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  • Savoir-faire ou savoirs ?
    Comment la sélection paysanne questionne le statut des savoirs traditionnels | Cairn.info
    https://www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2016-2-page-125.htm

    Dans les rapports sociaux complexes qui relient la paysannerie aux autres catégories sociales, la place des savoirs et des techniques est cruciale. La maîtrise, la qualification et la reproduction des savoirs sont un outil de pouvoir essentiel [1]

    À ce titre, il ne peut pas être innocent de qualifier couramment les pratiques paysannes de « #savoir-faire », ce qui implique une position de subordination par rapport à d’autres savoirs supposément scientifiques à part entière.

    Les gestes, pratiques et stratégies agronomiques mis en œuvre par les paysans relèvent-ils vraiment de savoir-faire empiriques, ou découlent-ils d’expérimentations intentionnelles et de savoirs construits ? Cette question renvoie à la fois à des notions d’anthropologie (en particulier d’anthropologie des connaissances), de développement et d’agronomie, et peut ouvrir des perspectives intéressantes pour la recherche en histoire rurale.

    Nous tenterons de l’éclairer à partir de l’exemple de la sélection paysanne, c’est-à-dire des initiatives de sélection végétale par les paysans eux-mêmes (qu’ils soient seuls ou en partenariat avec des chercheurs institutionnels). L’émergence de mouvements en faveur des « semences paysannes » est en elle-même un exemple instructif de confrontation entre le monde paysan et les institutions politiques, scientifiques et économiques, comme nous le verrons à partir d’initiatives indiennes, brésiliennes et françaises. Un détour nécessaire par l’anthropologie des connaissances nous permettra de caractériser les différents types de savoirs, les questions soulevées par les typologies habituelles, l’imbrication étroite entre savoir et pouvoir, et le leurre que représente l’opposition entre savoirs écrits et savoirs oraux. À cette lumière, il sera possible d’identifier au sein des démarches de sélection paysanne des caractères typiques des savoirs construits, et d’en ébaucher les conséquences politiques et sociales.

    Au-delà de renouveler le regard porté sur les pratiques paysannes, cette réflexion d’un agronome et anthropologue espère contribuer à questionner les travaux d’histoire rurale et à suggérer des passerelles et des débats entre anthropologie et histoire.

    #pratiques_agricoles #agriculture #paysannerie #sciences