• Madame Einstein, par Jean-Louis Le Breton
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    Encore une histoire de #femme phagocytée par son #génie de mari !

    Si le livre « Madame Einstein » de l’Américaine Marie Benedict nous est présenté comme un roman (ce qui en rend la lecture très agréable), il n’en reste pas moins qu’il est inspiré de la vie réelle de Mileva Marić, physicienne et mathématicienne de génie qui eut la (mal) chance de croiser la route d’Albert Einstein et de devenir sa première épouse. À la fin de l’ouvrage, l’auteure a la bonne idée de faire la part des choses entre la #biographie réelle et la part romancée, celle-ci se limitant principalement aux dialogues qu’elle met dans la bouche des personnages et qui sonnent particulièrement réalistes quand on connaît la véritable histoire du couple.
    Mileva Marić est né en 1875 en Serbie. Ses parents, issus de la paysannerie, sont des propriétaires aisés. Victime d’une malformation de la hanche à la naissance elle claudique et se trouve en butte aux moqueries des autres enfants. Est-ce l’une des raisons qui forgeront son caractère et feront d’elle un être différent des autres ? Elle montre très tôt des capacités intellectuelles hors du commun, particulièrement dans le domaine des mathématiques. Cela lui vaudra d’être admise, à dix-neuf ans, à l’École Polytechnique de Zurich, l’une des rares à accepter des femmes. Elle est d’ailleurs la seule de sa classe dans cette discipline. Parmi les autres élèves, elle remarque Albert Einstein, à la fois brillant et « bohème » qui tombe amoureux d’elle. Leur passion commune pour la physique, en pleine effervescence dans ces années de fin de siècle, les amène à travailler ensemble et à ébaucher ce qui deviendra la théorie de la Relativité. Mais Mileva tombe enceinte en 1900 avant le mariage. Elle cache sa grossesse pour ne pas compromettre ses études et va accoucher chez ses parents en Serbie. Ceux-ci voient d’un très mauvais œil cette relation, d’autant qu’Albert ne daignera pas se déplacer pour assister à la naissance de sa fille Lieserl (qu’il ne verra jamais d’ailleurs). Il promet le mariage à Mileva… dès lors qu’il aura trouvé un travail. Elle délaisse sa fille pour revenir le soutenir, sacrifie sa vie pour lui, rate ses examens. On ne sait si Lieserl a vécu ou si elle a été adoptée par une autre famille. (L’auteure choisit de la faire mourir de la scarlatine, ce qui n’est pas prouvé). Il finit par l’épouser en 1903. Ils auront deux autres fils. L’un, Hans Albert, deviendra ingénieur, l’autre Eduard (dit « Tete ») est atteint de grave schizophrénie.
    Si Mileva a renoncé à ses études, elle n’en travaille pas moins avec Albert Einstein au développement de la Relativité comme l’atteste la correspondance amoureuse qu’ils ont eue et qui a été publiée dans les années 80. Toutefois lorsque les quatre articles qui vont révolutionner la physique paraissent dans la revue Annalen Der Physik en 1905, ils ne sont signés que du seul nom d’Albert. Ce n’est pas une erreur, mais le choix assumé d’Einstein qui ne souhaite pas que son nom soit accolé à celui d’une femme non-diplômée pour ne pas en atténuer la portée. Aujourd’hui encore, la polémique subsiste pour savoir quelle est la part réelle de Mileva dans les travaux d’Einstein. Une chose est sûre : elle a contribué à ces travaux !
    Au fil des années, les relations du couple se détériorent, particulièrement lorsque Mileva apprend qu’Albert a une relation amoureuse avec sa cousine germaine Elsa Einstein. La mésentente atteint un tel degré qu’il met son épouse en demeure de respecter une série de conditions qu’il a écrites ou sinon de divorcer. Cette liste a réellement existé. Où l’on découvre le côté sombre d’Albert Einstein. Jugez plutôt : « Faire ses lessives. Préparer ses repas et les servir dans sa chambre. Nettoyer celle-ci et son bureau sans jamais toucher à sa table de travail… » Il veut lui imposer de décider seul quand et où elle a le droit de lui adresser la parole et la nature des propos qu’elle est autorisée à tenir en sa présence et celle des enfants. Enfin, elle doit renoncer à toute intimité physique avec lui.
    Mileva prend sa valise, ses enfants et fiche le camp. Le divorce est prononcé en février 1919. Trois mois plus tard, il épouse sa cousine Elsa. Ensemble ils élèveront les deux filles qu’elle a eues de son premier mariage.
    En 1921, Albert Einstein reçoit le prix Nobel de physique. L’argent du prix servira à traiter la maladie d’Eduard qui ne fait que s’aggraver. Mileva ne publiera pas d’articles de physique après son divorce et se consacrera à ses enfants. Eduard devient infernal et mène une vie impossible à sa mère qui sombre à son tour dans la dépression (la folie ?) : les deux seront internés. Elle meurt à Zurich en 1948, à 72 ans après une attaque cérébrale.
    J’ai lu le livre de Marie Benedict d’une seule traite. L’écriture en est plaisante et on se prend de sympathie pour l’héroïne. Comme beaucoup de femmes, Mileva a sacrifié sa vie et sa carrière pour l’homme de sa vie. Grave erreur…