Reka

géographe cartographe information designer - rêveur utopiste et partageur de savoirs

  • Allocution de Macron : tout ça pour ça ? par les Pinçon-Charlot - Libération
    https://www.liberation.fr/debats/2019/04/26/allocution-de-macron-tout-ca-pour-ca-par-les-pincon-charlot_1723542

    Le couple de sociologues réagit aux annonces faites par le chef de l’Etat jeudi soir. Spoiler : ils n’ont pas apprécié.

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    Le président des ultra-riches - Éditions Zones

    https://www.editions-zones.fr/livres/le-president-des-ultra-riches

    Quand la peste se fout de la gueule du cholera

    « Macron, c’est moi en mieux », confiait Nicolas Sarkozy en juin 2017. En pire, rectifient Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot.

    • En effet, Emmanuel Macron a constitué un « comité d’évaluation des réformes sur la fiscalité du capital » qui doit rendre un rapport à l’automne 2019 dans le cadre du projet de loi de finances 2020. Ce comité est installé à France stratégie depuis le 20 décembre 2018, et son commissaire général, Gilles Jacquin de Margerie, est un des généreux donateurs de la campagne présidentielle d’Emmanuel Macron, ayant été nommé à ce poste par décret le 12 janvier 2018. Ce comité, qualifié de « comité de suivi indépendant », comprend quatorze membres et est piloté par France stratégie, mais aussi par le Conseil d’analyse économique, deux organes d’expertise économique rattachés à Matignon – c’est dire qu’il mérite son statut d’« indépendant » ! On peut donc faire l’hypothèse d’une évaluation extrêmement positive de la suppression de l’ISF sur l’investissement économique et productif.

    • #auto-évaluation, @simplicissimus.

      La flat-tax demeure et les revenus du capital resteront imposés de manière forfaitaire et donc sans progressivité à 12,8%, une imposition inférieure à la première tranche de fait d’imposition sur les revenus du travail à 14%. Il n’a pas été non plus question, dans cette allocution, des coûts financiers liés à la fraude fiscale et à la délinquance financière.

      #fiscalité #justice_fiscale

      La suppression de l’ENA est la plus forte des mesures sur le plan symbolique dans la tentative du président de la République de mettre fin au mouvement des gilets jaunes, lesquels ont manifesté en janvier devant le siège de l’ENA à Strasbourg. Mais il faut se méfier des prestidigitateurs de la manipulation. L’instrumentalisation de certaines revendications du peuple en colère contre une oligarchie prédatrice peut aboutir à accentuer le projet ultralibéral de Macron grâce au démantèlement, avec la suppression de cette grande école de la République, d’encore un peu plus d’Etat pour offrir, d’une manière plus franche et assumée, la gestion de ce qui relève des grands corps de l’Etat, notamment l’économie et les finances publiques, à des acteurs privés chargés de piller l’Etat en tout cynisme. Ainsi, le contre-pouvoir qu’exerce encore la Cour des comptes disparaîtrait et les multinationales Vinci, Eiffage et Albertis, qui possèdent sous forme de concessions 9 000 kilomètres d’autoroutes, pourraient engranger des bénéfices fabuleux sur le dos des automobilistes sans craindre le moindre contrôle des pouvoirs publics. « Je souhaite que nous mettions fin aux grands corps » car « nous n’avons plus besoin de protections à vie », une bonne façon de mettre fin au pantouflage et à sa commission de déontologie !

      L’entre-soi de l’énarchie est l’aboutissement de la naissance dans les beaux quartiers, des écoles puis des lycées d’excellence, et relève de déterminismes sociaux et économiques qu’il est impensable de bouleverser avec la simple suppression du dernier étage de cet entre-soi. Brandir le drapeau de la méritocratie contre l’héritage, dont la suppression relève d’une révolution anticapitaliste, permet de masquer la vraie réforme des grandes écoles, celle de la disparition de la pensée critique, du souci de l’intérêt général et du bien public, voire de l’absence de pensée tout court avec la survalorisation de la performance économique et financière. Avec la suppression de l’ENA et de son concours qui garantit le mérite, Emmanuel Macron veut accentuer encore plus la mainmise du privé, avec la cooptation entre héritiers, sur ce qui relève encore de l’Etat et des forces publiques. La pieuvre oligarchique aura donc de nouvelles terres à défricher.

      Ça, si c’est pas de la #démagogie...

    • Eh bien je pense que beaucoup de gens pouvaient s’attendre à un président à la Barack Obama ou à la Justin Trudeau : des libéraux qui ne luttent pas très fort contre la réduction des inégalités mais qui font avancer certains sujets sur ce que certains appellent des front secondaires, femmes ou minorités. Ou de bons gestionnaires qui ne font de cadeaux à personne pour atteindre l’orthodoxie budgétaire. Mais pas du énième pimpin trop content d’y être (Chirac, Sarko) et qui en profite comme un jouisseur, notamment en faisant des cadeaux à ses potes. Je pense que beaucoup d’électeurs et d’électrices n’avaient pas signé ce chèque-là, notamment en ce qui concerne les illégalismes et la disparition des libertés civiles. Mais certainement qu’il y avait aussi les classes aisées qui trouvent le travail des prols trop cher (50 la journée de plombier ? non mais vous rigolez, pour ce prix-là je me paye un restau), ceux-là qu’ils crèvent en avalant de travers.

      Je ne sais pas comment les vrais libéraux qui ne se sont pas méfiés vivent ça. Un proche très proche des idées libérales, très pro business, s’est méfié et a refusé de voter y compris au second tour.Sinon je ne connais que mon oncle, qui regarde le JT de TF1 tous les soirs et qui est trop fier de ne pas se plaindre devant sa retraite (confortable) amputée et qui pense que les manifestant·es peuvent être blessé·es ou tué·es pour l’atteinte qu’ils et elles font à la sécurité de l’État.

      Je pense qu’il faut arrêter de se dire qu’on a les élus qu’on mérite, on n’est pas aussi pleins de merde que ça. Y compris des gens que je n’aime pas et dont l’ethos de classe me semble digne de la poubelle. Il faut critiquer la captivité intrinsèque au jeu électoral, d’autant plus en France où la vertu politique est rare et l’art du mensonge récompensé.

    • Je pense qu’il faut arrêter de se dire qu’on a les élus qu’on mérite, on n’est pas aussi pleins de merde que ça.

      Et ce n’est évidemment pas ce que je voulais dire dans mon commentaire. Je n’ai l’intention de donner de leçon à personne en matière de bienséance électorale.
      Parlons plutôt de la captivité intrinsèque du jeu électoral. La constitution de 1958, inspiré du régime présidentialiste à l’américaine fut taillée sur mesure pour le général De Gaulle , homme « providentiel » s’il en fut. Elle portait en elle toutes les possibilités de dérives autoritaires et maffieuses qui adviennent aujourd’hui . La constitution de la Vème république est le dévoiement parfait de ce que nous serions en droit d’attendre d’une république et de son caractère un tant soit peu démocratique. Or celui qui dénonçait un « coup d’état permanent » s’est fort bien adapté 20 ans plus tard à cet état de fait en intégrant les règles de ce jeu de dupes. Qui plus est, les réformes du jeu électoral (raccourcissement du mandat à 5 ans et synchronisation des scrutins présidentiel et législatif) ont permis aux élites dirigeantes de réduire à quasi néant toute velléité d’expression des contre-pouvoirs.
      La répression policière en cours n’est que la traduction en gestes du caractère profond de ce régime. La situation paroxysmique que ce pays a atteint avec le mandat Macron n’en est qu’une étape. Macron se prend pour un président directeur général d’une entreprise qu’il voudrait faire passer pour « disruptive ». Or de « disruption », point. Ce que nous connaissons n’est que l’aboutissement logique d’un enchaînement de causes et d’effets.

      Sur ce, joyeuse fête du travail ... Camarades ;-)