• La fabrication de la soie : un domaine réservé aux femmes | Cairn.info
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    De nombreux témoignages historiques montrent que les femmes ont joué un rôle dominant dans la production de la soie partout dans le monde. En Europe, des femmes de très haut rang entreprirent de la fabriquer et se consacrèrent personnellement à l’élevage des vers à soie. À partir de la fin du Moyen Âge, les femmes européennes semblent avoir progressivement perdu le contrôle du tissage de la soie, tout en continuant de dominer entièrement l’élevage des vers à soie et dans une large mesure la filature et l’apprêt des fils de soie. Jusqu’au début du xxe siècle, leur mainmise sur la fabrication de ce produit demeura très forte, notamment sur l’élevage des vers, malgré les tentatives répétées qui furent faites pour les en priver. Les croyances populaires liaient leur suprématie dans ce domaine à certains aspects de leur féminité qui excluaient la participation des hommes. Les femmes contrôlaient largement les savoir-faire et les pratiques censées protéger les vers à soie des maladies et du mal ; ces connaissances étaient transmises oralement entre femmes. Le secteur de la soie compta de nombreuses femmes entrepreneuses et certaines indications laissent à penser que le produit des premières étapes de la fabrication était parfois considéré comme la propriété exclusive des femmes.
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    Le cycle de production de la soie peut être divisé en quatre étapes : 1) la sériciculture – de la récolte des feuilles de mûrier à l’élevage des vers ; 2) la filature de la soie, c’est-à-dire le dévidage du fil formant le cocon en un écheveau de soie grège ; 3) l’apprêt des fils (dévidage sur des bobines, moulinage, teinture, etc.) ; 4) le tissage. On exposera dans cet article une série d’éléments qui montrent le rôle dominant des femmes dans plusieurs étapes du cycle de production de la soie depuis le Moyen Âge, ainsi que leur rôle d’entrepreneuses et leur apport technique ; on évoquera aussi les indices diffus qui suggèrent qu’elles pouvaient avoir des droits de propriété de facto sur leur production. On s’intéressera enfin à la mise en œuvre et à la transmission des savoir-faire et à la manière dont les croyances et les rites, y compris d’anciens rites de fertilité, ont pu contribuer à exclure les hommes. L’analyse s’attachera plus particulièrement aux deux premières étapes du cycle de production de la soie.

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