ARNO*

Geek dilettante habitant une belle et grande propriété sur la Côte d’améthyste

  • Vu le #film Downsizing, d’Alexander Payer (2018), avec Matt Damon, sur le conseil de @philippe_de_jonckheere

    Alors bon, c’est sympa, mais c’est tout de même pas transcendant. Il y a une sorte de faux-rythme qui s’installe dès le début, et si le film est largement vendu sur le thème science-fictionnesque, plus ou moins comique, de la réduction de taille, c’est surtout une gentille comédie sentimentale autour d’un homme qui traverse sa midlife crisis (et, le saviez-tu, Matt et moi on a le même âge). Sa femme le quitte, il a un boulot pas terrible, il pense qu’un coup de malchance l’a privé d’un boulot prometteur pendant ses études, ses amis riches le trouvent pathétiques mais sympathique, il cherche un but à son existence, etc.

    Du coup, comme comédie sentimentale, c’est gentillet, les acteurs sont excellents, il y a des moments très drôles, et à mon avis le film est sauvé par l’actrice Hong Chau qui joue la dissidente vietnamienne devenue femme de ménage au grand cœur.

    Sinon, je trouve que le film passe presque totalement à côté de son anecdote principale (et donc son titre), le fait que les personnages sont réduits à la taille de 12 cm pour espérer vivre une nouvelle vie de pachas millionnaires où une parure complète de bijoux coûte 83 dollars (puisque tout est infiniment plus petit, donc ne coûte plus grand chose). Dans la crise que traverse le héros, OK c’est le déclencheur de son divorce, mais après ça ne sert franchement à rien. Dans les péripéties, ça ne sert non plus à rien : les personnages auraient tous une taille normale que ça ne changerait pas l’histoire non plus. Même à la fin, l’espèce de communauté beatnik norvégienne qui décide d’aller vivre pour 8000 ans dans une grotte pour sauver l’humanité, l’argument de la petite taille ne sert pas à grand chose. Et la « société » des « petits » ne présente pas franchement de caractéristiques qui auraient un intérêt dans le scénario (en dehors du fait que tout est étrangement mal proportionné : les verres de vin sont un peu trop grand, les bouteilles soit légèrement trop petites soit trop grandes…).

    Après on perçoit une foule de questions intéressantes, rapidement posées, et encore plus rapidement oubliées. Une société où tout le monde devient millionnaire « en équivalence », mais alors comment se reconstituent les inégalités et les rapports d’exploitation. Comment cette société pourrait-telle rester « riche » comparativement aux « grands » une fois que tout le monde sera « petit » (puisque si tout est si peu cher, c’est parce que les petits profitent d’une société « grande taille », à laquelle par ailleurs ils ne contribuent quasiment pas). Cette « société des petits » est en fait une entreprise privée, façon « walled community » ; quelle vie collective, quelle liberté, où vivent ceux qui ne peuvent s’offrir ce luxe ? Il y a plein de thèmes de ce genre, plus ou moins évoqués à un moment par un personnage, mais ça ne fait jamais plus d’une ou deux phrases.

    Typiquement, c’est le genre d’anecdote qui donnerait, dans un film de SF des années 70, tout un argument politique et une grosse satire sociale. Ça évoque d’ailleurs des choses déjà vues, comme le EdTV de Ron Howard (1999). Sauf que le sujet est presque totalement évacué, l’aspect SF politique (pourtant revendiqué par le film, puisque l’argument final est celui de la fin du monde) est clairement remplacé par une approche midlife crisis, gentillette mais pas très aboutie (et d’ailleurs, le côté satire sociale me semble plus relever ici de ce genre de comédie sentimentale que de la science-fiction).