancipation : nous voici au cœur de l’histoire et des théories de l’éducation populaire.

    #Hervé_Le_Crosnier #INJEP #Education_populaire #Culture_numérique