• Refuser de parvenir - Mon blog sur l’écologie politique
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    Dans ce qui m’apparaît comme le texte le plus éclairant de ce riche recueil, parce qu’il aide à saisir ce qui différencie l’âge d’or des luttes ouvrières et l’héritage des Trente Glorieuses, Anne Steiner revient sur la démocratisation puis la massification de l’enseignement supérieur. Le système scolaire discriminant les classes populaires, il n’offrait aucune, ou si peu, possibilité de parvenir. En se démocratisant, l’école inaugure un « ascenseur social » qui propose d’élever quelques éléments des classes dominées pour résoudre à moindres frais la question de l’exploitation, n’en faisant plus que le sort mérité de qui n’a pas pu se hisser dans les classes dominantes grâce à son talent et à ses efforts. « L’école démocratique, en privatisant les biographies, en faisant de chacun le responsable de sa destiné, a affaibli la perception des rapports de classe. » Après cette démocratisation (qui produit une « classe moyenne » difficilement identifiable mais dotée d’une force certaine d’inertie politique), l’accès à l’université va jusqu’à se massifier. Comme le besoin d’emplois d’encadrement ne justifie plus une telle production de diplômé-e-s, nous sommes revenu-e-s au point de départ et « d’autres critères [que le diplôme] rentrent en compte [pour la lutte des places] comme le capital social (les relations), les compétences linguistiques, l’apparence physique. » Les déclassé-e-s que l’université met sur le marché ont un diplôme dévalué ou bien ils et elles se savaient déjà inemployables par la machine productive et ont investi des disciplines qui ne donnent pas accès à des emplois bien rémunérés (arts, lettres, etc.). Ces derniers pourront-ils se rendre utiles dans d’autres champs ? Quitte à ce que l’université ne joue plus son rôle de sélection dans des sociétés inégalitaires, Steiner remet en cause le « monopole radical » (1) qu’elle exerce et en appelle à une redéfinition de son rôle social, soit que l’institution devienne moins inutile, soit que les savoirs se partagent dans d’autres structures moins rigides.

    Y’a des livres, comme ça.