Tradfem

La collective TRADFEM est née en 2013 autour de plusieurs projets de traductions, en particulier le texte d’Andrea Dworkin « Je veux une trêve de 24 heures durant laquelle il n’y aura pas de viol ». Ce texte a été travaillé par un petit groupe de gens qui ont alors souhaité prolonger cette collaboration. Celle-ci s’est ensuite étendue avec l’arrivée de nouvelles personnes. Aujourd’hui (2016), la collective rassemble une dizaine de membres, qui ne sont pas nécessairement des professionnel.le.s de la traduction et qui s’y investissent selon leurs possibilités respectives. TRADFEM est mixte avec des personnes vivant en France, au Québec, en Espagne et en Allemagne.

  • #Emma_Gibson : À propos de ma compassion

    Quelqu’un vient de décider de me rayer de ses amies à cause de mon point de vue sur les enjeux transgenres (et du fait de l’avoir exprimé). Ça va ; j’ai déjà vécu des ruptures dans le cadre de ce débat. Et j’en vivrai encore… Mais un point m’a frappé. Cette personne m’a dit : « La compassion est un trait de caractère admirable. Réfléchis-y, s’il te plaît. »

    Et j’aimerais répondre à cette phrase, pour quiconque m’imagine comme une sorte de monstre. Mes propos ne sont pas destinés à cette personne (dont je me suis, de toute façon, désabonnée ici), mais à quiconque souhaite porter un jugement sur ma « compassion » ou sa prétendue absence. Et, oui, partagez ceci si vous voulez, mes sœurs. C’est public. Et j’en ai tellement ras le bol de cette accusation.

    Ma compassion va aux femmes qui fuient des agressions conjugales et sont forcées de partager un refuge avec un transgenre comme Daniel Muscato ou tout autre homme parce qu’il se déclare « femme ».

    Ma compassion va aux femmes qui se cachent actuellement dans des maisons d’hébergement, terrifiées à l’idée que leur ex-partenaire violent peut entrer à tout moment dans cet espace, sous prétexte qu’il s’identifie comme femme.

    Ma compassion va aux mères qui ont porté et ont donné naissance à leurs enfants et qui doivent maintenant céder la place à un mari exubérant de sa « transition » à l’occasion de la fête des Mères.

    Traduction : #Tradfem
    Version originale : https://madamnomad.com/2018/06/08/compassion

    #trans #compassion #refuge #sport #emploi

    • La formulation est vraiment nulle oui pour instaurer un dialogue, mais j’ai quand même compris ce passage comme le fait que la société genrée crée chez certaines personnes un mal-être insupportable (= une maladie donc) qui les pousse à se mutiler des membres, à avaler des produits chimiques possiblement dangereux à long terme, etc, car illes ne supportent plus leur propre corps, par rapport à ce que la société attend d’elleux. Techniquement ça ressemble donc bien à une maladie psychologique sociale (comme beaucoup de problèmes psychologiques d’ailleurs).

    • Ton éclairage me parle. Merci :-)

      Je dois gérer ces jours-ci un cas de harcèlement. Un manager qui se fait harceler par un membre de son équipe. Le manager ne peut plus mener une réunion technique : la réunion vire au n’importe quoi, le collaborateur glousse et ne fait aucune intervention technique. Par ailleurs, le manager ne peut plus s’adresser à une autre personne dans le bureau où le harceleur se trouve : le harceleur s’en mêle systématiquement et bruyamment, et toujours sur un mode revendicatif.

      Quand on s’attache à l’étiquette, on se dit que ça n’est pas possible. Un manager, c’est fait pour harceler. Et un collaborateur, c’est fait pour être harcelé.

      Comment reconnaître et traiter les comportements toxiques quand on ne se concentre que sur certaines « étiquettes » (on n’a jamais qu’une seule étiquette) des uns et des autres ?

      Ne me posant pas toutes ces questions de genre, j’avoue être désarmé pour suivre ces débats, le vocabulaire, et toutes ces considérations. J’ai lu le texte comme un appel à se poser la question de qui est la victime (quand il y en a une). Et la victime, ce n’est pas forcément le-la trans. Mais comme tu le dis à ton tour, ce n’est pas forcément la femme, non plus. Et si des groupes souhaitent une non-mixité stricte, je ne vois pas non plus ce qu’il y a à redire... on a l’impression d’en revenir aux débats où les masculinistes et les racistes trouvent à redire sur les réunions non-mixtes.

      Bref...

    • @aude_v Si je peux me permettre, il faut surtout lire celui-ci https://www.cairn.info/revue-critique-2011-1-p-87.htm je crois. Et celui proposé par @mad_meg en complément.
      Je le mets ici https://lstu.fr/rjJxZ6ha puisqu’il y a un mur...
      Et le propos de #Priscille_Touraille c’est de dire : rendons l’analyse féministe plus solide sur le plan théorique en prenant vraiment en compte ce que la biologie nous dit de l’humanité. Et donc elle critique, en amie, d’un côté le postmodernisme de #Judith_Butler et, de l’autre, le matérialisme de #Christine_Delphy en montrant leurs limites quand il s’agit de la chose biologique. Sa thèse (à Touraille) sur la différence de stature entre hommes et femmes explique qu’il existe un faisceau de preuves montrant que cette différence proviendrait des régimes de genre patriarcaux de nos sociétés passées qui auraient produit cette évolution (via l’alimentation).
      Perso, depuis que j’ai lu Touraille, je n’ai jamais rien croisé d’aussi pertinent pour bien comprendre ce qu’on entend par « genre » (et tout ce que ça entraîne politiquement itou). J’ai vraiment hâte de lire ses prochains travaux.

    • Un début de réponse se trouve dans son article sur la pilosité, justement :

      Même si le dimorphisme de crinière bien connu chez les lions ( Panthera Leo ) laisse a priori penser qu’un tel phénomène est habituel, une différenciation sexuée de la distribution pileuse n’est pas si fréquente chez les mammifères. Pour qu’elle apparaisse – en tant que caractéristique statistiquement significative –, il faut la réunion de deux conditions. En premier lieu : que des variations génétiques ayant la propriété de ne s’exprimer que chez les mâles ou les femelles se manifestent . En deuxième lieu : qu’elles soient sélectionnées. Et – élément décisif – de telles variations ne peuvent apparaître que si les pressions de sélection s’exercent différemment sur les mâles et les femelles. [...]

      Il a fallu – dans les populations où l’on imagine que des hommes aux phénotypes pileux sont apparus – que leurs descendants aient plus d’enfants que les glabres, et que les pressions se maintiennent dans le même sens. De quelle manière cela a-t-il pu se faire ? Des idéologies différenciatrices, d’un côté du féminin imberbe, de l’autre du masculin poilu, sont tout à fait à même de sélectionner les variations pour créer un dimorphisme. [...]

      La corrélation génétique paraissant relativement importante sur ce type de caractère, il est biologiquement impossible d’avoir à la fois des hommes « normalement » poilus et des femmes répondant à des critères drastiques de glabreté, d’où « la peine infinie » – selon l’expression de Darwin – que certaines femmes dans les pays occidentaux et proches-orientaux se donnent pour éradiquer leurs poils. [...]

      La question reste à creuser : dans les populations où le poil est érigé en marqueur biologique de la différenciation sexuelle, on observe un dimorphisme sexuel de la distribution pileuse, tandis que là où la glabreté semble être un critère d’« humanité » partagé au même titre par les hommes et par les femmes, aucun dimorphisme ne semble se manifester.

      L’article ici : https://lstu.fr/KBxC8YJH
      « Des poils et des hommes. Entre réalités biologiques et imaginaires de genre eurocentrés », Cahiers d’anthropologie sociale n° 6 « Poils et sang » : 27-42 (2010).

      J’imagine qu’on peut trouver plus de précisions sur les variations génétiques ayant la propriété de ne s’exprimer que chez les mâles ou les femelles dans des ouvrages de vulgarisation sur les mécanismes de l’évolution... (ça devient vite très compliqué pour les non scientifiques, dont je suis :)).