• Le patriarcat chez nos ancêtres est une invention sexiste d’archéologues hommes - VICE
    https://www.vice.com/amp/fr/article/wjv8j4/le-patriarcat-chez-nos-ancetres-est-une-invention-sexiste-darcheologues-hommes

    Vous avez « fouillé » pendant 10 ans. Votre livre, lui, se base sur les fouilles archéologiques menées par vos confrères dans 1733 tombes champenoises, datées de - 600 à - 200. Vous avez trouvé quelque chose d’intéressant ?
    Grâce aux tests ADN, on sait désormais avec certitude que certains hommes ont été enterrés avec des objets de parure, par exemple. Durant une période, des femmes ont également été ensevelies sous de grands tumulus avec des chars [supposément destinés à la guerre, ndlr], des offrandes animales et des céramiques, ce qui suppose un investissement important de la communauté. Par ailleurs, le seul druide (personnage qui aurait détenu du savoir et donc du pouvoir) dont on aurait hypothétiquement retrouvé la tombe a été incinéré : il est donc impossible de connaître son sexe.

    Ces vestiges funéraires sont donc insuffisants pour connaître les rôles sociaux de chacun. Par exemple, les objets de parure sont associés à l’élégance et à la féminité alors qu’ils sont peut-être symboles de pouvoir, de rang social ou d’identité communautaire. Nous-mêmes portons bien des vêtements différents en fonction de notre genre, certes, mais aussi de notre âge, de notre classe sociale, de la quantité d’argent que l’on dépense dans le paraître. Scientifiquement, on ne sait pratiquement rien de l’organisation de ces sociétés et des rapports sociaux en fonction du genre des individus. Je suis persuadée que, sans textes d’époque, on ne pourra jamais vraiment répondre à ces interrogations.

    • Une archéologue préhistorienne de l’auditoire a profité de votre intervention à la BNF pour rappeler que son champ d’étude est également peu perméable aux questions de genre, notamment « parce que ce sont des abbés qui ont fait toutes les premières découvertes ». C’est donc une constante de l’archéologie ?

      La gender archeology est portée à 90 % par des femmes, on le constate à chaque colloque. La notion de « genre » (comme outil théorique et méthodologique) nous permet de questionner la différenciation des sexes qui semblait « normale » aux chercheurs depuis deux siècle. Penser que des femmes puissent avoir tenu des rôles divers dans les sociétés anciennes questionne l’ordre établi. C’est déjà subversif.

      D’une manière générale, l’archéologie est encore dominée par des hommes. Il se trouve que la plupart ne se posent pas les mêmes questions, ne regardent pas les choses de la même manière que les femmes. Ils considèrent que leur position est objective, comme doit l’être la science – bien que l’étude des vestiges celtes montrent que les archéologues portaient aussi une idéologie. Les études de genre, elles, peuvent être vues à tort comme « militantes » et « non-scientifiques ».

      Ajouter à la compilation #archéologie et #sexisme :
      https://seenthis.net/messages/633249

    • @mad_meg je me suis fait la même réflexion. Il y a à la fois plein de boulot à faire en archéologie et anthropologie pour avoir une meilleure vision des répartitions des activités dans les autres cultures, c’est sûr, mais ce n’est pas pour autant que tout d’un coup le patriarcat ne serait que dans l’époque moderne. En même temps c’est un titre de Vice hein… on allait pas voir « le patriarcat chez certains de nos ancêtres… » ou ce genre de subtilités :)

    • Dans le livre d’Eliane Viennot, elle met au jour un point intéressant, le fait que la laideur soit une appropriation masculine pour se démarquer de la « beauté » des femmes. Elle ajoute que la mode vestimentaire masculine actuelle est héritière de cette dichotomie des genres.
      Mais effectivement @mad_meg, retrouver perruque et dentelles dans la tombe d’un bourgeois de la cour de louis XIV ne fait pas de cette période un moment égalitaire :)
      Cependant, scientifiquement et grâce à l’ADN, l’archéologie est bien obligée de remettre en question ses biais de genre. Je pense à ces tombes vikings qui sont maintenant reconnues comme étant celles de femmes de pouvoir.
      https://www.sciencesetavenir.fr/archeo-paleo/archeologie/des-guerrieres-vikings-ont-existe-la-preuve-par-la-genetique_116284

    • C’est une invention, pas une découverte, parce qu’il s’agit justement d’inventer (un peu comme on a inventé la tradition) une forme de société sur laquelle on avait peu d’informations.

      Quant aux concepts qui ne peuvent être utilisés que dans les sociétés qui les créent et les utilisent, je ne suis pas d’accord sur le fait que c’est une interdiction absolue, seulement sur le fait qu’il faut les utiliser avec modération et crainte de l’anachronisme. Car enfin, le sexisme, la misogynie et le patriarcat ont existé en dehors de leur conceptualisation. Et qu’à ce compte-là il serait même impossible d’exprimer des dynamiques sociales dans une langue qui n’est pas celle de la société en question.

    • Le patriarcat chez nos ancêtres est une invention sexiste d’archéologues hommes

      Ce n’est pas une tournure très heureuse, mais partant du fait que le passé s’écrit au présent, je dirais que les archéologues ont voulu inscrire l’Histoire sous le biais de leur genre et de leur époque, c’est à dire en oblitérant le plus souvent l’existence ou le rôle des femmes. Tout archéologue véhicule sa propre histoire jusque dans ses découvertes. Les interprétations des découvertes archéologiques ont permis de maintenir une continuité dans l’idéologie dominante, de dessiner la courbe d’un soit disant progrès ou d’une organisation sociale ancienne qui aurait perduré, comme le patriarcat et la domination des femmes.
      Donnant ainsi des arguments pour poursuivre la domination des femmes et assurer leur asservissement jusqu’à aujourd’hui.
      Je compare cette situation avec « l’oubli » des pharaons noirs.

      Penser que des femmes puissent avoir tenu des rôles divers dans les sociétés anciennes questionne l’ordre établi. C’est déjà subversif.
      Chloé Belard

    • Merci pour l’explication, je n’avais aucune idée de la signification du mot patriarcat. Ah ah.

      Ce n’est pas parce que misogynie existait au XIXe et pas sexisme que je vais me priver de mots plus opérants. La misogynie est de l’ordre de la haine, pas des biais d’interprétation. Le regard porté par les savants de l’époque sur les femmes et leurs capacités est très bien documenté...

    • @cjldx ce qu’on essaye de documenter sur seenthis et que j’ai essayé de faire le plus poliment ici même, c’est l’infini du #mansplaining. Situation que tu sembles considérer de ton poste masculin comme une curiosité sémantique à analyser et que nous nous prenons en tant que femme et personnellement #every_day_dans_la_gueule. Tu parles de documentation, on parle de notre mort programmée par les hommes.

    • Je ne me méprends pas et je reconnais que ce qui se nomme « le point de vue » est bien l’endroit d’où l’on regarde. Et cela reste dans le sujet de cette discussion sur le biais genré des interprétations, en l’occurrence celui des dominants.

    • Quelle arrogance et quel mépris ! Hé ho, si tu veux des débats académiques, @cjldx, ouvre un blog sur hypotheses.org. Parce que qu’évidemment que nos références sur Charcot et Freud, l’hystérie féminine et les biais sexistes des scientifiques du XIXe siècle, ne vont rien t’apprendre. (J’étais jeudi dans le bureau d’une anthropologue spécialiste des autochtones de son pays et qui a rejoint un département de gender studies. Nous dissertions sur le caractère patriarcal du groupe que nous avons toutes deux étudié et nous avons autant parlé de structure de pouvoir que de représentations associées aux femmes et aux hommes. Tu en déduiras que je ne suis ni dix-neuviémiste ni historienne des sciences.)

      Si tu veux des débats politiques avec des féministes, tu étais au bon endroit mais tu t’es comporté comme un mufle. Comme un petit garçon très fier de ses références d’usuels universitaires et incapable de considérer d’autres usages que ceux du dico alors que non seulement il y en a d’autres dans la littérature académique et que même il y a autre chose dans la vie que la littérature académique. Comme un imbécile fier de lui-même pour pas grand-chose : personne ne regarde personne sans préjugé, ne parle à une femme comme à un homme, à moins d’avoir été retrouvé·e la semaine dernière dans une forêt très étendue. Je n’ai ici aucune référence en psychologie expérimentale à ce sujet mais @touti, @monolecte et @mad_meg ont peut-être des souvenirs.

      Pour moi aussi, le débat est clos : on est ici en bonne compagnie. Il y a des spécialistes mais tout le monde s’intéresse à tout et les spécialistes ici apprécient le regard différent que des personnes qui ont des centres d’intérêt très larges (et une culture souvent impressionnante, notamment par sa variété) apportent sur leur pré carré. Alors les étudiant·es qui jouent les spécialistes avec leurs connaissances toutes fraîches et leur incapacité à entendre quoi que ce soit d’un peu différent de ce qu’ils et elles ont vu en cours, quelle fatigue ! Il y a plein d’autres endroits pour jouer les pédants fiers de se montrer plus rigoureux que la titraille d’un truc grand public. (Et je ne lâche rien, il n’y a pas de haine des femmes - misogynie - dans le fait de ne pas penser spontanément qu’un squelette lance en main pourrait être une femme. C’est un simple biais sexiste.)