• Affaire Benalla : quand la « bande d’Alexandre » suit Macron à l’Elysée
    https://www.lemonde.fr/emmanuel-macron/article/2018/07/20/affaire-benalla-quand-la-bande-d-alexandre-suit-macron-a-l-elysee_5334111_50

    Ce soir de printemps 2017, derrière la tribune, le jeune homme veille pour la première fois de sa vie sur un président de la République. Un Graal, à 25 ans. Quelques jours plus tard, le voilà à l’Elysée comme adjoint au chef de cabinet – une formule floue qui signifie qu’il s’occupe désormais du quotidien du président. Il dispose d’un bureau et d’une voiture de fonction.

    Le teaser de l’autrice est attirant, sur le virilisme de la sécurité macronienne, mais c’est derrière #paywall.

    Au SO, chacun son surnom : autour d’« Alex », il y a « Momo Testo » (pour « testostérone »), « Kamel Judoka » ou encore « Barbiche ». Sur une messagerie privée, Benalla résume ce que lui inspirent les consignes des policiers : ils n’ont qu’à « se faire enculer. »

    • Benalla, jugé pour violences et relaxé en 2016 - L’Express
      https://www.lexpress.fr/actualite/societe/fait-divers/benalla-deja-juge-pour-violences-en-2016_2026833.html

      Nous sommes en août 2015, et Alexandre Benalla, qui n’est pas encore ce jeune chargé de la sécurité d’Emmanuel Macron, fait l’objet d’une plainte déposée au commissariat de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine).

      Une femme, probablement membre de sa famille, l’accuse de « violences volontaires ayant entraîné une incapacité temporaire de travail (ITT) supérieure à 8 jours ». Le 18 mars 2016, la 12e chambre correctionnelle du tribunal de Nanterre juge celui qui deviendra quelques mois plus tard conseiller au Palais de l’Élysée. Une décision de relaxe a été rendue, sans que les motifs du jugement en explicitent les raisons.

      #viril

    • Affaire Benalla : quand la « bande d’Alexandre » suit Macron à l’Elysée

      Autour d’Alexandre Benalla s’était formée une équipe soudée qui ne quitte jamais le sillage du président.

      Un léger signe, discret, derrière une colonne. Un regard, un geste pour indiquer le chemin à suivre. Le 7 mai 2017, Emmanuel Macron fête sa victoire dans la cour du Louvre. Il marche dans la nuit, solitaire, au son de L’Hymne à la joie. Dans l’ombre, un homme accompagne ses pas jusqu’à l’estrade où il va prononcer son premier discours de chef d’Etat. Au pied de l’escalier de fer, le président tout frais élu abandonne sur sa gauche le guide de cette longue marche prési­dentielle, un homme brun de 25 ans qui s’éclipse en coulisse : Alexandre Benalla.

      Ce soir de printemps 2017, derrière la tribune, le jeune homme veille pour la première fois de sa vie sur un président de la République. Un Graal, à 25 ans. Quelques jours plus tard, le voilà à l’Elysée comme adjoint au chef de cabinet – une formule floue qui signifie qu’il s’occupe désormais du quotidien du président. Il dispose d’un bureau et d’une voiture de fonction.

      Quoique simple gendarme de réserve et alors que son expérience se limite à des missions de sécurité privée, le voilà chargé de superviser la protection d’Emmanuel Macron. Une étrangeté, puisque c’est d’ordinaire le groupe de sécurité de la présidence de la République (GSPR) qui est chargé de la sécurité du chef de l’Etat. Benalla et les hommes du GSPR (policiers et gendarmes) traitent désormais d’égal à égal. Non sans rivalités, de plus en plus aiguisées.

      « M. Sécurité » d’Emmanuel Macron

      Dès l’été 2017, le nouveau « M. Sécurité » d’Emmanuel Macron accompagne le couple présidentiel dans la France entière : à vélo sur la route de la Corniche dans la station balnéaire du Touquet, le berceau de Brigitte Macron, sur les pistes de La Mongie, au cœur des Pyrénées, durant l’hiver. Mais aussi au Salon de l’agriculture, étape obligée des présidents français, ou dans l’Orne, pour sécuriser le village de Berd’huis avant le « 13 heures » de Jean-Pierre Pernaut, sur TF1, en avril. Autour de Benalla, d’autres personnages discrets de la campagne d’Emmanuel Macron qui ont, comme lui, suivi le candidat à l’Elysée après la fameuse soirée à la Pyramide du Louvre.

      L’équipe s’est formée pas à pas, entre la création d’En marche !, au printemps 2016, et la déclaration officielle de candidature, en novembre. La « bande d’Alexandre », comme l’appelle l’entourage du président, s’est soudée dans cette campagne électorale inédite dans l’histoire de la Ve République : un simple ministre, jamais élu, sans solide appareil derrière lui, porté au sommet de l’Etat.

      Emmanuel Macron installe son siège de campagne dans un immeuble de la rue de l’Abbé-Groult, dans le 15e arrondissement de Paris. Les « cerveaux » sont regroupés au sixième étage, les « gros bras » au quatrième. Le sixième, c’est l’étage d’Emmanuel Macron, « le chef ». Le quatrième, c’est celui d’Alexandre Benalla et du SO, le service d’ordre. « Alexandre était le seul à avoir accès au sixième », raconte un occupant du quatrième.

      Au quatrième, on croise Christian Guédon, un ancien officier du GIGN, responsable de la sécurité d’En marche ! aux débuts du parti – un de ces visages anonymes qu’on aperçoit, à la télévision, dans le sillage du président. Et puis Pierre-Yves Baratier, un ancien militaire reconverti dans la « protection rapprochée », et Vincent Crase, un officier de réserve de la gendarmerie, chargé de la sécurité de l’immeuble. Crase, c’est cet homme que l’on retrouve avec Alexandre Benalla, le 1er mai, place de la Contrescarpe, face à des manifestants qui les prennent pour des policiers.

      Armoire à glace

      Crase et Benalla se connaissaient bien avant de travailler ensemble pour le candidat Macron. A la veille des révélations du Monde, le premier nous assurait à peine connaître le second. En réalité, Crase a été le supérieur de Benalla avant de devenir son collaborateur dans la campagne. Selon des documents que nous nous sommes procurés, le capitaine Crase a dirigé en 2009 le stage de formation du gendarme réserviste Benalla, et a même signé l’attestation l’autorisant à manier un « pistolet automatique MAS G1 S ». Ils ne se sont plus perdus de vue. En 2016, au moment où se créait En marche !, les deux hommes ont fondé ensemble une éphémère Fédération française de la sécurité privée, qui, selon Vincent Crase, n’a « jamais eu d’activités ».

      Cette équipe du quatrième étage, on la retrouve aujourd’hui dispersée entre l’Elysée et le siège de La République en marche, mais toujours soudée. Au siège du parti présidentiel, Pierre-Yves Baratier et Vincent Crase dirigent la sécurité. Christian Guédon, lui, a retrouvé la gendarmerie et a suivi Emmanuel Macron à l’Elysée. Il est devenu l’une des « épaules » du chef de l’Etat – en jargon de garde du corps, celui qui reste collé juste derrière l’homme à protéger.

      C’est lui qu’on aperçoit dans une séquence filmée en janvier par « Quotidien », l’émission de TMC présentée par Yann Barthès. On y a rarement vu aussi nettement la proximité, voire la familiarité liant le président et ceux qui le protègent. Lors d’un déplacement, Emmanuel Macron signe des autographes en se moquant de Christian Guédon. Le garde du corps répond par un « enfoiré ! » et un « salaud ! », le président rit à gorge déployée.

      Ce sont les piliers de l’équipe hétéroclite qu’Alexandre Benalla a recrutée au siège de campagne. On y retrouve des gardes du corps expérimentés et des novices comme « Makao », l’armoire à glace qui a tant intrigué les médias pendant la campagne présidentielle avant de réapparaître sur les écrans en candidat de l’émission de télé-réalité « Secret Story ». C’est Alexandre Benalla qui aurait repéré et recruté ce « marcheur » ultra baraqué lors d’un déplacement du candidat Macron. Le SO peut aussi compter sur les vigiles de la société de sécurité privée Tego, recrutés pour sécuriser de nombreux meetings et déplacements, ainsi que sur les « helpers » – les bénévoles, en langage interne.

      « Infos inutiles »

      Au SO, l’ambiance est moins policée que dans le reste de l’équipe de campagne. A chacun son surnom : autour d’« Alex », il y a « Momo Testo » (pour « testostérone »), « Kamel Judoka » ou encore « Barbiche ». On croise aussi le chien de Vincent Crase. L’animal et son maître ont élu domicile le temps de la campagne dans une chambre aménagée au quatrième étage. Christian Guédon, l’ancien du GIGN, laisse parfois traîner dans les bureaux son Glock, un pistolet automatique.

      « Dans l’équipe, il y avait aussi quelques amis d’Alexandre plus “racailles”, on les appelait “les vigiles de boîtes de nuit” », raconte un ancien du SO. Un jour, ils se seraient même disputés avec un bénévole et lui auraient jeté une bouteille au visage. Le sixième étage n’en a rien su. « Alexandre considérait qu’il ne fallait pas remonter les infos inutiles au chef, explique un témoin. Il savait que Macron, attaché à la probité, allait surréagir. »

      Alexandre Benalla aime – déjà – jouer au policier. Il a l’idée de louer des monospaces Ford Galaxy bleu foncé, identiques à ceux utilisés par le groupe de sécurité de la présidence de la République. Il les fait équiper de gyrophares bleus, en théorie réservés aux forces de l’ordre (en juillet 2016, lorsqu’il était « chef de cabinet » du délégué interministériel Jean-Marc Mormeck, sans salaire – mais avec carte de visite –, il avait déjà négocié un gyrophare et un pare-soleil « police » pour le délégué interministériel pour l’égalité des chances des Français d’outre-mer).

      Pied sur l’accélérateur, on conduit « le chef » ou ses conseillers à leurs rendez-vous et aux meetings. Un passager se souvient d’un convoi emmenant le candidat sous la pluie vers un meeting dans l’est de la France, avec des pointes à 200 km/h : « A un moment, la voiture du “chef” a fait de l’aquaplanning sur l’autoroute, on s’est calmés. » Benalla tient aussi à équiper lui-même ses hommes. « On avait des gazeuses [des bombes lacrymogènes] de 400 ml, des grenades de dispersion, des matraques télescopiques en plastique, liste l’un d’eux. Ces armes nécessitent des autorisations qu’on n’avait pas toujours. »

      « Macron, une fois qu’il fait confiance, il n’y a plus de contrôle »

      En novembre 2016, Emmanuel Macron déclare enfin sa candidature. Il a désormais droit à une protection fournie par l’Etat. Le SO doit coordonner ses « missions » avec quelques policiers du service de la protection (SDLP) affectés à la campagne. Alexandre Benalla défend ses prérogatives. Dans des échanges entre membres du SO sur une messagerie privée, consultés par Le Monde, il résume ce que lui inspirent les consignes des policiers : ils n’ont qu’à « se faire enculer ». « Macron est un vrai entrepreneur donc il sait déléguer, mais une fois qu’il fait confiance, il n’y a plus de contrôle », analyse un ancien du service d’ordre de 2016, qui réclame comme tous les autres l’anonymat : « Dans la sécurité, tout le monde se connaît, personne ne tient à perdre son job. »

      Le 4 juin, pour fêter le premier anniversaire de sa victoire, Emmanuel Macron a invité à l’Elysée près de trois cents anciens piliers et petites mains de sa campagne. Les anciens du service d’ordre étaient présents, en masse. Alexandre Benalla les a accueillis, comme s’il était un peu chez lui. Il venait tout juste d’être père. Les violences de la Contrescarpe, le mardi 1er mai, et la discrète « suspension » de quinze jours signifiée par le directeur de cabinet d’Emmanuel Macron n’avaient pas fuité hors de l’Elysée. Pour lui, la fête était vraiment complète.

      Après leurs sanctions légères, Alexandre Benalla et Vincent Crase ne se sont pas cachés. Au contraire : au défilé du 14-Juillet sur les Champs-Elysées, on pouvait les croiser dans la tribune officielle, pas loin du « chef ». Parmi les invités, Vincent Crase, qui avait revêtu pour l’occasion son uniforme et ses galons d’officier de gendarmerie. Benalla, lui, assurait la sécurité de la tribune et des invités. C’était six jours avant sa garde à vue et son licenciement par l’Elysée.

    • « Alexandre considérait qu’il ne fallait pas remonter les infos inutiles au chef, explique un témoin. Il savait que Macron, attaché à la probité, allait surréagir. »

      Alexandre Benalla aime – déjà – jouer au policier. Il a l’idée de louer des monospaces Ford Galaxy bleu foncé, identiques à ceux utilisés par le groupe de sécurité de la présidence de la République. Il les fait équiper de gyrophares bleus, en théorie réservés aux forces de l’ordre

      « On avait des gazeuses [des bombes lacrymogènes] de 400 ml, des grenades de dispersion, des matraques télescopiques en plastique, liste l’un d’eux. Ces armes nécessitent des autorisations qu’on n’avait pas toujours. »