• Qui diffuse le mieux les mythes autour du #podcast ? C’est la #radio ! Voilà que la #BBC sort les « Onze commandements du podcast » et que [edit] un journaliste de [/edit] #RFI les traduit, plus précisément de L’Atelier des médias... dont le producteur a aussi monté une école (gratuite) de production de podcasts (voir son manifeste là -> https://medium.com/@ziadmaalouf/manifeste-transmission-9a9cdf9d515d) :

    https://www.youtube.com/watch?v=4oKcLygAf94

    Pourquoi des mythes ? J’en cause ici : http://syntone.fr/il-etait-une-fois-le-podcast-1-faire-table-rase.

    Pourquoi la radio joue-t-elle ce rôle ? Le podcast semble être, bon gré mal gré, un bon outil marketing pour « accompagner » (justifier et couvrir) le démantèlement du service public radiophonique et la libéralisation de la production audio. On fait croire qu’on réinvente la création sonore, au moment même où on (parfois les mêmes personnes au sein de la radio, parfois d’autres) détruit les conditions communes de l’expérimentation, de l’invention, de l’ouverture à de nouvelles écritures (voir par exemple https://seenthis.net/messages/718381). On préfère d’ailleurs parler d’#innovation que de création.

    Ça fait longtemps que la radio diffuse des pièces dont le format et la durée sont dictées par le contenu, et pas simplement des 24 ou 52-minutes. Feue l’excellente émission Les passagers de la nuit sur France Culture (https://www.franceculture.fr/emissions/les-passagers-de-la-nuit-seine-saint-denis-1/speciale-derniere-des-passagers-de-la-nuit) offrait par exemple chaque semaine une splendide collection de formats différents.

    Faire de la #création_sonore, en rendre la production accessible à toutes celles et ceux qui veulent s’y frotter, la promouvoir, mille fois oui. Mais inutile de s’abriter derrière cette fausse opposition podcast / radio, parce qu’alors on parle de tout à fait autre chose.

    • Ah, le journaliste de RFI qui a fait la traduction ne partage pas mon avis :

      J’ai de fait rectifié mon raccourci erroné entre l’initiative d’un journaliste de RFI et RFI en tant que telle - mea culpa.

      Pour le reste, je ne change rien. Ça n’est pas, s’il est besoin de préciser, une charge contre L’Atelier des médias, dont j’apprécie régulièrement l’écoute même si je ne partage pas (preuve en est) forcément ses enthousiasmes ou ceux de ses membres. Je ne dis pas non plus que ce journaliste promeut activement le démantèlement du service public radiophonique : il a simplement relayé, pour défendre la création sonore, un discours sur le podcast dont j’ai précédemment relevé toute l’ambiguïté.

      Je dis, en revanche, qu’il est frappant de constater la concomitance et la complémentarité, plus ou moins consciente, de ces deux discours, aussi bien en Grande-Bretagne qu’en France : celui de la promotion du podcast et celui de la libéralisation de la production sonore. Comme je l’avais indiqué, ils ne sont pas forcément portés par les mêmes personnes au sein des antennes (mais parfois si, comme dans le cas de la direction de France Culture, qui utilise le podcast pour saborder la grille de création sonore), c’est-à-dire qu’il n’y a pas nécessairement de stratégie concertée (mais parfois si - je l’ai déjà dit ?).

      Que les artisan·es de la radio veuillent davantage de diversité dans les formats, c’est une très bonne chose. S’abriter derrière « l’innovation » que constituerait le podcast pour le faire me semble en revanche périlleux : c’est brouiller le discours (du coup compatible avec les visées managériales, qui suivent leur propre logique) et oublier l’histoire de la radio (qui a bien plus de ressources et de possibilités, dans le passé comme dans l’avenir, que ce qu’on nous serine à longueur de temps).

    • Merci @aude_v. C’est la forme des « échanges » sur twitter, à ce que j’ai compris - c’est pour cela que je n’y suis pas, mais que je poste des billets argumentés ici.

      De fait, il n’y avait rien de personnel, je ne connais pas ses positions sur la casse du service public, qui ne changeraient rien à mon analyse. Pour tout dire, je pense même que l’Atelier des médias, avec son école gratuite, tente de repenser la façon dont la radio publique peut démocratiser l’accès à la production audio. Ce qui n’empêche pas que le marketing autour du podcast est très ambigu et à double tranchant.

      Après, le coup de "les contacter pour savoir le vrai du faux" , ça me fait rigoler : je n’ai pas à demander la permission à RFI pour analyser le podcast et le rôle qu’on lui fait jouer dans les radios publiques européennes. Aucun fact-checking ici, juste de la tentative de délégitimation à l’ancienne. Enfin bref, sans rancune non plus :P.

    • Je ne rentrerai pas dans le débat « les anciens versus les nouveaux », il y a un nouvel appétit pour le son tant du côté des producteurs que du côté des auditeurs, cela devrait être, à mon avis, une fête et pas un motif de grogne ou d’opposition. Que des dirigeants de chaines prennent des décisions injustes et souvent stupides quand à la création sonore me révolte mais je ne vois pas le rapport. Quand la BBC (sur sa page de soumission de programme par des amateurs) dit « la radio n’est pas du podcast... » elle le fait, peut-être, avec démagogie mais elle a surtout le courage de dire à l’amateur ne cherche pas à faire la même chose que nous, ne te mets pas la pression, nous ne faisons pas la même chose. Encourager la création plutôt que de l’étouffer, il me semblait que c’était plutôt vos propos. Je passe rapidement sur le raccourci fait entre « diffusion des mythes » et « étouffement du service public » qui est tellement rapide qu’on dirait un point godwin. Vous utilisez ma production non pas pour en débattre (comme j’avais appelé à le faire sur mon profil) mais pour étayer des propos qui ne sont pas liés directement. Je réitère donc ici ma proposition, apportons une touche française à ces 11 commandements. Je précise que je ne suis pas journaliste, mais réalisateur, que Ziad n’a rien à voir dans cette traduction, que j’ai dévoré « Contrôle » au moment de sa sortie, et que non Aude, je n’ai pas « traiter » Claire de menteuse, mais vous avouerai que les informations concernant ma personne et l’intention sont juste fausses comme je viens de l’écrire.

    • Bonjour @simondecreuze et bienvenu sur Seenthis.

      Je ne vous ai pas contacté parce que je fais une analyse générale, pas une attaque personnelle comme vous semblez le penser. Je ne parle pas de vous. Je pointe un symptôme, une tendance générale que vous n’êtes pas du tout le seul à porter, loin s’en faut : c’est même la tendance dominante, de la BBC au milieu de la production francophone.

      Qu’aurait-il fallu que je vérifie auprès de vous ? Votre opinion sur la casse du service public ? Mais je ne dis nulle part que vous y êtes favorable.

      Quant à l’injonction à ne pas critiquer le podcast pour la seule raison qu’il y a une vraie ébullition en ce moment autour de lui, elle est un peu... étonnante.

      Savez-vous que j’ai écrit plusieurs dizaines de milliers de signes sur cette question, avec un tantinet plus de nuance que cela ?

      « Il était une fois le podcast. 1 : Faire table rase ? »
      http://syntone.fr/il-etait-une-fois-le-podcast-1-faire-table-rase

      Un vent de fraîcheur, une nouvelle vague, le début d’un âge d’or, une renaissance, que dis-je : une révolution ! L’enthousiasme qui anime le milieu du podcast francophone s’est visiblement transmis, ces derniers mois, aux médias qui le couvrent. Ce, d’autant plus aisément que le milieu du podcast et celui des médias se recoupent : le premier accueille nombre d’exilé·es du vieux monde radiophonique et journalistique, tandis que dans le second, ceux qui ne maniaient jusque là que l’écrit et la vidéo se sont depuis peu avisés de l’existence du son. Une révolution gagnante-gagnante en somme. Mais une révolution qui, pour asseoir sa légitimité, prend un soin particulier à oublier le passé et à brouiller le débat. De l’invention il y en a, mais pas forcément chez celles et ceux qui crient le plus fort, et elle ne date pas d’aujourd’hui. S’il est réjouissant d’assister à une ouverture du paysage de la production sonore, à un questionnement de ses formes et à un intérêt nouveau pour elle, il reste fondamental de ne pas perdre pour autant – voire refuser – toute mémoire sonore.

      Savez-vous qu’il existait en France dès 2005 une cérémonie des Podcasts d’or ? Que la même année, l’on trouvait déjà des articles de la « grande presse » pour s’émerveiller du potentiel de cette nouvelle pratique, en même temps que des billets de blogs qui craignaient que le podcast amateur ne soit sur le déclin ? Que l’on s’étripe depuis tout ce temps sur ce qu’est et n’est pas le podcast ? Que la rediffusion sur Internet d’émissions de radio remonte à une vingtaine d’années ? Que les premières fictions sonores réalisées exclusivement pour le web datent de l’an 2000 ? Et même, que l’on écoutait des histoires mises en scène ou des informations sur son téléphone il y a… cent trente ans ? Tentative impossible de définition du podcast et contribution à son histoire culturelle.

      « Au cœur du bouillonnement podcastique »
      http://syntone.fr/au-coeur-du-bouillonnement-podcastique

      Les contenus et les passerelles évoluent rapidement sur la planète podcast, tant et si bien que trois petits mois après vous avoir proposé une première cartographie de ces espaces de création et de diffusion, issus du bouillonnement actuel ou plus anciens, Syntone y apporte une importante mise à jour. Plusieurs outils de veille ou de sélection ont en effet émergé depuis.

      « Webradios et plateformes de création sonore et radiophonique »
      http://syntone.fr/webradios-et-plateformes-de-creation-sonore-et-radiophonique

      Une intense actualité autour des plateformes de podcasts, une webradio expérimentale qui naît, celle d’un festival radiophonique qui fait peau neuve : la période semble idéale pour proposer une sélection de webradios et de fournisseurs de podcasts « natifs » (c’est-à-dire diffusés d’abord et avant tout sur Internet) consacrés, naturellement, à la création sonore et radiophonique.

    • Comme vous avez modifié votre commentaire depuis ma réponse ci-dessus, en voici une nouvelle.

      Je pense au contraire que les mythes autour du podcast le déservent - et que de manière générale, on ne promeut jamais bien une pratique, un objet, une idée, en les faisant paraître autre qu’elles ne sont.

      Je me réjouis autant que vous de l’ouverture de la production sonore, je l’ai suffisamment écrit dans @syntone, milité pour cela, et cela a modifié mes pratiques d’écoute (dans lesquelles j’accorde plus de temps aux créations ou émissions indépendantes qu’aux programmes de grandes radios). En revanche, la façon dont les directions d’antenne utilisent le podcast pour détruire les grilles et pour ubériser la production sonore me paraît préoccupant. Or elles se servent des ambiguïtés et des mythes pour le faire, c’est bien pour cela qu’il me paraît essentiel de les démonter : pour démasquer, notamment, le libéralisme sous les nouveaux atours dont elles le parent. On est bien d’accord : le podcast n’est pas cela - ou plutôt, pas uniquement cela, car les tenant·es du libéralisme sont bien libres de faire elles et eux aussi du podcast ou de la radio.

      Je réitère donc ici ma proposition, apportons une touche française à ces 11 commandements.

      J’espère alors que la "touche française" permettra de soutenir et d’encourager l’ouverture de la production sonore de façon moins brouillonne que la BBC, sans discours marketing, avec davantage de mémoire de la création sonore. Pour prendre l’exemple d’un autre de ces "commandements", après celui sur les formats qui auraient été magiquement libérés par le podcast et dont je parle dans mon billet initial : la fameuse "intimité" qui serait propre au podcast. Yann Paranthoën parlait déjà de l’intimité de la voix radiophonique et a beaucoup travaillé dessus, théorisant l’usage de la mono pour capter la voix, jouant merveilleusement des timbres et des souffles dans ses montages... et il a commencé sa carrière à la Radiodiffusion française dans les années 1950. Ça n’a pas besoin d’être nouveau et d’occulter toute l’histoire de la radio pour être une bonne idée - au contraire : je pense qu’on ne peut véritablement inventer qu’en ayant connaissance du passé.