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  • Education : « Un des éléments statistiques que je préfère, c’est la dépense publique par élève » - Libération
    http://www.liberation.fr/france/2018/09/11/education-un-des-elements-statistiques-que-je-prefere-c-est-la-depense-pu

    Eric Charbonnier, expert des questions d’éducation à l’OCDE, livre son analyse sur le dernier rapport « Regards sur l’éducation ».

    Voilà de quoi alimenter les débats (très vite enflammés) sur notre système éducatif. L’OCDE publie la 27e édition de son pavé annuel, Regards sur l’éducation, comparant tout ce qu’il est possible de comparer entre les systèmes éducatifs de ses 36 pays membres mais aussi de l’Afrique du Sud, de l’Arabie saoudite, de l’Argentine, du Brésil, de la Chine, de la Colombie, du Costa Rica, de la Fédération de Russie, de l’Inde et de l’Indonésie. Au total, 486 pages de tableaux et de graphes, où il est question de dépenses publiques, scolarisation des tout-petits, rémunération des enseignants, statut des chefs d’établissement… Le point de vue d’Eric Charbonnier, analyste français, à la direction de l’éducation de l’OCDE.

    Vos publications, à commencer par l’enquête #Pisa publiée tous les trois ans, ont à chaque fois un fort retentissement médiatique, et donc politique. Comment l’expliquer ?

    Les comparaisons internationales ont pris de l’importance dans tous les pays, ce n’est pas propre à la France. C’est relativement nouveau. Il y a trente ans, les pays se comparaient beaucoup moins. Les choses ont commencé à changer avec la première enquête Pisa, au début des années 2000. Elle a cassé des idées reçues. Jusqu’ici, on avait coutume de vanter les systèmes éducatifs français et allemands. Pisa est venu montrer que c’étaient en fait des systèmes très inégalitaires, et qu’il existait de bonnes pratiques ailleurs : en Finlande par exemple, au Royaume-Uni ou encore en Estonie. L’Allemagne a réagi rapidement, prenant en compte nos travaux et nos recommandations. Cela a mis plus de temps en France où on a d’abord commencé par critiquer notre méthodologie, avant de commencer à bouger il y a dix ans.

    Quelles informations apporte ce nouveau tome de Regards sur l’éducation sur notre système éducatif ?

    Un des éléments statistiques que je préfère observer, c’est la dépense publique par élève. La France dépense en moyenne 15% de moins pour les élèves en élémentaire que dans les autres pays de l’OCDE. En revanche, l’enveloppe dévolue au secondaire est 35% plus élevée en moyenne que les autres pays de l’OCDE. Les chiffres parlent d’eux-mêmes.

    Ces chiffres par exemple, sont les mêmes depuis des années, alors que les gouvernements successifs répètent qu’ils mettent le paquet sur le primaire…

    C’est vrai. Les données étaient les mêmes en 2012. En partie, parce que pendant ce temps-là, les autres pays continuent d’investir plus dans le primaire, vu que toutes les études montrent que c’est en agissant dès les premières années de scolarité que l’on peut combattre les inégalités.

    Dans votre note sur la France, vous évoquez la scolarisation des enfants de trois ans, où la France est là bien classée.

    La France est en tête : quasiment tous les enfants vont à l’école dès trois ans, contre une moyenne de 76% dans l’OCDE. Annoncer la scolarisation obligatoire c’est bien, mais dans les faits cela ne change rien. Il y a en revanche de gros progrès à faire pour améliorer la qualité de l’enseignement en maternelle, notamment le taux d’encadrement. En maternelle, on a un professeur pour 23 élèves, soit 8 de plus que la moyenne des pays de l’OCDE. Dans nos travaux, on insiste beaucoup sur la qualité de l’enseignement, c’est une donnée très importante pour lutter contre les inégalités. Les politiques publiques ne doivent pas se contenter d’être axé sur la quantité. C’est la même chose pour l’enseignement professionnel.

    C’est-à-dire ?

    La France investit plus d’argent que les autres pays de l’OCDE dans la filière professionnelle. En revanche, elle reste encore beaucoup trop une voie de garage pour ceux qui décrochent. Là encore, les statistiques sont éloquentes : 87% des élèves en filière professionnelle ont des parents qui n’ont pas de diplôme de l’enseignement supérieur, contre 51% dans les filières générales. Il faut déplacer le débat et avoir aujourd’hui une vraie réflexion sur la qualité de la voie professionnelle.

    Vous pointez aussi la faible reconnaissance du travail de directeur ou directrice d’école, ce qui fait d’ailleurs écho à un débat actuel en France.

    Nos indicateurs sont préparés longtemps en avance, bien en dehors du temps politique. Certains résonnent avec les débats en cours, comme celui des directeurs d’école. C’est une bonne chose, mais ceci dit, on soulève le problème depuis dix ans. En France, un directeur d’école en France gagne à peine 7% de plus que ses collègues enseignants en élémentaire. Ils sont fatalement moins payés chez nous qu’ailleurs. Dans les autres pays de l’OCDE, l’écart de salaire entre enseignant et directeur est en moyenne de 40%. Au-delà de la rémunération, la question de leur rôle et donc de leur statut se pose. Même chose pour les chefs d’établissement au collège et lycée. En France, leurs missions se résument à des questions de disciplines et de budget.

    Vous êtes en train de dire qu’il faudrait laisser plus d’autonomie aux établissements, une idée que défend le ministre Blanquer ?

    Il faut être prudent avec ce mot « autonomie » qui suscite toujours de vives réactions, surtout en France. Je pense qu’il serait intéressant de réfléchir au rôle des chefs d’établissement à l’égard des équipes. Il y a une réflexion à engager. Sur ce sujet comme sur d’autres, l’idée n’est pas de reproduire à l’identique ce qui se fait ailleurs, mais d’avoir une idée précise des politiques qui sont menées et de la façon dont les pays réagissent à des difficultés semblables aux nôtres. Ces comparaisons permettent d’avoir des éléments de réponse sur les façons d’intervenir.
    Marie Piquemal

    Tableau de données chiffrées dans l’article même.

    #école #OCDE #éducation #