• #Catastrophisme, administration du #désastre et #soumission durable (par René Riesel et Jaime Semprun) – Le Partage
    http://partage-le.com/2017/10/7943

    La dégra­da­tion irré­ver­sible de la vie terrestre due au déve­lop­pe­ment indus­triel a été signa­lée et décrite depuis plus de cinquante ans. Ceux qui détaillaient le proces­sus, ses effets cumu­la­tifs et les seuils de non-retour prévi­sibles, comp­taient qu’une prise de conscience y mettrait un terme par un #chan­ge­ment quel­conque. Pour certains ce devaient être des #réformes dili­gem­ment conduites par les États et leurs experts, pour d’autres il s’agis­sait surtout d’une #trans­for­ma­tion de notre mode de vie, dont la nature exacte restait en géné­ral assez vague  ; enfin il y en avait même pour penser que c’était plus radi­ca­le­ment toute l’or­ga­ni­sa­tion sociale exis­tante qui devait être abat­tue par un chan­ge­ment révo­lu­tion­naire. Quels que fussent leurs désac­cords sur les moyens à mettre en œuvre, tous parta­geaient la convic­tion que la connais­sance de l’éten­due du désastre et de ses consé­quences inéluc­tables entraî­ne­rait pour le moins quelque remise en cause du confor­misme social, voire la forma­tion d’une conscience critique radi­cale. Bref, qu’elle ne reste­rait pas sans effet.

    Contrai­re­ment au postu­lat impli­cite de toute la « critique des nuisances » (pas seule­ment celle de l’EdN), selon lequel la dété­rio­ra­tion des condi­tions de vie serait un « facteur de révolte », force a été de consta­ter que la connais­sance toujours plus précise de cette dété­rio­ra­tion s’in­té­grait sans heurts à la soumis­sion et parti­ci­pait surtout de l’adap­ta­tion à de nouvelles formes de survie en milieu extrême. […]

    La dissi­mu­la­tion et le mensonge ont bien sûr été utili­sés à maintes reprises, le sont et le seront encore, par l’in­dus­trie et les États. Toutes sortes d’opé­ra­tions doivent être menées dans la plus grande discré­tion, et gagnent à n’ap­pa­raître en pleine lumière que sous forme de faits accom­plis. Mais comme le prin­ci­pal fait accom­pli est l’exis­tence de la société indus­trielle elle-même, la soumis­sion à ses impé­ra­tifs, on peut y intro­duire sans danger des zones toujours plus éten­dues de trans­pa­rence : le citoyen désor­mais bien rodé à son travail de consom­ma­teur est avide d’in­for­ma­tions pour établir lui-même son bilan « risques-béné­fices », tandis que de son côté chaque empoi­son­neur cherche aussi à se discul­per en noir­cis­sant ses concur­rents. Il y aura donc toujours matière à « révé­la­tions » et à « scan­dales », tant qu’il y aura des marchands pour trai­ter une telle matière première : à côté des marchands de poisons, des marchands de scoops jour­na­lis­tiques, d’in­di­gna­tions citoyennes, d’enquêtes sensa­tion­nelles.