• Ces "responsables" qui nous déclarent irresponsables

    Nous en avons assez des tergiversations et des atermoiements de tous ces "responsables" élus par nous qui nous déclarent "irresponsables" lorsque nous leur rappelons les promesses qu’ils nous ont faites. Nous en avons assez du racisme d’Etat qu’ils autorisent. Aujourd’hui même, un de mes amis, français d’origine algérienne, me racontait l’histoire de sa fille, venue pour se réinscrire à la fac, à qui une employée de l’Université demandait, le plus naturellement du monde, de présenter ses papiers, son passeport, au seul vu de son nom à consonance arabe.

    Pour en finir une fois pour toutes avec ces brimades et ces humiliations, impensables il y a quelques années, il faut marquer une rupture claire avec une législation hypocrite qui n’est qu’une immense concession à la xénophobie du Front national. Abroger les lois Pasqua et Debré évidemment, mais surtotu en finir avec tous les propos hypocrites de tous lesp oliticiens qui, à un moment où l’on revient sur les compromissions de la bureaucratie française dans l’extermination des juifs, donnent pratiquement licence à tous ceux qui, dans la bureaucratie, sont en mesure d’exprimer leurs pulsions les plus bêtement xénophobes comme l’employée d’université que j’évoquais à l’instant.

    Il ne sert à rien de s’engager dans de grandes discussions juridiques sur les mérites comparés de telle ou telle loi. Il s’agit d’abolir purement et simplement une loi qui, par sn existence même, légitime les pratiques discriminatoires des fonctionnaires, petits ou grands, en contribuant à jeter une suspicion globale sur les étrangers – et pas n’importe lesquels évidemment. Qu’est-ce qu’un citoyen qui doit faire la preuve, à chaque instant, de sa citoyenneté ? ( Nombre de parents français d’origine algérienne se demandent quel prénom donner à leurs enfants pour leur éviter plus tard les tracasseries.

    Et le fonctionnaire qui harcelait la fille de mon ami s’étonnait qu’elle s’appelle Mélanie…)Je dis qu’une loi est raciste qui autorise un fonctionnaire quelconque à mettre en question la citoyenneté d’un citoyen au seul vu de son visage ou de son nom de famille, comme c’est le cas, mille fois par jour, aujourd’hui. Il est regrettable qu’il n’y ait pas, dans le gouvernement hautement policé qui nous a été offert par M. Jospin, un seul porteur de l’un ou l’autre de ces stigmates désignés à l’arbitraire irréprochable des fonctionnaires de l’Etat français, un visage noir ou un nom à consonance arabe, pour rappeler à M. Chevènement la distinction entre le droit et les mœurs, et qu’il y a des dispositions du droit qui autorisent les pires mœurs.

    Je livre tout ceci à la réflexion de ceux qui, silencieux ou indifférents aujourd’hui, viendront, dans trente ans, exprimer leur « repentance », en un temps où les jeunes Français d’origine algérienne seront prénommés Kelkal.

    [Pierre #Bourdieu, "Contre-feux"]

    #racismedétat