• Laos : pour un moratoire sur les barrages hydroélectriques - Asialyst
    https://asialyst.com/fr/2018/07/30/laos-pour-moratoire-barrages-hydroelectriques

    Le 23 juillet dernier, la rupture du barrage de Xe Pian-Xe Nam Noy dans le sud du Laos, engloutissait sept villages. Le bilan des victimes n’est pas encore définitif – au moins 26 morts et plus d’une centaine de disparus. Dans un pays où l’édification des barrages se multiplie à une vitesse effrénée, la catastrophe rappelle au gouvernement développementaliste de Vientiane et aux promoteurs étrangers que personne ne doit sous-estimer la gravité des dangers liés à la construction de grands projets d’infrastructures. Au Laos, cette stratégie volontariste inquiète forcément en raison de la nature du régime laotien, où la corruption et le clientélisme jouent un grand rôle dans la gestion du pays et l’exploitation des ressources. Mais d’autres facteurs entrent en jeu comme le poids géopolitique et géoéconomique des pays voisins (Chine, Thaïlande ou Vietnam). Sur le terrain, le développement hydroélectrique heurte toujours plus l’environnement et les populations locales, les grands oubliés de cette politique à tout crin.

    #Laos #barrage #eau cc @cdb_77

    • Il y a une dizaine d’années, en m’installant en Asie du Sud-Est, et donc en passant par le Laos, j’ai pu constater l’influence de l’argent Chinois sur la région. Déjà à l’époque, on parlait de barrages, de guerre du Mékong, de course aux resources et des transformations que cela entraînait au sein des populations pauvres.

      Quelque chose me dit que ce n’est que le premier incident d’ampleur d’une longue suite.

    • J’avais oublié que je l’avais posté à part, le texte aborde la question plus générale de la santé éco, politique et sociale du Laos.

      Cette dégradation spectaculaire de la marge de manœuvre des groupes associatifs, notamment sur les questions environnementales, a commencé à s’intensifier lorsque le pays a officiellement expulsé le 9 décembre 2012, après 48 heures de préavis, Anne-Sophie Gindroz, la responsable de l’ONG suisse Helvetas. (...)

      Si l’expulsion est passée pratiquement inaperçue – sauf dans le monde du développement présent au Laos et quelques quotidiens suisses -, la disparition mystérieuse de l’activiste laotien Sombath Somphone, le 15 décembre 2012, soit six jours plus tard, l’a été beaucoup moins. En effet, Sombath Somphone n’est pas n’importe qui. Lauréat en 2005 du Prix Ramon Magsaysay, considéré comme le prix Nobel asiatique, dans la catégorie « Leadership communautaire », c’est une personnalité éminente de la société civile laotienne. Militant écologiste, défenseur des communautés rurales et des paysans les plus pauvres du Laos, voilà une figure mondialement reconnue par ses pairs. Arrêté sur une grande artère de Vientiane par des policiers de la circulation lors d’un contrôle de papiers, Sombath Somphone été emmené dans une camionnette blanche par des individus non identifiés.

      Loin d’annoncer le déclin de l’État-parti, la libéralisation économique associée à l’ouverture progressive du pays aux investisseurs étrangers a facilité la reconversion d’une partie des élites politiques et militaires urbaines et provinciales en entrepreneurs privés. Une reconversion facilitée par une administration décentralisée. Résultat : un système de clientélisme qui renforce les alliances entre le monde politique et le monde des affaires. Les pratiques dans le marché en pleine expansion de l’exploitation des ressources naturelles et des terres (hydroélectricité, mines, bois ou cultures de rente) sont marquées par la collusion entre le pouvoir politique, administratif et le milieu économique. Elles entraînent un détournement important des biens publics. Dans le classement établi en 2017 par l’ONG Transparency International, le Laos occupe le 135ème rang parmi les 180 pays et territoires évalués sur leur niveau de corruption.

      Malgré des progrès, salués notamment par la Banque mondiale (associée à la construction du barrage de Nam Theun 2), la politique hydroélectrique de Vientiane se heurte désormais à la résistance des populations locales, au manque de territoires où réinstaller les populations déplacées et depuis le lundi 23 juillet à l’effondrement d’un barrage en construction. Cette catastrophe technique et humaine démontre qu’un moratoire suspendant les projets de barrages hydroélectriques en phase de construction ou de planification s’impose. Si hier, la politique hydroélectrique laotienne répondait aux besoins de ses voisins (et de ses élites urbaines), elle doit prendre, aujourd’hui et demain, le risque de mettre au centre de ses préoccupations le bien-être et la sécurité de sa population rurale.

      Par Eric Mottet