Reka

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  • Procès Breivik

    Les psychiatres s’attaquent au cerveau de Breivik

    De nombreux psychiatres et psychologues, en plus des quatre psychiatres officiellement nommés, sont en train de scruter, jour à après jour, les faits et gestes de Breivik en salle d’audience, ses commentaires et la façon dont il parle. Ils s’expriment dans la presse, certains comme témoins appelés par les avocats des victimes.

    Depuis vendredi 8 juin, et jusqu’au milieu de la semaine prochaine, un quinzaine d’experts en psychiatrie et psychologie vont se succéder à la barre pour tenter d’éclairer la cour sur l’état mental de Breivik. Sur cette quinzaine d’experts, deux seulement pensent qu’il était irresponsable au moment des faits : ce sont les auteurs de la première expertise qui le déclarait fou. Les autres - comme les auteurs de la deuxième expertise - pensent qu’il était plutôt en possession de ses moyens - et donc responsable - au moment de la tuerie.

    Parmi ceux qui témoigneront cette semaine :

    Randi Rosenqvist, psychiatre légiste, a vu Breivik plusieurs fois à la Prison d’Ila, n’a relevé aucun signe de psychose et doute fort qu’il soit schizophrène paranoïaque. Elle pense que le comportement de Breivik n’est pas une psychose, mais l’expression d’une idéologie extrême.

    Maria Sigurjonsdottir, psychiatre et médecin. Elle décrit Breivik comme attentif, concentré et organisé. Il parle de manière cohérente, répond en général de manière adéquate, et peut facilement faire référence à trois ou quatre personnes avec lesquelles il a discuté. Il est même capable de se moquer de lui même, en montrant "l’auto-ironie". Rien, dans le comportement Breivik, peut être associé à des hallucinations.

    Arnhild Flikke est aussi psychiatre et médecin. Elle voit, elle aussi, dans le comportement et le discours de Breivik, non pas une psychose, mais un extrémiste de droite. Par contre elle voit sa personnalité très fortement dominée par le narcissisme.

    Enfin, le professeur en psychiatrie Ulrik Fredrik Malt a très longuement témoigné vendredi 8 juin (témoignage de plusieurs heures). Son "mandat" était d’essayer d’expliquer pourquoi les deux rapports d’experts donnaient des conclusions opposées. Cet éminent professeur a bien pris soin de préciser qu’il ne s’était pas entretenu avec Breivik, qu’il l’avait seulement longuement observé, lu les rapports d’experts et certains rapports de police [particulièrement ceux qui décrivent son comportement sur Utøya et son arrestation]. Il a donc prévenu qu’il se plaçait, pour donner son avis, du point de vue académique [mais je ne sais pas exactement ce que cela veut dire]. Ulrik Fredrik Malt a longuement décrit les raisons pour lesquelles il pense que Breivik est atteint du syndrome d’Asperger, du syndrome de Tourette combiné avec fort trouble de la personnalité narcissique. Il a indiqué en fin de témoignage qu’il "était possible" que Breivik soit aussi atteint d’une psychose paranoïque sans toutefois argumenter ni prendre franchement position.

    Ulrik Fredrik Malt a dit devant la cour, en conclusion : « Quand je l’ai vu entrer dans la salle d’audience du premier jour, j’ai vu un homme profondément, profondément solitaire. Puis, il est entré en mode "show". Ce n’est pas seulement un monstre démoniaque d’extrême droite avec lequel nous sommes ici en ce moment, mais avec un autre être humain, en dépit des souffrances qu’il a infligé à beaucoup d’autres, nous que nous devons essayer de comprendre. C’est une tragédie pour la Norvège, pour nous, mais c’est aussi une tragédie pour Breivik ».

    Le témoignage d’Ulrik Fredrik Malt a été qualifié, dans la presse de « troisième rapport d’expertise » dont les conclusions sont encore différentes. Ça ne simplifie pas le problème...

    Avoir une bonne quinzaine d’expert [et en plus de nombreux autres psychiatres et psychologues qui s’expriment dans les médias) pour évaluer l’état psychologique de Breivik est quelque chose de tout à fait inhabituel pour un procès en Norvège. Mais il faut dire que la monstruosité, l’énormité des attaques justifie que la justice mette les moyens pour essayer de comprendre les raisons de ce massacre.

    Puisque les deux rapports officiels donnaient des conclusions opposées, la cour a nommé une commission médico-légale pour trancher. Mais elle n’a pas encore rendue ses conclusions, bien que le chef de cette commission a déclaré à la presse être en faveur du premier rapport (celui qui le reconnait irresponsable).

    Le psychiatre Pål Grøndahl estime que Breivik a très bien pu changer de comportement entre les expertises. Il a dit au journal Dagbladet : _« Une des explications possible, c’est que tous les autres experts ont vu Breivik longtemps après Sørheim et Husby [auteurs du premier rapport]. Entre temps, il a eu accès aux médias, à la presse, il a pu s’adapter et "apprendre" à parler aux psychiatres. Il n’y a aucune contradiction à être très intelligent et en même temps être schizophrène paranoïaque... C’est pourquoi il ne faut pas trop vite rejeter les conclusions du premier rapport. On a l’impression que Breivik est plus poli, plus modéré et plus instruit sur la psychiatrie qu’il ne l’était après les premières semaines de sa détention »

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    Sources :

    Débats du Procès

    "Rå kamp om Breiviks hjerne"
    [A l’attaque du cerveau de Breivik]
    http://www.dagbladet.no/2012/06/10/nyheter/breivik/innenriks/terrorangrepet/22_juli/21995575

    "Professor Ulrik Fredrik Malt mener smilet avslører Breiviks diagnose"
    [le Professeur Ulrik Fredrik Malt estime que le sourire donne des indications sur le diagnostic pour Breivik]
    http://www.dagbladet.no/2012/06/08/nyheter/breivik/innenriks/anders_behring_breivik/terrorangrepet/21995531

    Agence NTB

    « En psykotisk person ville ikke ha kunnet tatt regi i retten som Breivik har gjort »
    [« Une personne psychotique n’aurait pas tenir le coup dans un tribunal comme Breivik a fait »]
    http://nrk.no/227/dag-for-dag/psykologspesialist-svarte-leserne-1.8186684