• affordance.info : Fallait pas ... publier.
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    Beaucoup de ces gens lĂ  ont simplement la trouille irraisonnĂ©e d’un mĂ©dia qu’ils ne comprennent pas et qu’ils vivent, parfois sincĂšrement et presque toujours hystĂ©riquement, comme une remise en cause de leur autoritĂ© et de leur lĂ©gitimitĂ©. Ce sont ces fameuses aristocraties de la parole et de la publication qui ont peur du principe de rĂ©alitĂ© que Twitter leur assĂšne quotidiennement comme autant de gifles au regard de la plupart de leurs pratiques discursives et de leur entre-soi habituel. C’est cette crainte lĂ  que je m’efforçais de remettre en perspective historique dans ce que je racontais Ă  propos de la maniĂšre dont les Gilets Jaunes investissaient Facebook sous les invectives rĂ©pĂ©tĂ©es d’une classe politico-mĂ©diatique incapable de voir ce qui s’y jouait :

    "A chaque Ă©tape de l’histoire de l’internet et du web, il y a toujours eu une aristocratie de la publication. Seuls certains, seuls les plus Ă©duquĂ©s, seuls ceux disposant de suffisamment de temps libre, seuls ceux protĂ©gĂ©s par une institution ou une situation sociale stable se sont exprimĂ©s, d’abord sur leurs « forums IRC », puis sur leur « Homepage », puis sur leurs « blogs ». Et ainsi de suite. Et Ă  chaque fois que l’on a essayĂ© d’ouvrir l’espace discursif du web Ă  un tiers-Ă©tat de la parole, on lui a trĂšs rapidement claquĂ© la porte au nez. On ne trouvait trop bruyant, trop bavard, trop indisciplinĂ©, trop « troll »."

    L’autre excuse la plus souvent brandie par les Ă©ditocrates, journalistes et personnalitĂ©s publiques prises en flagrant dĂ©lit d’effacement ou d’effarement, c’est celle d’un second degrĂ© que l’on n’aurait pas compris. LĂ  encore au-delĂ  du (vieux) rĂ©flexe de l’entre-soi discursif, il faut rappeler, Ă  Jean-Michel Apathie par exemple, que oui, le second degrĂ© est bien mort et enterrĂ©, sur Twitter en tout cas. Car « le second degrĂ© » ou « l’ironie, un peu mĂ©chante » invoquĂ©e par le mĂȘme Jean-Michel Apathie lorsqu’il traite Michele Bachelet de « sous secrĂ©taire dĂ©soeuvrĂ©e », suppose une connivence avec le destinataire qui est triplement impossible. Elle est impossible du fait de la posture d’autoritĂ© dont se prĂ©vaut la personnalitĂ© s’exprimant sur un compte public. D’autant que le compte public concernĂ© comptabilise plus de 450 000 followers. Le second degrĂ© avec 450 000 personnes c’est compliquĂ© (ou alors faut s’appeler Jean-Marie Bigard et faire le Stade de France mais mĂȘme lĂ  un gros doute subsistera toujours ...) Elle est impossible du fait de ce que danah boyd appelle les « audiences invisibles » qui dĂ©signent l’impossibilitĂ© de (sa)voir si les gens Ă  qui l’on s’adresse sont prĂ©sents au moment oĂč l’on s’adresse Ă  eux. Et elle est impossible enfin dans l’architecture de ces agoras connectĂ©es dont l’architecture technique fabrique une polarisation qui se nourrit d’hystĂ©risation (et rĂ©ciproquement).