• La Chine choisit les voitures à hydrogène Etienne Henri - 18 juin 2019 - opportunites-technos
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    Nous avons vu hier que Pékin a porté un coup dur à l’industrie automobile, constructeurs chinois en tête, en réduisant drastiquement (jusqu’à 67 %) les subventions accordées aux particuliers pour l’achat d’un véhicule électrique à batterie.

    Le timing de cette annonce peut rendre perplexe alors que les constructeurs locaux ont fait état pour la première fois d’un recul des ventes en 2018 – une première depuis 1990. La surprise a été totale pour les analystes occidentaux habitués aux politiques de relance contracycliques.

    Pourquoi Pékin met-elle ainsi les bâtons dans les roues de sa propre industrie à un moment où la croissance de la demande intérieure marque le pas ? Tout simplement pour obliger les acteurs de la filière à rationaliser leurs pratiques et se préparer à l’après lithium.

    Vers une vraie concurrence
    Des années de subventions massives ont, certes, permis de faire de la Chine le premier marché mondial pour les véhicules électriques, mais elles ont également empêché l’émergence d’une saine concurrence.

    En coupant le robinet des subventions, Pékin force les constructeurs à se battre sur les prix et à différencier leurs offres. Il ne fait nul doute que, parmi les 486 constructeurs de voitures électriques homologués au dernier recensement en Chine, nombre d’entre eux seront rachetés ou disparaîtront à court terme.

    Avec la fin programmée des subventions dès l’année prochaine (selon le South China Morning Post), les constructeurs n’ont plus que quelques mois pour rendre la commercialisation de leurs modèles au lithium rentable.

    L’hydrogène en ligne de mire
    Ne pensez pas que la Chine abandonne pour autant son habituel dirigisme pour convertir son économie au libéralisme débridé. Les subventions existent encore, elles iront toutefois vers un mode de stockage d’énergie censé remplacer les batteries au lithium : l’hydrogène.

    Selon les autorités, ce basculement des subventions aurait été décidé l’année dernière par le premier ministre Li Keqiang lors d’une visite de Toyota au Japon, durant laquelle il aurait vu un démonstrateur de véhicule à hydrogène capable de parcourir 650 km entre deux recharges.

    Mi-avril, le journal d’Etat China Daily apportait plus d’informations sur les objectifs du gouvernement : 5 000 véhicules à hydrogène en circulation l’année prochaine, 50 000 en 2025, et un million en 2030.

    Un pari à prendre au sérieux
    Les politiques volontaristes peuvent faire sourire sur le Vieux Continent, où les objectifs industriels (que ce soit à l’échelle de l’Hexagone ou de l’Europe) sont systématiquement manqués.

    Il suffit cependant de regarder l’évolution des ventes chinoises de véhicules électriques à batterie (de 200 000 en 2015 à plus d’un million en 2018) pour constater à quel point le marché intérieur répond aux subventions étatiques.

    Aujourd’hui, les spécialistes s’accordent à dire que l’essor des véhicules à hydrogène est gêné, en Occident, par les questions de sécurité et par l’absence d’un réseau de distribution efficace. Ces deux sujets pouvant facilement être écartés dans le cadre d’une politique volontariste, il est tout à fait possible que Pékin parvienne à ses fins et fasse rouler son million de véhicules d’ici une grosse dizaine d’années.

    L’hydrogène sera-t-elle la 5G de l’automobile ?
    Un déploiement massif de véhicules à hydrogène dans l’empire du Milieu pourrait s’avérer très dangereux pour les constructeurs occidentaux. Si la démocratisation des véhicules au lithium s’est avérée relativement indolore, c’est parce que la Chine partait avec un retard technologique conséquent dans la course aux NEV. En finançant massivement la R&D sur la voiture à hydrogène alors que l’Europe et les Etats-Unis se gargarisent encore de la lente adoption des véhicules au lithium,

    Pékin donne à ses champions une longueur d’avance.
    Il est donc tout à fait possible que nous assistions dans quelques années à l’arrivée inattendue de véhicules à hydrogène estampillés BYD ou BAIC chez nos concessionnaires. Rappelons-nous à quel point la Prius de Toyota avait ridiculisé les modèles électriques français lors de sa commercialisation en France !

    Plus que l’automobile particulière, c’est toute l’industrie du transport qui pourrait être bouleversée par le développement d’une filière hydrogène rentable. Le transport par camion pourrait enfin adopter une motorisation propre sans devoir sacrifier à l’autonomie (batterie). Plus ambitieux encore : le transport aérien, aujourd’hui impossible à convertir à la propulsion électrique du fait de la trop faible densité énergétique des batteries au lithium, pourrait grâce à l’hydrogène tourner définitivement le dos au kérosène et régler ainsi enfin la question de son empreinte carbone.

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