• Si le féminisme rend possible l’empowerment des femmes, il me semble problématique de considérer qu’il devrait aussi permettre l’empowerment des hommes. Le patriarcat est un système dans lequel, précisément, les hommes disposent d’un pouvoir sur les femmes, la classe des hommes dominant, opprimant, exploitant et excluant la classe des femmes. Dans une perspective de justice, d’égalité, de liberté et de solidarité entre les sexes, ce n’est donc non pas l’empowerment qui convient pour les hommes, mais le disempowerment. Selon les dictionnaires anglophones Oxford et Collins, le disempowerment désigne ce qui consiste à « rendre (un individu, un groupe) moins puissant ou moins confiant » (Oxford) ou à « priver (un individu) de pouvoir ou d’autorité » (Collins).
      Le disempowerment des hommes n’implique pas de réduire notre capacité d’agir ou d’être moins confiants et moins puissants
      en tant qu’êtres humains, mais en tant qu’hommes et donc en tant que membre de la classe dominante et privilégiée dans le patriarcat. L’engagement des hommes dans un processus individuel et collectif de disempowerment consiste à réduire le pouvoir que nous exerçons individuellement et collectivement sur les femmes, y compris les féministes. Certes, l’empowerment des femmes et des féministes dépend d’elles-mêmes et aucun homme ne peut émanciper les femmes à leur place ou en leur nom. Cela dit, le disempowerment des hommes doit faciliter l’empowerment des femmes.