• #Liban : vers un service public de l’#électricité hybride... l’entreprise publique nationale (EDL) étant rendue incapable de se redresser par les querelles politiques, les propriétaires de générateurs qui commercialisent un service d’appoint informel, toléré, non reconnu par l’Etat, mais paradoxalement de plus en plus encadré par ce dernier, sont désormais considérés comme les garants de la continuité du service public (« de fait »), et menacés de sanctions s’ils refusent les obligations que l’Etat veut leur imposer et cessent pour cela temporairement leur activité. Quel paradoxe !
    Générateurs privés : l’État veut serrer la vis après les coupures de mardi au Liban - Philippe HAGE BOUTROS - L’Orient-Le Jour
    https://www.lorientlejour.com/article/1142537/generateurs-prives-letat-veut-serrer-la-vis-apres-les-coupures-de-mar

    Le ministre de la Justice Salim Jreissati est entré hier dans la partie qui oppose le gouvernement aux propriétaires de générateurs privés qui fournissent du courant pendant les heures de rationnement imposées par Électricité du Liban (EDL).

    S’exprimant lors d’une conférence de presse organisée au ministère, M. Jreissati a qualifié de « rétorsion arbitraire » le fait que plusieurs exploitants à travers le pays ont coupé le courant à leurs clients pendant deux heures mardi pour protester contre le ministère de l’Économie et du Commerce qui les oblige à installer des compteurs individuels chez leurs clients. Le ministre de la Justice a indiqué qu’il avait demandé au procureur général près la Cour de cassation, Samir Hammoud, d’engager des poursuites contre ceux qui avaient coupé le courant, qu’il a accusés d’avoir « porté atteinte aux droits des citoyens » et de « rébellion » contre l’État. Le ministre sortant de l’Économie, Raëd Khoury, était également présent.

    La querelle des compteurs

    M. Jreissati n’a pas précisé quelles sanctions seront appliquées, assurant que la loi libanaise permettait de retenir plusieurs qualifications malgré l’absence de texte encadrant l’activité de ces exploitants. Il a en outre souligné que le fait qu’ils assuraient « de fait » la continuité d’un service public ne leur permettait plus de se réfugier derrière le respect de la propriété privée pour ne pas craindre de voir leurs équipements confisqués ou de se considérer libres de fixer leurs prix. Le ministre a également enjoint aux municipalités de signaler tous les propriétaires de générateurs qui couperaient l’électricité de façon arbitraire. « J’appelle les exploitants (en infraction) à ne pas aller plus loin », a-t-il encore affirmé.

    M. Khoury a lui rappelé que l’installation de compteurs était obligatoire pour tous et que les exceptions étaient soumises à des conditions strictes. « Il faut que le refus émane de l’usager à qui ce choix est laissé uniquement si le propriétaire de générateurs – ou la municipalité qui est en charge – lui fournit déjà du courant sans générer de profit et à des conditions avantageuses », a-t-il résumé.

    • La véritable stratégie me semble être de réduire la taille des ennemis, en cassant les cartels ou en diminuants les bénéfices. De sorte que les reformes puissent être faites. Quand les acteurs sont trop grands, il devient difficile a l’Etat d’intervenir. A ce stade, Sukleen a été remplacé par 3 grands prestataires différents, et plusieurs initiatives régionales. Il y a donc une meilleure marge de manœuvre pour l’Etat, et moins de chantage. De même, en limitant les bénéfices des générateurs (et donc les moyens/montants de corruption), les principales embûches contre la construction de grandes unités de production d’électricité sont levées.

    • Merci @rahil. C’est un raisonnement intéressant. Mais on peut interpréter certaines de ces initiatives différemment. La fin de Sukleen devait au départ donner lieu à 6 prestataires régionaux, selon une répartition qui à l’époque avait été dénoncée comme un partage du gateau, y compris en faveur des supposés réformateurs aounistes. Marge de manoeuvre pour l’Etat ou chacun ses bénéfices chez soi ?
      Pour les générateurs, où est la mafia ? L’actuel ministre de l’énergie m’a dit lors d’un entretien il y a qqs années que la mafia c’était plutôt les importateurs de carburants (en cartel) que les exploitants, souvent petits, de générateurs. Il est vrai qu’il y a des rumeurs qui circulent sur l’implication de très grands noms dans le secteur des générateurs (j’ai entendu cela au Kesrouan, au Chouf, ou en banlieue sud) mais je n’ai jamais eu d’information précise à ce sujet. Donc oui, cette réforme peut faire baisser les bénéfices de ces acteurs, mais le lien avec la construction de grandes unités n’est pas certain. Un des groupes politiques les plus hostiles à la politique de Bassil/Abi Khalil a été le Courant du Futur, notamment à travers la figure de son ex-député Mohammad Kabbani chef de la Comission de l’énergie, de l’eau et des TP. Je pense que cette hostilité n’était pas liée à la gestion des générateurs mais à la concurrence représentée par les intérêts proches des aounistes dans le développement des contrats électriques...