• Mouvement et communica(c)tion
    http://www.zelig.org/article.php3%3Fid_article=50.html
    En 2002, à l’occasion des rencontres Zelig.rc2, le texte de présentation du débat sur la communication alternative faisait quelques remarques (malheureusement) toujours d’actualité.

    >> Des limites évidentes
    Ce serait dans le même temps se mentir que d’en rester à un tel constat idyllique : si la communication dans le mouvement est l’une des forces de celui-ci, elle en exprime dans le même temps toutes les faiblesses. Si l’on regarde de plus près les contenus de cette communication en mouvement on doit concéder, qu’à côté d’une réelle capacité à contourner (même partiellement) la puissance d’occultation des médias mainstream, à côté d’une capacité à faire circuler de la subjectivité politique, elle reproduit aussi des séparations, des logiques de ghetto et des effets de brouillage évidents. « Médias indépendants » et « communication alternative » se limitent en effet trop souvent à la reproduction des faiblesses des milieux militants. en particulier :

    – Confusion entre l’information et la propagande : trop de « news » publiés sur les sites d’infos, ou envoyées sur les mailing lists, ne sont jamais qu’un copier-coller de tract ou de communiqué, ou la lutte, les émotions, le vivant qui font la richesse des mouvements se perd dans le caractère autoréférentiel des formules et des slogans.
    – Incessantes querelles sur le thème du « traître », des « réformistes » et des « faux révolutionnaires » qui s’étalent dès qu’il y a un espace de libre expression (mailing lists, site web en open publishing) au point de grever grandement les possibilités réelles de communication et d’échange.
    – Persistance des attitudes de « boutiques », chaque expérience de communication tenant finalement bien plus à son « label » qu’à la nécessité de produire de la coopération, qu’à la nécessité d’apprendre à être ensemble en mouvement avec nos spécificités et nos richesses.

    Plus loin :

    Quel est le problème que nous posent les médias mainstream ? Est-ce uniquement leur dépendance envers les grands groupes financiers du secteur du spectacle, ou bien plutôt la médiation elle-même, cette fausse objectivité tant revendiquée par les médias pour couvrir d’un minimum de vertu la réalité de la chasse au scoop, de la soumission à l’Audimat et aux « taux de pénétration », ou encore de prima de la publicité. (…)
    Ce qui nous sépare finalement des médias c’est avant tout le point de vue à partir duquel nous tentons de produire de l’information et de la communication, la tentative de réduire la médiation (celle des experts, des spécialistes) à sa plus simple expression, en donnant les moyens à chacun et chacune, à toutes les réalités sociales auxquelles nous nous adressons, d’agir leur communication, de faire de la communication un moment de la lutte, de la mobilisation, du conflit. Encore et toujours la proposition d’une multiplication de « médias intimes » (3) contre les énormes machines de guerre de l’information spectaculaire.