Tout va trés bien

En hommage à Paul Misraki, l’auteur de la chanson : « Tout va très bien madame la marquise »

  • S.O.S. Les Nouvelles d’Archimède. (L’Université Lille-I - Villeneuve d’Ascq)
    Pour que perdure l’exigence culturelle à l’université.

    La fusion des universités bat son plein, mais, parfois, de manière malheureusement très technocratique. Depuis cinq mois, nous voyons se mettre en place des délocalisations mais aussi, ça et là, des gestions verticales où de nouveaux responsables semblent s’estimer les maîtres sans partage dans leurs domaines : ils ne se soucient alors ni des pratiques universitaires de concertation et de consultation, ni du respect de leurs collègues, ni de la reconnaissance due aux salariés, de leur expérience acquise à leurs postes, de leurs compétences et de leur investissement personnel dans le métier : c’est ainsi que des salariés se sentent considérés comme de simples variables d’ajustement devant se soumettre inconditionnellement aux nouveaux détenteurs de pouvoirs.

    Un cas exemplaire de cet état de fait est offert par la politique culturelle désormais mise en place à l’université : elle opère aujourd’hui sans concertation le démantèlement de ce qui faisait la richesse culturelle spécifique de chaque université. L’université de Lille 1, en particulier, avait construit un service culture unique en France, avec son équipe formée depuis vingt-cinq ans grâce aux efforts pionniers de Nabil El Haggar et Rudolf Bkouche. Un travail commun intense avait été initié avec la participation bénévole d’universitaires et l’implication financière de l’Etat, de la Région, de l’Université de Lille 1... Une politique cohérente et un rayonnement exceptionnel caractérisaient ce lieu de vie culturelle qu’a été "l’Espace culture", grâce à son équipe dévouée, sa revue "Les Nouvelles d’Archimède" – une référence dans l’espace de la francophonie -, ses cycles de conférences-débats organisés depuis 1993 avec des intellectuels de renom venant de tous horizons, ses séminaires, ses expositions sur le patrimoine scientifique, ses expositions artistiques réalisées en partenariats avec des structures culturelles et des artistes contemporains.

    Ce programme varié et foisonnant faisait appel à toutes les disciplines artistiques, culturelles et scientifiques : il était centré sur la mise en débats des sciences au sens large, de leurs applications et implications, sur l’ouverture de l’université vers la société, sur le développement de la réflexion critique des étudiants et de toutes les parties-prenantes de la vie universitaire, sur l’exigence de maintenir le lien entre culture patrimoniale et culture créative. Ces dernières années, la fusion de nos universités avait été anticipée, par l’enrichissement vers les sciences humaines et l’ouverture de nouvelles rubriques dans LNA, par la diversification des cycles, qui avaient connu un nouvel attrait du côté des étudiants. En un mot, la politique culturelle mise en oeuvre à Lille 1 visait la multidisciplinarité, en surmontant la tendance au cloisonnement des savoirs et à une conception purement utilitaire de leurs applications, afin de favoriser à l’inverse la réflexivité sur le sens des recherches menées, sur nos pratiques spécialisées tout comme sur notre rôle de citoyen.

    La fusion a amené aux responsabilités dans le domaine de la culture une VP et une directrice issues toutes deux de Lille3. Celles-ci ont pris depuis janvier une série de décisions : elles ont acté l’abandon des "Nouvelles d’Archimède", revue jugée "élitiste", exprimé la volonté de ne pas signifier officiellement au lectorat que le N° 77 était bien le dernier numéro de la revue, formulé par écrit au comité de rédaction et à l’ancien conseil de l’Espace culture l’interdiction de se réunir dans les locaux, supprimé les cycles de conférences-débats. En lieu et place, la nouvelle politique culturelle qui se profile viserait à promouvoir, au coup par coup, des animations auprès des étudiants. Ces responsables affirment ne faire qu’appliquer la volonté du Président de l’Université, alors que celui-ci (1) avait justement écrit un éditorial élogieux pour la revue dans le tout dernier numéro d’Archimède (n°77, p. 2) où il concluait :
    « (Notre) ouverture sur la société ne saurait être complète sans une politique culturelle forte. A ce titre, je souhaite qu’elle devienne un des marqueurs de l’identité de l’Université de Lille, qu’elle soutienne notre offre de formation, notre recherche et surtout qu’elle soit le socle de notre vie universitaire. Les Nouvelles d’Archimède, ce journal culturel et scientifique, à la croisée des disciplines, remplit pleinement ce rôle de catalyseur du savoir et d’ouverture sur la société. L’existence d’un tel média au sein d’une Université est une chance et nul doute qu’il fait partie de ces publications qui permettent de soulever la terre, pour paraphraser Archimède. ».

    A l’encontre des décisions nouvellement édictées, nous sommes convaincus que l’université ne peut se passer à la fois d’exigence intellectuelle et d’ouverture d’esprit. C’est pourquoi nous, universitaires, plasticiens, artistes, femmes et hommes de culture n’acceptons pas la violence faite aujourd’hui à la vie intellectuelle de notre université.

    Nous n’acceptons pas qu’une logique décisionnelle-opérationnelle vienne éradiquer vingt-cinq ans d’expériences culturelles menées en commun au sein de notre université.

    Pour que la question du sens de nos connaissances disciplinaires ne soit pas évacuée, pour que la réflexion critique puisse encore être favorisée en milieu universitaire, pour contribuer de nouveau à rendre moins étanche la séparation entre étudiants et enseignants-chercheurs, pour que nous puissions toujours nous considérer à la fois comme spécialistes et comme citoyens, nous avons décidé de fonder, avec des sociétés savantes présentes dans l’université, avec des partenaires culturels extérieurs, avec toutes les femmes et tous les hommes qui partagent ces convictions, une "Association L’Esprit d’Archimède" destinée à continuer le travail accompli et à amplifier les initiatives pour que l’université continue de rayonner aussi par la culture.

    Nous espérons pouvoir continuer à publier à terme "Les Nouvelles d’Archimède". Nous avons déjà reçu des témoignages de soutien :
    « Voilà plus de 13 ans, en 2005, que je venais pour la première fois sur le campus de la Cité Scientifique... Je me souviens très bien du ressenti que j’ai eu en découvrant l’Espace Culture et sa programmation : étonnée de découvrir un lieu de culture sur un campus universitaire de "sciences et technologies"... et également soulagée d’accéder aussi facilement à des conférences, des expositions, des spectacles ouverts à toutes et à tous, mais surtout aux étudiant-e-s, me permettant de m’aérer la tête après une journée de cours bien chargée. J’y ai trouvé régulièrement un bol d’air intellectuel m’amenant hors de ma discipline, m’invitant à en découvrir d’autres, à m’ouvrir vers d’autres horizons, au gré des différents cycles de séminaires et événements culturels aux thèmes variés, subtilement déclinés sous divers aspects. »
    « C’est avec surprise, déception, frustration et tristesse que j’ai appris la suspension « provisoire » ( ?) des Nouvelles d’Archimède. Mon mari et moi nous étions habitués à recevoir la revue quatre... fois par an. La qualité de ses articles, l’intelligence de sa conception et l’esthétique de sa forme en faisaient une publication scientifique et culturelle précieuse et courageuse. Rares sont les publications universitaires qui parviennent à être accessibles et exigeantes à la fois. C’est donc avec regret et une colère discrète que j’apprends son arrêt. »

    Nous vous vous invitons à exprimer à votre tour votre soutien et votre attachement à la Revue et à la politique qui était celle de l’espace culture en envoyant vos coordonnées à une adresse provisoire : celle de la section locale de la SFP (Société Française de Physique au P5bis).
    L’Association L’Esprit d’Archimède. Je soussigné (nom, prénom, adresse, courriel) désire être informé de la création de l’association.
    A envoyer à : SFP, bâtiment P5bis, Cité Scientifique, 59 655 Villeneuve d’Ascq Cedex ou à votre correspondant.