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  • Elaine Herzberg : enquête à distance
    https://tcrouzet.com/2018/04/11/elaine-herzberg-enquete-a-distance

    Trois semaines qu’Elaine Herzberg a été tuée par un robot autonome et toujours rien sur elle ou presque dans les médias, rien sur a vie, son intimité, l’endroit où elle se rendait quand elle a traversé 640 North Mille Avenue en poussant son vélo. Un message envoyé à quelques-uns de ses amis Facebook n’a suscité aucune Source : Thierry Crouzet

    • Je recevrais ce genre de correspondance d’un french author :

      Hello, my name is Thierry Crouzet. I’m a French writer. Since I heard about Elaine’s death, I have read everything I could find online about Elaine’s life. I’m angry to see that the press doesn’t really care about her but only about the Uber technology. I would like to write about her, about her life. I want to make a tribute to her, as she is the first human victim of a robot. Today, I’m sending this message to any of Elaine’s friends I can find. If you would like to share your vision of who Elaine was .

      Ma réponse ne serait pas très polie : Go fuck yourself !

      #charognard

    • Cela faisait très longtemps que je n’avais pas lu une ligne du gars, tout de suite je tombe sur son message que je cite plus haut et qui immédiatement me fait vomir.

      Donc c’est sans doute hâtif de ma part, et je n’ai pas l’intention d’aller plus loin dans ma lecture du gars, mais oui, une certaine propension à beaucoup travailler à attirer l’attention sur soi, à s’étudier soi-même, à gérer les informations comme un patrimoine médiatique, à systématiquement vouloir être l’home qui a vu l’home qui a vu l’homme, bref une certaine agitation fébrile, tout ça me fait disqualifier rapidement la manoeuvre surtout, once again , après le passage déjà cité et qui est donc à vomir.

    • Je comprends. C’est effectivement un passage très malaisant, comme on dit, et qui, sans connaître le travail antérieur de Crouzet, me l’a rendu antipathique : la figure de l’Auteur qui attend des réponses, comme si les proches les lui devaient et entravaient, autrement, sa mission supérieure.

      Pire encore (tu n’auras pas été jusque là, ça ne va pas soigner ta nausée), il signale que le silence de la famille vient certainement de ce qu’elle a été achetée par Tesla. En fait, comme il l’indique lui-même, une partie de la famille a accepté une transaction avec la boîte, mais une autre partie a refusé. Et ces réfractaires ne lui ont pas répondu non plus, pour des raisons qu’on ne connaît pas mais sans doute on ne peut plus légitimes : le deuil, la méfiance à l’égard de la presse, la volonté de garder leur énergie pour se battre pour elle...

      Reste que j’étais d’abord tombée sur son premier papier « Qui était Elaine Herzberg », et je l’ai trouvé important parce que de fait il est à peu près le seul à redonner un nom et une histoire à cette femme. Ailleurs, on lit une foule de détails sur la Tesla, et la femme reste toujours anonyme. Elle est "la-femme-qui-a-été-tuée-par-une-voiture-autonome". La bagnole a un nom, pas "la femme".

    • Oui, j’ai un peu parcouru le reste. Je suis déjà très mal à l’aise quand c’est Truman Capote ou Emmanuel Carrère qui produit ce genre de choses, alors imagine un type qui est très très loin d’avoir leur talent littéraire.

      Et j’ai naturellement beaucoup de mal à avaler aussi cette histoire d’enquête à distance, regardez comme je suis fort en utilisant les moyens connectés, ça sent décidément très fort l’ego-trip

    • Ah, Truman Capote ! On est en plein dedans effectivement : détestable et fascinant. C’est toute l’ambiguité de ce genre d’enquête : que ça joue sur un voyeurisme communément partagé, tout en prenant le contrepied salutaire d’autres travers tout aussi graves des médias et de la société. Que ça flatte l’ego de l’auteur en mettant au jour des réalités qui sinon resteraient passées sous silence.

      En fait, c’est un malaise que je ressens souvent en lisant, plus généralement, des #longs_formats et autres machins narratifs : on prend du plaisir à lire (et en amont à écrire) des #histoires (puisque c’est le terme consacré aujourd’hui) de misère, d’oppression, de violence, de folie, d’emprisonnement... On s’informe, certes, on s’indigne, cela nourrit notre rage, mais simultanément, c’est un très bon divertissement (côté écriture comme côté lecture). C’est plus flagrant encore au cinéma.

    • #récupération (un thème sur lequel il faudrait faire une recherche/thèse/texte : C’est un vaste sujet puisque toutes et tous, nous utilisons une immense quantité de données et d’informations que nous glanons ici et là pour construire nos propres narrations, nos propres images, notre propre monde intellectuel en sorte, et les frontières entre copies, plagiats, inspiration, etc... sont souvent très fragiles. Et quand on signe en plus. Et au moment de signer nos créations, un rapide regard en arrière pour essayer d’estimer ce qu’est vraiment la part de nous dans ce qu’on offre publiquement...