• La réaction de l’hebdo néerlandais De groene Amsterdammer à la lettre ouverte d’Emmanuel Macron sur l’Europe. Une lettre qui pousse à une dérive sécuritaire et autoritaire inquiétante du projet européen. Via Richard Bennahmias.

    Traduction de Ewald Engelen 4 mars 2019
    De Groene Amsterdamer

    Le président français Macron publie cette semaine dans 28 quotidiens européens une lettre ouverte aux citoyens européens, dont NRC. Dans sa lettre, il s’en prend vigoureusement à la mystification politique qui, au moyen de fallacieux subterfuges, à conduit l’électorat anglais au choix stupide de la sortie de l’Union Européenne.
    D’après Macron, le projet européen n’est pas seulement menacé par les populistes nationalistes qui, selon ses propres mots, promettent l’autodestruction sans alternative, mais aussi par l’arrogance de l’establishment lui-même. Les citoyens se sentent abandonnés par une élite qui assimile l’Europe à un marché intérieur devant lequel tous les droits et les protections nationaux doivent s’effacer. Et ils demandent une Europe qui fassent plus pour garantir les valeurs sur lesquelles elle est fondée : la liberté, la protection sociale et progrès ; l’Europe est plus qu’un marché intérieur.
    Puis Macron continue en résumant brièvement la liste de ses propositions pour un approfondissement de l’Europe qu’il avait déjà lancée lors de sa conférence à la Sorbonne le 29 septembre 2017 : une armée européenne, un renforcement des accords de Schengen, un salaire minimum européen, un panel de citoyens pour approfondir la démocratie européenne et plus d’efforts en vue de rendre l’économie européenne climatologiquement neutre.
    Je ne cacherai pas que cela me séduit assez peu. L’Europe des accords de Lisbonne est une Europe néolibérale taillée à la mesure du grand capital et aussi antidémocratique que possible. En conséquence de quoi tout élargissement des compétences européennes conduit par définition à moins de souveraineté nationale et donc à moins de contrôle démocratique et moins de surveillance. Puisqu’on les trouve uniquement au niveau national - combien insuffisants, avec les élections périodiques d’une nouvelle élite politique.
    Je trouve la proposition d’une agence européenne pour la protection de la démocratie franchement inquiétante. Les professionnels de cette agence devraient aider les états membres dans leur lutte contre les ciber-attaques et la diffusion de fausses nouvelles subversives. Cela relève des catégories « La guerre c’est la paix », « La liberté c’est l’esclavage », « L’ignorance c’est la force ». Défendre la démocratie en restreignant la pluralité des opinions à celles qui bénéficieront de l’approbation d’une agence européenne, il fallait oser ! Ça vous a des relents de police européenne de la pensée qui va déterminer les points de vue qui sont acceptables et ceux qui ne le sont pas. Ça relève plus d’une dictature domestique que d’une démocratie.
    Et un alinéa plus loin, on lit que Macron (exactement comme Juncker ou Draghi) n’en est pas à un petit mensonge près. Au milieu de sa lettre, il affirme que l’Euro a protégé les états membres contre la crise financière. C’est un non sens. L’Euro a juste anesthésié la conscience du risque des banquiers et des investisseurs, facilité le déplacement de colossaux flux financiers du nord vers le sud et des secteurs productifs vers les secteurs spéculatifs (immobilier et actions) et contribué ainsi à la crise financière.
    De plus, l’Euro interdit de mener des politiques budgétaires proactives de sorte que les prestations économiques de l’Eurozone restent en arrière de celles des États Unis ou de la Grande Bretagne, sans parler des états européens qui ont eu la sagesse de ne pas rentrer dans l’Euro. Avec des conséquences dramatiques sur le bien-être et la prospérité des citoyens.
    Le 22 novembre de l’an dernier, trois jours après le commencement des manifestations des gilets jaunes, alors que plus d’une centaine de millier de français en colère occupaient les places et les ronds-points, Macron accueillait deux journalistes du Monde da son logement de service, dont la rénovation de la salle à manger, sous la direction de son épouse, était évaluée à environ un demi-millions d’Euros. Avec fierté, Macron racontait à propos d’un revêtement de sol tricolore que sa femme l’avait commandé à une entreprise française, sur le thème : « C’est le moment d’investir dans l’économie française ».
    Savez vous aussi d’où proviennent ces surenchères condescendantes : du Président Soleil.