• Starobinski – qui vient de mourir – a commencé par traduire Kafka. Je possède un exemplaire de sa traduction du Terrier et d’extraits du Journal. Il était en parfait état quand je l’ai acheté (édition de 1945 avec le bandeau original plié à l’intérieur : « Chacun mourra pour sa propre impunité »), mais il est parti en morceaux une fois que j’ai commencé à le lire. Sa traduction du Terrier est excellente, mais ne correspond pas à ce que j’attends d’une traduction de Kafka. Comme Vialatte, il segmente les phrases longues et tortueuses semblables aux galeries souterraines, il rompt donc, en répondant à une exigence de clarté propre aux attentes littéraires de l’époque, l’organisation labyrinthique du terrier, du texte lui-même. J’ai essayé, quant à moi, dans ma propre traduction, de suivre Kafka dans son écriture qui semble creuser à l’intérieur même de la langue, de son silence angoissant. Reprenant ma traduction du Journal hier – un récit, Le monde urbain – je me disais que c’était cela que j’essayais de faire et qui me poussait à continuer vaille que vaille : suivre Kafka dans son écriture parfois sans ponctuation, en en respectant toute la complexité, tâcher d’ajuster mon creusement dans le français au sien dans l’allemand, et tant pis si cela peut paraître fou ou présomptueux.