Philippe De Jonckheere

(1964 - 2064)

  • Je viens de supprimer un de mes articles de la série De La Dyslexie Créative. Je le fais par souci d’apaisement. A vrai dire je ne vois pas bien ce que l’on pourrait me reprocher sur cet article. En tout cas pas ce que je lis ici ou là. Pour la bonne mesure j’ai également supprimé les commentaires, qui sont, à mon avis , davantage la source de la polémique que le contenu de mon article.

    Je déteste devoir faire ce que je viens de faire, une certaine forme de censure, d’autocensure même, et je crois que je déteste encore plus ce que je vais faire après ce saut de paragraphe, me justifier.

    La Dyslexie creative est une tentative quotidienne de reprendre à l’écriture ce que mes propres difficultés de lecture produisent et qui est parfois singulier. Pour ma seule gouverne c’est un petit exercice écriture qui est excellent, cela me sert souvent le matin d’échauffement et cela me permet justement de me concentrer et, partant, de lire de façon plus exacte.

    J’ai tenté d’en faire une blague et une petite création. Il s’agissait d’autodérision. D’autres, que je considère comme nettement plus talentueux que moi, tels que @ericw, @vanderling, @odilon, @sombre, @biggrizzly, @corinne2 (et d’autres contributeurs et contributrices plus irrégulières) ont trouvé à leur goût de s’engager dans ce petit chemin et je pense qu’il n’est pas faux de dire que toutes et tous ici y ont parfois trouvé un certain contentement de lecture et par ailleurs quand les trouvailles étaient vraiment bonnes, cela a permis de jeter un jour sur certains impensés politiques, ce qui n’est jamais inutile.

    Il faut, à mon avis, des raisonnement singulièrement capillotractés pour voir dans cela une moquerie spécifiquement tournée les dyslexiques, ce qui d’ailleurs relèverait d’une forme inédite de perversion pour laquelle je ne doute cependant pas qu’il doit exister un mot en Allemand pour ça.

    A la maison nous sommes deux à être dyslexiques, Zoé et moi. Nous tentons souvent d’en rire. Et pour Zoé c’est tout à fait salutaire. Et ses blagues à elle sur le sujet sont vraiment drôles, l’une de mes préférées étant que le mot dyslexie a été conçu pour faire chier les dyslexiques, de même Etre dyslexique et s’appeler De Jonckheere, toujours de Zoé me fait beaucoup rire.

    Pour ma part j’ai découvert avec la dyslexie de Zoé que je l’étais, et que je l’avais toujours été mais que je n’avais jamais été diagnostiqué et que ma dyslexie n’avait jamais été prise en compte ni remédiée par quelque orthophoniste. Et comme celle de Zoé me l’a expliqué, il serait même dangereux de faire quoi que ce soit aujourd’hui pour tenter de l’endiguer parce que ce serait courir le risque de fragiliser les stratégies que j’ai mises en place plus ou moins consciemment pour palier cette difficulté singulière à la lecture.

    Comme je l’ai déjà expliqué ici, parce que Zoé avait très envie de lire un de mes livres et qu’à la différence d_Une Fuite en Egypte_, mon deuxième roman, Raffut pouvait être lu par mes enfants sans gêne j’ai mené une intense campagne de persuasion de mon éditeur pour que ce dernier accepte le principe d’une composition du livre plus accessible aux dyslexiques, non seulement ce dernier a eu le courage d’accepter cette idée, mais devant la beauté du résultat (je parle de la composition, pas du livre, pitié !), il a décidé de généraliser dorénavant cette maquette à tous les livres de la collection.

    Il m’arrive parfois de me demander et de spéculer sur la personne que je serais si ma dyslexie avait été prise en charge.

    Et puisque nous sommes dans un numéro curieux pour moi de justification, parmi les utilisations marginales que je fais du merveilleux outil qu’est Seenthis, il y a celui de brouillon en ligne. Seenthis est avant tout pour moi un lieu de lecture et d’apprentissage, j’y découvre mille choses, de temps en temps je tente d’y injecter un peu de ma propre connaissance, contribuant à ce que j’estime être de l’intelligence collective. Mais depuis l’année dernière, depuis que je ne travaille plus sur mon site Désordre, il me manquait cet espace de brouillon et de bloc-notes que j’avais avec Désordre. J’ai généralisé cette utilisation, j’ai tenté de le faire prudemment et dans le respect des personnes qui suivent mon travail.

    C’est aussi pour cette raison que j’ai effectivement bloqué certaines personnes, parce que leurs commentaires avaient la vertu de créer du bruit dans ce travail de brouillon (ce qui ne m’aide pas quand je passe au propre). Il n’y a rien de personnel à cela. Je lis même les contributions des rares personnes que j’ai bloquées par ailleurs, souvent à mon profit. Par correction je n’interfère par dans leurs propres fils et travaux. Je crois même que @reka a un jour expliqué qu’il avait bloqué telle ou telle personne parce que ses contributions étaient trop nombreuses chaque matin et que cela créait une difficulté de lecture dans son fil pourtant pléthorique.

    Il est possible que je sois bloqué par certaines et certains d’entre vous (à vrai dire je n’en sais rien et je m’en moque un peu) et je ne peux pas dire que cela me fasse quoi que ce soit.

    En faire un casus belli est incompréhensible par moi.

    Je ne me moque pas des dyslexiques.

    La cible préférée de ma moquerie, c’est moi-même, parce que nombreuses sont les occasions pour moi dans une seule journée de me trouver ballot, maladroit, ridicule, inculte, naïf et, donc, dyslexique, et même stupide et que cela me fait rire. Et je préfère en rire.

    • Peut-être qu’une seule ligne de dyslexie_créative aurait suffit à propos de la quéquette à Gérard. Je suis resté dubitatif en entendant cette info à la radio. Je ne tague pas toutes les dyslexies mais je les lis toutes et ça m’amuse. Plus que ta suite dyslexique sur Depardieu et ses déboires. Les réactions, aussi justifiées soient-elles - ton seen ne méritait pas une telle bronca. Parfois j’hésite à passer certains titres à la moulinette dyslexique car même dans Le Monde (devrais-je dire surtout dans Le Monde) certains articles ne me font pas rire du tout.
      Maintenant si ce viol sur une gamine de 20 ans est véridique, Depardieu n’a plus qu’à se flageller sous le soleil de Satan.

    • @vanderling

      Peut-être qu’une seule ligne de dyslexie_créative aurait suffit à propos de la quéquette à Gérard

      Oui, sans doute. J’aurais du garder la meilleure et jeter les autres. L’effet cahier de brouillon ici n’est peut-être pas le meilleur.

      ton seen ne méritait pas une telle bronca

      Je ne le pense pas non plus, mais je préfère tout retirer pour ne blesser personne.

      En fait il y a deux jours, j’en ai fabriqué une qui était à mes yeux plus monstrueuse (sur un tout autre sujet, il y était question de tortues) et j’ai hésité un long moment avant de cliquer sur « envoyer » (et après l’avoir beaucoup maquillée).

      certains articles ne me font pas rire du tout.

      Aucun en fait. En ce qui me concerne. Et il y a quelques sujets avec lesquels je refuse de jouer, les réfugiés par exemple. Et quand ça devient méchant, je fais en sorte que cela le soit chaque fois pour les puissants et puissantes.

      Bon je vais lire les vôtres (et me délecter) quelques jours avant de rentrer à nouveau dans la mêlée dyslexique. Un peu de recul peut faire le plus grand bien.

    • @aude_v

      Je prends tes exercices, Philippe, et ceux des commères et compères, pour tout autre chose qu’un refus de s’engager. Je les prends comme une réaction vitale devant le spectacle matinal et accablant des nouvelles du monde. Une manière de rire tout en en ayant quelque chose à faire. Pas comme les clowns dégagés.

      En tout cas on essaye. Et des fois on se plante. Et je pense que cela doit être pareil pour les collègues. Ce dont je ne souhaite convaincre personne, pas même lesdits et dites collègues.

    • Je ne l’ai pas lu le billet en question, lu son commentaire après avoir lu le billet posté en réaction par magmed. Si je joue (rarement en ce moment par manque de temps) à la #dyslexie_créative c’est pour ces raisons que vous évoquer @philippe_de_jonckheere et @aude_v. Mais je me suis toujours refusée de faire ces petits exercices à partir de titraille parlant de viols et de harcèlement sexuels, y compris lorsque cela pouvait donner quelque chose tout à fait à propos.