• « Notre but n’est pas la sécurité d’Israël, mais de contrôler les Palestiniens » - Le Point

    INTERVIEW. Ancien sniper de Tsahal de 2005 à 2008, le militant israélien Nadav Weiman interprète les consignes données aux soldats israéliens. De notre envoyé spécial à Tel Aviv, Armin Arefi

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    Deux cent dix-huit Palestiniens tués. Un mort, côté israélien. Depuis le 30 mars dernier, les balles de snipers de Tsahal pleuvent chaque vendredi à la frontière entre la bande de Gaza et Israël, pour empêcher des milliers de manifestants palestiniens de s’approcher de la barrière de sécurité qui sépare l’enclave palestinienne de l’État hébreu. À travers cette « Marche du retour », les Gazaouis entendent retourner sur la terre dont leurs ancêtres ont été expulsés à l’issue de la première guerre israélo-arabe de 1948. Mais ils comptent avant tout sur cette mobilisation pour obtenir la levée du double blocus économique et sécuritaire israélo-égyptien qui a contribué à faire de leur minuscule territoire l’un des plus pauvres au monde. Chômage record, pénurie d’électricité et eau polluée, « Gaza est en train d’imploser », s’est alarmé le mois dernier Nickolay Mladenov, émissaire de l’ONU pour le Proche-Orient.
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    « À l’origine, le mouvement [de la Marche du retour] n’a pas été créé par le Hamas », admet le lieutenant-colonel Jonathan Conricus, porte-parole de l’armée israélienne (Tsahal). « Mais cette organisation terroriste l’a facilement récupéré et toute sa logistique est désormais entre les mains du Hamas. » S’ils étaient au départ en majorité pacifiques, les manifestants palestiniens ont ensuite lancé de nombreux cerfs-volants incendiaires qui ont atteint les localités israéliennes avoisinantes et brûlé des champs.

    De son côté, Tsahal a mobilisé dès les premiers jours de nombreux snipers qui n’ont pas hésité à tirer sur les manifestants. Mais le lieutenant-colonel Jonathan Conricus reste droit dans ses bottes : le Hamas utilise désormais des civils comme arme pour tenter de rentrer en Israël en traversant la grille de sécurité », affirme-t-il. « Si nous ne les arrêtons pas, alors leur prochaine cible sera les communautés israéliennes qu’ils n’hésiteront pas à tuer. »

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    Une version à laquelle n’adhère sûrement pas Nadav Weiman. Sniper de l’armée israélienne entre 2005 et 2008 en Cisjordanie, à Gaza et à la frontière libanaise, cet ancien soldat de Tsahal est aujourd’hui membre de l’ONG Breaking the Silence, visant à éclairer le public israélien et la communauté internationale sur les pratiques des FDI (forces de défense israélienne). Dans une interview au Point, ce militant israélien de 32 ans nous donne sa vision des consignes données aux soldats de Tsahal.

    « L’ordre est d’instiller la peur chez les Palestiniens. De leur donner le sentiment qu’ils sont chassés, que Tsahal peut être partout, tout le temps »